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CHAPITRE XXXII

serviteur de votre maison... Au surplus, dès la première fois que je vis son visage , il me tarda de lui donner la mort.

— Quel monstre ai-je gardé sous mon toit? Que Dieu me pardonne le péché de t'avoir nourri et vêtu !

— Vous n'aviez pas le choix, milady. Long- temps avant que ce château fût bâti... oui, et long-temps avant que cette île qui le le porte eut montré sa tête au-dessus de l'eau bleuâtre , j'étais destiné à être votre fidèle esclave , et vous à être mon ingrate maîtresse. Ne vous rappelez-vous pas qu'un jour, c'était du temps de la mère de cette dame, je me jetai au milieu des Français victorieux , et en ramenai votre mari , quand ceux qui avaient été nourris au môme sein que lui n'osaient rien faire pour le délivrer ? Vous rappelez-vous encore comment une autre fois l'esquif de votre petit-fils ne pouvant plus résister à la tempête, je me jetai dans le lac, dirigeai le bateau , et l'amenai au rivage? Milady... le serviteur d'un baron écossais est un homme qui ne ménage ni sa vie, ni celle d'autrui, pour sauver celle de son maître. . . Et quant à la mort de cette femme, j'aurais essayé beaucoup plus tôt la potion sur elle, si maître George n'eût pas dû y goûter. Sa mort. . . ne serait-ce pas la meilleure nouvelle qu'on pût apprendre à l'Ecosse ? n'est-elle pas de la race sanguinaire des Guises, dont l'épée a été si souvent rougie par le sang de nos saints? n'est-elle pas la fille du misérable tyran Jacques , que le ciel a précipité de son trône, et dont il a puni l'orgueil comme il punit celui du roi de Babylone ?

— Paix, scélérat I» dit-elle... Mille souvenirs se présentèrent à son esprit quand elle entendit citer le nom de son royal amant. «Paix! ne trouble pas la cendre des morts... du mort royal et infortuné. Lis ta Bible, et prie Dieu qu'il te fasse mieux profiter de son contenu que tu ne l'as encore fait. »

Elle sortit précipitamment, et en arrivant dans l'appartement voisin , les larmes coulèrent si abondamment de ses yeux, qu'elle fut contrainte de s'arrêter et de prendre son mouchoir pour les sécher. «Je ne m'attendais pas à ceci , dit-elle, pas plus qu'à tirer de l'eau du caillou , ou la moelle de la branche sèche. J'ai vu d'un œil sec l'apostasie et la honte de George Douglas , l'espoir de la maison de mon fils , l'enfant de mon amour ; et maintenant je pleure celui qui repose depuis si long-temps dans la tombe. . . celui à qui je dois les insultes de sa fille ! Mais elle est sa fille... Mon cœur, endurci contre Marie par tant de causes , s'attendrit lors-

qu'un regard d'elle me rappelle son père... Néanmoins sa ressemblance avec cette véritable fille de la maison de Guise , sa mère détestée , affermit ma résolution. Mais il ne faut pas.. . il ne faut pas qu'elle périsse dans ma maison. Je vais retourner à son appartement... Et ce scélérat endurci, dont j'estimais tant la fidélité, et qui m'en avait donné tant de preuves! quel miracle peut réunir dans le môme sein tant de scélératesse et un pareil dévouement I»

La dame de Lochleven ne savait pas jusqu'où les esprits d'une trempe sombre et déterminée peuvent se laisser entraîner par ua vif ressentiment de petites injures, lorsque ce ressentiment se combine avec l'amour du gain, l'égoïsme et un fanatisme pareil à celui que cet homme avait puisé parmi les sectaires insensés de l'Allemagne. Elle ignorait surtout combien le fatalisme, qu'il avait embrassé si absolument, étouffe la conscience humaine en nous représentant nos actions comme le résultat d'une nécessité inévitable.

Pendant sa visite au prisonnier , Roland avait faitpartà Catherine de la conversation qu'il avait eue à la porte de l'appartement. La prompte intelligence de la jeune fille avait aussitôt compris ce qu'elle présumait être arrivé; mais ses préjugés l'emportèrent audelà de la vérité.

« Ils voulaient nous empoisonnerl » s'écria-t-elle avec horreur -^ « et voilà le vase fatal qui devait accomplir l'œuvre ! Oui, Douglas cessant de goûter nos aliments , ils étaient préparés de manière à nous donner la mort ! Et toi, Roland I qui en aurais fait l'essai, tu étais condamné à mourir avec nous. O chère lady Fleming I pardon, pardon, pour les injures que je vous ai dites dans ma colère l Yos paroles étaient inspirées de Dieu pour nous sauver la vie , et surtout celle de notre reine infortunée ! Mais que faire à présent ce vieux crocodile du lac va venir tout à l'heure verser ses larmes hypocrites sur notre agonie ! Lady Fleming, que faut-il faire ?

— Que Dieu nous secoure dans notre malheur ! que puis-je vous conseiller? à moins d'adresser nos plaintes au régent ?

— Adresser notre plainte au diable I et'accuser sa mère au pied de son trône brûlant !... nrais la reine dort encore... gagnons du temps. Il ne faut pas que cette sorcière empoisonneuse sache que son projet a échoué; la vieille araignée envenimée n'a que trop de moyens de raccommoder sa toile déchirée... Où est le vase d'eau de chicorée ?. .. Roland, aide-moi : vide le contenu dans la chemi-

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