‹ L'abbéChapitre 191 sur 250 · CHAPITRE XXX. 34S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. 34S

— Non, vassal î reprit la dame avec indignation; ma vengeance ne s'abaisse pas à des moyens aussi vils. Il me faut une réparation, plus digne, ou la tombe de mes ancêtres couvrira ma honte.

— Et vous l'aurez, madame, reprit Dryfesdale; avant que deux soleils ai-^nf na. é sur votre injure, vous pourrez vous dire amplement vengée. »

La dame ne fit pas de réponse : peut-être n'entendit-elle pas ces paroles , parce qu'elle sortait de l'appartement. Par l'ordre de Dryfesdale, tous les serviteurs se retirèrent ; les uns pour faire la garde, les autres pour se reposer. L'intendant resta quand ils furcT'l partis-, et Holand Grœme, qui était seul dans l'appartement, fu' tout surpris de voirie vieux soldat avancer vers lui avec un air plus cordial que de coutume , mais qui convenait mal à ses irtvi?5 rechignes,

« Jeune homme, dit-il, je t'ai fait quelque tort, et c'est ta faute; car ta conduite m'a paru aussi légère que la plume que tu portes sur toil chapeau ; et certes, ton habit fantasque et ta gaieté folle pouv{r".';nt motiver un jugement sévère. Mais j'ai vu cette nuit par ma croisée, tandis que je regardais comment tu t'étais arrangé dans le jardin, j'ai vu, dis-je, les efforts véritables que tu as faits pour retenir le compagnon du perfide qui s'est rendu indigne du nom de son père , et qui doit être retranché de l'arbre de sa maison comme une branche pourrie. J'étais prêt à venir à ton secours quand le pistolet partit • et le garde, fourbe que je soupçonne avoir été gagné tout exprès, s'est vu contraint de donner l'alarme, ce qu'il était de son devoir de faire plus tôt. Aussi , pour expier mon injustice envers toi, je suis prêt à te rendre un service, si tu veux le recevoir de moi.

— D'abord, puis-je vous demander de quoi il s'agit? reprit le page.^

— Simplement de porter la nouvelle de cette découverte à Holy- Rood, ce qui peut te mettre en faveur aussi bien auprès du comte de Morton et du régent lui-même , que de sir William Douglas , attendu que tu as vu l'affaire d'un bout à l'autre, et que tu as rempli fidèlement ta tâche. Ta fortune sera dans tes mains, et j'espère que tu renonceras à tes folles vanités, et que tu marcheras en ce monde comme un homme qui pense qu'il y en a un autre.

— Sir intendant, reprit Roland Graeme, je vous remercie de votre bon service ^ mais je ne puis remplir votre commission, non pas précisément parce qu'étant serviteur de la reine je ne puis rien faire contre elle, mais parce qu'il me semble , mettant cette

considération de côté , que ce serait prendre une mauvaise route pour arriver à la faveur de sir William de Lochleven que d'être le premier à lui annoncer la faute de son fils. Et le régent lui-même ne serait pas très-satisfait d'apprendre l'infidélité de son vassal, non plus que Morton d'être instruit de la fourberiç'ie son neveu.

— Huml» fitl'écuyer; exclamation inarticulée, qui exprimait en lui une surprise désagréable « Alors , faites ce que vous voudrez ; car, tout étourdi que vous paraissiez , vous savez comment vous conduire dans le monde.

— Je vais vous faire voir que mon système tient moins de l'égoïsme que vous ne le pensez, dit le page-, car, selon moi, la gaieté et la franchise valent mieux que la gravité et l'artifice ; peut-être même , au bout du compte , les premières qualités pourraientelles combattre les autres avec quelque avantage. Sir intendi**'^? vous ne m'avez jamais moins aimé que dans ce moment. Je sais que vous ne me ferez jamais une confidence réelle , et je suis décidé à ne pas prendre de belles protestations pour de bonne monnaie. Reprenez votre ancienne marche , soupçonnez-moi autant que vous voudrez, surveillez-moi autant qu'il vous plaira, je vous mets au défi. Tous avez rencontré aussi fin que vous.

— De par le ciel I jeune homme , » s'écria l'intendant avec un regard de malignité amère ^ « si tu oses tenter quelque trahison contre la maison de Lochleven , ta tête noircira au soleil sur la tour du Guet î

— Celui qui refuse la confiance ne peut pas commettre de trahison, dit le page ; et quant à ma tête , elle tient aussi solidement sur mes épaules que sur aucune tour que maçon ait jamais bâtie.

— Adieu donc, jeune perroquet bavard, dit Dryfesdale; puisque tu es si fier de ton caquet et de ton plumage bigarré, méfie-toi des pièges et des gluaux. ;

— Adieu, vieux corbeau enroué, reprit le page ; ton vol pesant^ ta couleur sombre et ton croassement monotone, ne sont pas des charmes qui puissent te protéger contre la flèche d'une arbalète ou le plomb d'un fusil. Guerre ouverte entre nous I chacun pour sa maîtresse, et Dieu protégera la bonne cause.

— Amen, et il défendra son peuple, reprit l'intendant. J'instruirai ma maîtresse de ta complicité avec cette assemblée de traîtres. Bonsoir, monsieur l'étourdi.

««Bonsoir, seigneur l'acariâtre,» répondit le page ; et dès que le vieillard fut parti, il se mit en devoir de reposer.

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