‹ L'abbéChapitre 193 sur 250 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

serai généreuse et je repondrai à votre question. Sachez donc que que nous avions deux raisons pour nous ouvrir à vous. La première est que nous ne pouvions pas faire autrement puisque vous couchiez dans la chambre qu'il nous fallait traverser. La seconde...

— Non, vous pouvez vous dispenser de la seconde raison, puisque la première prouve que votre confiance était due à la nécessité.

— Bien! à présent, tais-toi, dit Catherine. La seconde c'est qu'il y a une sotte personne parmi nous, qui croit que le cœur de Roland Grseme est excellent, quoique sa tête soit légère... que son sang est pur... quoique trop bouillant, et que sa foi et son honneur sont invariables comme l'étoile polaire , quoique sa langue soit quelquefois loin d'être discrète. »

Catherine fit cet aveu à voix basse , et les yeux fixés vers la terre , comme si elle craignait le regard de Ptoland tandis qu'elle le laissait échapper de ses lèvres.

« Et cette excellente amie , » s'écria le jeune homme trans- ÎMDrté, <( la seule qui ait rendu justice au pauvre Roland Grœme , et dont le cœur généreux sait distinguer les folies de l'imagination des défauts du cœur même, qui est-elle? ne voulez-vous pas me dire, chère Catherine, à qui je dois ma reconnaissance et mes vifs remercîments ?

— Non, » dit Catherine les yeux toujours fixés vers la terre , « si votre propre cœur ne vous le dit pas.

— Chère Catherine ! » dit le page en saisissant sa main et en mettant un genou en terre.

« Si votre propre cœur ne vous le dit pas, » reprit Catherine en retirant doucement sa main, « vous êtes bien ingrat} car si la bonté maternelle de la dame Fleming. ...»

Le page se leva subitement : « De par le ciel 1 Catherine , votre langue se déguise autant que votre personne. Mais vous voulez me railler, cruelle fille , vous savez que la dame Fleming n'a pas plus d'affection pour moi ni pour tout autre que la triste princesse qui se trouve sur cette vieille tapisserie de cour.

— C'est possible , dit Catherine Seyton , mais vous ne devriez pas parler si haut.

— Bah I » répondit le page, mais en baissant la voix aussitôt ,* « elle ne pense qu'à elle et à la mine. Et vous savez d'ailleurs que je n'attache aucun prix à la bonne opinion de personne, si ce n'est à la vôtre. Celle de la reine elle-même me toucherait peu, si je ne possédais celle de Catherine. .

— Voilà qui est très-mal , » dit la jeune fille avec le plus grand calme.

. « Mais belle Catherine , repartit le page , pourquoi cherchezvous ainsi à ralentir mon ardeur , quand je me voue de corps et d'ame à la cause de notre maîtresse ?

— C'est parce qu'en agissant ainsi , dit Catherine , vous avilissez une aussi noble cause en y attachant quelque motif personnel et intéressé. Croyez-moi, » ajouta-t-elle tandis que ses yeux étincelaient et que la rougeur couvrait ses joues, « on juge indignement les femmes, je veux dire celles qui méritent ce nom, quand on croit qu'elles n'aiment qu'à satisfaire leur vanité, et que le vif désir d'occuper l'admiration et l'amour d'un amant est plus grand en elles que le sentiment de la vertu et de l'honneur de l'homme qu'elles préfèrent. Non ! celui qui sert sa religion , son prince et son pays , avec ardeur et dévouement , n'a pas besoin de plaider sa cause à l'aide des lieux communs de l'amour romanesque. La femme qu'il honore de son amour devient sa débitrice, et il est de son devoir de reconnaître ses glorieux travaux en le payant de retour.

~ Vous m'offrez un prix glorieux , » dit le jeune homme en fixant ses yeux sur elle avec enthousiasme.

« J'ai seulement un cœur qui sait apprécier une belle action , dit Catherine ; celui qui délivrerait de ce donjon cette princesse indignement traitée , et qui la mettrait en liberté au milieu de ses nobles guerriers, dont les cœurs brûlent de la revoir... quelle est la fille d'Ecosse qui ne serait pas honorée de l'amour d'un pareil héros, quand môme elle sortirait du sang royal, tandis qu'il serait le fils du pauvre villageois qui ait jamais conduit une charrue?

— Je suis décidé, reprit Roland, à tenter l'aventure ; mais ditesmoi, belle Catherine , et parlez comme si vous vous confessiez à un prêtre : cette pauvre reine , je sais qu'elle est malheureuse ; mais la croyez-vous innocente? On l'accuse d'assassinat?

~ Croirai-je l'agneau coupable , parce qu'il est attaqué par le loup ? repartit Catherine ; croirai-je que ce soleil est souillé ^ parce que la vapeur de la terre ternit ses rayons? »

Le page soupira et baissa les yeux. " Je voudrais que ma conviction fût aussi intime que la vôtre ! Mais une chose est certaine, c'est que sa captivité est injuste. Elle s'est rendue sur une capifeil^tion , et les clauses n'en ont pas été observées : j'embrasse sa ^u^ell* jusqu'à la mort.

Page 1