CHAPITRE XXXI. 3S
et se tint prêt à servir à la place qu'occupait habituellement le jeune sénéchal. Le regard de Marie se porta un instant sur lui : elle ne pouvait manquer de remarquer le changement de personnage. Elle n'était pas femme à pouvoir refuser au moins sa compassion à un brave jeune homme qui avait souffert pour elle, quoiqu'il eût été guidé dans son entreprise par une passion trop présomptueuse; et les paroles ^ Pauvre Douglas I » échappèrent de ses lèvres, peut-être sans qu'elle s'en aperçût ; et se penchant sur sa chaise, elle porta son mouchoir à ses yeux.
« Oui , madame , » dit Catherine en prenant un ton gai pour essayer de distraire sa souveraine , « notre brave chevalier est effectivement banni. . . il ne lui était pas réservé de mettre à exécution nos projets ; mais il a laissé après lui un jeune écuyer tout aussi dévoué au service de Votre Grâce , et qui par ma voix vous fait l'offre de son bras et de son épée.
— S'ils peuvent être agréables à Votre Grâce , » dit Roland en se courbant profondément.
— Hélas ! dit la reine , à quoi bon tout ceci , Catherine ? Pourquoi choisir de nouvelles victimes pour les accabler du poids de mes malheurs ? IN'e vaut-il pas mieux cesser de lutter , et suivre le torrent sans plus de résistance , plutôt que d'entraîner ainsi dans notre ruine tous les cœurs généreux qui veulent tenter un effort en notre faveur ? Je n'ai été que trop entourée de complots et d'intrigues depuis le jour où je restai orpheline au berceau , tandis que les nobles combattaient à qui gouvernerait au nom d'un enfant. Certes, il est temps que toute discorde cesse. J'appellerai ma prison un couvent , et ma captivité une séparation volontaire entre moi et les vanités du monde.
— Ne parlez pas ainsi , madame , devant vos fidèles serviteurs , répondit Catherine ; gardez-vous de décourager leur zèle et de briser leurs cœurs. Fille des rois ne soyez pas à cette heure au-dessous de votre sort. Allons, Roland, nous , ses plus jeunes suivants ; montrons que nous sommes dignes de servir sa cause. Agenouillons-nous devant son marche-pied, et supplions-la de redevenir elle-même. « A ces mots, elle conduisit Roland au siège de la reine, et tous deux s'agenouillèrent devant elle. Marie se leva de son siège, et se tenant assise la tête haut, elle tendit sa main à baiser au page , tandis que de l'autre elle arrangeait les boucles touffues qui ombrageaient le front charmant de la courageuse Catherine.
3o4 L'ABBÉ,
« Hélas I ma mignonne , » car c'était ainsi qu'en signe d'amitié elle nommait souvent sa jeune suivante, « faut-il que vous unissiez aussi courageusement à mon sort infortuné le bonheur de vos jeunes ans ! Ne font-ils pas un couple charmant? ma Fleming; et n'est-il pas cruel de penser que je dois faire leur malheur ?
— Non ! » s'écria vivement Roland Grseme , « ce sera nous , gracieuse souveraine , qui serons vos libérateurs.
— Ex ore parvulorum ^ l » reprit la reine en levant les yeux au ciel , « si c'est parla bouche de ces enfants , ô Dieu ! que tu m'appelles à reprendre les pensées qui conviennent à ma naissance et à mes droits, tu leur accorderas ta protection, et à moi les moyens de récompenser leur zèle. » Puis, se retournant vers Fleming, elle ajouta aussitôt : « Tu sais, mon amie, si créer du bonheur autour d'elle n'a pas été toujours le passe-temps favori de Marie. Quand les sévères prédicateurs de l'hérésie de Calvin m'adressaient leurs reproches, quand ma noblesse altière abandonna ma cause , n'était-ce pas parce que je me mêlais aux plaisirs innocents d'une jeunesse joyeuse ; parce que , plutôt pour la satisfaction des jeunes gens de ma cour que pour la mienne propre, je prenais part à leurs bals, à leurs chants et à leurs danses. Eh bien! je ne m'en repèns pas, quoique Knox ait appelé cela péché, et Morton un avilissement. J'étais heureuse , parce que je voyais le bonheur autour de moi. Malheur à celui qui fait un crime d'une gaieté expansive ! Fleming, si je remonte jamais sur le trône , n'aurons-nous pas un jour heureux , un charmant mariage? je ne citerai maintenant ni l'époux ni la fiancée... mais cet époux aura la baronnie de Blairgowrie; c'est un don digne d'une reine ; et la guirlande de la fiancée sera enlacée des plus belles perles que fournirent jamais les abîmes de Lochlomond. Et toimême, Marie Fleming, qui surpasses en talent quiconque a jamais orné les tresses d'une reine, toi qui dédaig«erais de toucher à celles d'une femme d'un rang moins élevé, toi-même , pour l'amour de moi tu enlaceras ces perles dans les tresses de la jeune épouse. Tois , ma Fleming , suppose des boucles touffues comme celles de notre Catherine , elles ne feraient pas honte à ton talent. »
En disant ces mots, elle passait sa main avec tendresse sur la tête de sa jeune favorite, tandis que l'autre suivante plus âgée lui répondait avec tristesse :« Hélas! madame, où s'égarent vos pensées?
^ De la bouche des petits. A. m.