‹ L'abbéChapitre 184 sur 250 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

facilement la fatigue , que mon esprit une politesse contrainte,

— Ohl lady deLochleven, si vous le prenez ainsi,» dit la reine en se levant et en lui offrant son siège vacant, «je préfère que vous preniez ma place ; vous ne serez pas la première de votre famille qui l'aurez fait. » La dame deLochleven fit un salut négatif, mais parut avoir peine à réprimer la réponse que son courroux lui dictait.

Pendant cette conversation animée, l'attention du page s'était presque entièrement portée sur Catherine Seyton, qui venait de l'appartement intérieur, vêtue telle qu'elle Tétait habituellement en servant la reine : rien en elle n'annonçait l'empressement et la confusion que pouvait causer un changement précipité de costume, ou la crainte d'être découverte dans une entreprise périlleuse. Roland Gra?me hasarda de la saluer lorsqu'elle entra ; mais elle lui rendit son salut avec l'air de la plus grande indifférence, sentiment qui lui parut peu d'accord avec la situation où ils se trouvaient l'un à l'égard de l'autre. « Certes, pensa-t-il, elle ne peut raisonnablement s'attendre à me dépersuader de ce qu'ont vu mes propres yeux, comme elle a cherché à le faire lors de l'apparition dans l'hôtellerie de Saint-Michel. Je m'en vais essayer de lui faire sentir que ce serait une tâche inutile, et que la confiance est la route la plus sûre et la meilleure à suivre. » Ces pensées s'étaient succédé rapidement dans son esprit, et la reine ayant terminé son altercation avec la dame du château, s'adressa de nouveau à lui. « Que nous direz-vous de la fête de Kinross, Roland Grœme? Elle m'a paru être gaie à en juger par les faibles accents de la joie et la musique éloignée qui arrivaient de si loin jusqu'à ces fenêtres grillées, et mouraient en y entrant, comme doit le faire tout ce qui ressemble à de la gaieté. Mais tu parais aussi triste que si tu arrivais d'un conventicule de huguenots I

— Il en vient peut-être, madame, «reprit la dame de Lochleven contre qui cette flèche était lancée. » Il n'est point impossible qu'au milieu môme des puérils amusements d'une fête de village, quelque ame pieuse ait fait entendre le langage d'une saine doctrine. Une religieuse pensée vaut mieux que tous ces vains plaisirs: ils ont un moment de bruit et d'éclat, comme un fagot d'épi nés sèches dans le foyer ; puis ils ne laissent aux fous qui s'en amusent que de la poussière et des cendres.

— Marie Fleming, -> dit la reine en se tournant vers cette dame et en s'enveloppant dans son manteau, «je ne serais pas fâchée

d'avoir dans cette cheminée un ou deux fagots de ces mômes épines que la dame de Lochleven sait si bien décrire : il me semble que l'air humide de ce lac, qui n'abandonne point ces chambres voûtées, leur communique un froid mortel.

— On obéira au désir de Votre Grâce, dit la dame de Lochleven; mais me permettrez-vous de vous rappeler que nous somines en été ?

— Je vous remercie de l'avis, ma bonne lady, reprit la reine ; car les prisonniers apprennent plutôt le changement des saisons par la bouche de leur geôlier que par ce qu'ils ressentent de leur influence. Encore une fois, Roland Graîme, que nous direz-vous de la fête?

— Elle était assez animée, madame, répondit le page, mais fort ordinaire , et le récit en serait peu digne des oreilles de Votre Altesse.

— Oh I vous ne savez pas , reprit la reine , combien mon oreille est devenue indulgente pour tout ce qui parle de la liberté et des plaisirs des gens libres. Il me semble que j'aurais mieux aimé voir les joyeux villageois dansant leur ronde autour du mai, que la plus brillante assemblée dans l'intérieur d'un palais. L'absence de murs de pierre , la certitude que ce pied qui foule le vert gazon est libre et sans entraves, voilà qui vaut tout ce que l'art ou la splendeur peut ajouter aux fêtes des cours.

— J'espère, » dit la dame de Lochleven en s'adressantau page à son tour, « qu'il n'y a eu parmi ces folies aucune des querelles et des désordres qui en sont si souvent la suite ? »

Roland jeta un regard furtif sur Catherine Seyton comme pour attirer son attention, et répondit: «Rien n'a troublé la bonne harmonie de la fête, madame , sinon qu'une demoiselle hardie a établi un contact trop familier entre sa main et la joue d'un acteur, exploit pour lequel elle a couru le risque d'être plongée dans le lac. »

En disant ces mots il jeta un coup d'œil à la hâte sur Catherine; mais elle soutint avec la plus grande sérénité de maintien ce qu'il jugeait ne pouvoir manquer d'exciter en elle quelque crainte et quelque confusion.-

" Je ne gênerai pas plus long-temps Votre Grâce par ma présence , reprit la dame de Lochleven , à moins que vous n'ayez quelque chose à me commander ?

— Rien, notre bonne hôtesse, répondit la reine , sinon que

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