‹ L'abbéChapitre 177 sur 250 · CHAPITRE XXVIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIIT

guide de Roland s'arrêta , regarda autour de lui si personne n'était en vue, puis tirant une clef de sa poche , il ouvrit la porte et entra , faisant signe à Roland de le suivre. Celui-ci obéit , et l'étranger ferma soigneusement la porte en dedans. Pendant ce temps, le page regarda autour de lui , et vit qu'il se trouvait dans un petit verger fort bien tenu.

L'étranger lui fit traverser deux ou trois allées bordées d'arbres chargés de fruits ; et ils arrivèrent à un berceau de feuillage. Là l'homme d'armes se plaça sur le banc de gazon qui était d'un côté et fit signe à Roland de s'asseoir sur l'autre en face de lui. Après un moment de silence, il commença ainsi la conversation : « Yous m'avez demandé une meilleure garantie que la parole d'un simple étranger, afin de vous prouver que j étais autorisé par George Douglas à m'emparer du paquet qu'il vous avait confié ?

— C'est justement sur ce point que je vous prie de me donner satisfaction, ditR.oland. Je crains d'avoir agi un peu précipitamment : s'il en est ainsi , il faut que je répare mon erreur comme je pourrai.

— Yous me regardez donc tout à fait comme un étranger? dit l'homme d'armes. Envisagez-moi bien attentivement , et voyez si mes traits ne ressemblent pas à ceux d'un homme qui vous était bien connu autrefois. »

Roland le regardait avec attention ; mais les idées qui se présentaient à son esprit étaient bien peu d'accord avec l'habit de servitude que portait la personne présente. « Serait-il vrai ? » murmura-t-il... et il s'arrêta n'osant point exprim.er l'opinion qui se formait involontairement en lui.

« Oui , mon fiis, » dit l'étranger qui remarquait son embarras , " vous voyez réellement devant vous l'infortuné père Ambroise , qui se glorifiait de son ministère quand il vous garantissait des pièges de l'hérésie, mais qui est maintenant condamné à vous pleurer comme un réprouvé I »

La bonté du cœur de Roland Grseme égalait au moins la vivacité de son caractère : il ne put supporter la vue de son ancien et 'bonoré maître et son guide spirituel, dans une situation qui indiquait un si triste changement de fortune ; mais , se jetant à ses pieds, il embrassa ses genoux en pleurant à chaudes larmes.

« Que signifient ces pleurs , mon fils ? dit l'abbé ; s'ils sont versés sur vos péchés et vos folies , certes c'est un orage bienfaisant , et qui peut vous être utile. Mais ne pleurez pas si c'est pour moi

qu'ils coulent. Vous voyez effectivement le supérieur de la communauté de Sainte-Marie sous l'habit d'un pauvre soldat qui donne à son maître le service de son sabre et de son bouclier, et s'il le faut sa vie elle-môme, pour une grossière livrée et quatre marcs par an. Mais un tel costume convient au temps , et au milieu des combats que soutient l'Eglise, il sied autant à ses prélats, que le rochet, la mitre et la crosse, au jour du triomphe.

— Par quelle fataUté? dit le page, et encore,» ajouta-t-il en se reprenant , « pourquoi le demandé-je ? Catherine Seyton m'avait en quelque sorte préparé à ceci. Mais que le changement ait été si absolu, la ruine si complète !

— Oui , .mon fils , vos propres yeux ont vu dans mon élévation au siège d'abbé , tout indigne que j'étais, le dernier acte solennel de piété qui ait été célébré au couvent de Sainte-Marie ; et il restera le dernier j usqu'à ce qu'il plaise au ciel de faire cesser la captivité del'Eglise.Pour le moment, le berger est frappé.. . oui abattu presque jusqu'à terre ; le troupeau est dispersé, et les tombeaux des saints, des martyrs et des pieux bienfaiteurs de l'Église sont abandonnés aux hiboux de la nuit et aux loups du désert.

— Et votre frère, le chevalier d'Avenel, ne pouvait-il rien faire pour votre protection ?

— Lui-même a encouru les soupçons des puissances régnantes : elles sont aussi injustes envers leurs amis que cruelles pour leurs ennemis. Je ne m'en affligerais pas si je pouvais espérer que cette disgrâce pût le détourner de leurs voies; mais je crains plutôt qu'il ne soit conduit à prouver sa fidélité à leur malheureuse cause par quelque action encore plus nuisible à l'Église et plus offensante envers le ciel. Assez sur ce chapitre ; revenons au sujet de notre rencontre. J'espère qu'il vous suffira de recevoir ma parole que le paquet dont vous étiez porteur m'était envoyé par George Douglas?

— Alors, dit le page, George Douglas serait-il...

— L n véritable ami de sa reine , Roland ; et avant peu j'espère que ses yeux s'ouvriront sur les erreurs de sa fausse Église.

— Mais quel rôle joue-t-il donc à l'égard de son père et de la dame de Lochleven qui lui a servi de mère ? » dit le page avec impatience.

« Le rôle de leur meilleur ami à tous deux , dans le temps et dans l'éternité, répondit l'abbé ; car il devient l'heureux instrument qui rachète le mal qu'ils ont fait et celui qu'ils préparent

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