CHAPITRE XXXII. 36o
née ou par la fenêtre; dérange les plats comme si nous avions fait notre repas ordinaire, et laisses-en les restes dans la vaisselle et les coupes; mais ne goûte à rien, pour l'amour de ta vie. Je vais m'asseoir près de la reine , et lui dire à son réveil à quel danger nous avons échappé. Son esprit prompt et actif nous apprendra ce qu'il y a de mieux à faire; jusque là, fais attention, Roland, que la reine est dans un état de stupeur, que lady Fleming est indisposée : ce rôle, » dit-elle en baissant la voix, « doit épargner à son esprit un travail inutile. Quant à moi, je ne suis pas aussi malade, tu comprends.
— Et moi ? dit le page.
— Vous , répondit Catherine , vous vous portez à merveille : vaut-il la peine de passer son temps à empoisonner des petits chiens ou des pages ?
— Cette légèreté convient-elle en ce moment ? dit le page.
— Oui, oui, reprit Catherine Seyton; si la reine m'approuve, je vois clairementle bien que peut nous faire cette tentative déconcertée. ')
Elle se mit à l'ouvrage aussitôt , aidée de Roland ; la table du déjeuner parut bientôt comme si les dames avaient pris leur repas ordinaire, et elles se retirèrent le plus doucement possible dans la chambre à coucher de la reine. A un nouvel appel de la dame de Lochleven, le page ouvrit la porte et la laissa entrer dans l'antichambre , lui demandant pardon de lui avoir résisté , et donnant pour excuse que la reine était tombée dans un profond sommeil depuis son déjeuner.
«< Elle a donc bu et mangé ? dit la dame de Lochleven.
— Certainement, reprit le page , selon l'habitude de Sa Grâce , hors les jours de jeune commandés par l'Église.
— Le vase, » dit-elle en l'examinant avec empressement, « il est vide I Lady Marie a-t-elle bu toute cette eau ?
— Une grande partie , madame, et j'ai entendu lady Catherine Seyton gronder en riant la dame Marie Fleming, pour avoir bu un peu plus que sa part de ce qui restait -, de sorte que la première en a eu très-peu.
— Et sont-elles en bonne santé ? demanda la dame de Lochleven.
— Lady Fleming, dit le page, se plaintd'un peu de somnolence, et paraît plus triste qu'à l'ordinaire ; et lady Catherine Seyton se sent la tête un peu plus étourdie que d'habitude. »
Il éleva un peu la voix en disant ces mots , pour instruire les dames du rôle qu'elles avaient à remplir , et peut-être aussi dans le désir de faire entendre à Catherine la plaisanterie qu'il avait faite en assignant ainsi les emplois.
» Il fciut que j'entre dans la chambre de la reine, dit la dame de Lochleven; il s'agit d'une affaire importante. »
Comme elle avançait vers la porte , on entendit la voix de Catherine dans l'appartement : « Personne ne peut entrer ici , la reine dort.
— Il ne faut pas me résister , ma jeune miss, reprit la dame de Lochleven -, je sais qu'il n'y a pas de barre à l'intérieur, et j'entrerai malgré vous.
— II n'y a effectivement pas de barre, " dit Catherine avec fermeté^ mais il y a les crochets où cette barre devrait être, et mon bras la remplace : c'est ce qu'a fait une femme de vos ancêtres quand , employant mieux son temps que les Douglas d'aujourd'hui, elle a défendu l'entrée de la chambre de sa souveraine aux assassins. Essayez donc votreforce.etvoyezsi une Seyton ne peut rivaliser en courage avec une fille de la maison de Douglas.
— Je n'ose tenter le passage à un tel risque, se dit la dame de Lochleven; il est étrange que cette princesse, malgré le juste blâme qui se rattache à elle , conserve autant d'ascendant sur l'ame deses suivantes ! Jeune fille, je te jure sur l'honneur que je- viens pour l'avantage et la sûreté de la reine. Eveille-la si tu l'aimes, et sollicite sa permission pour que j'entre; je me retirerai de la porte pendant ce temps.
— Vous n'allez pas éveiller la reine ? demanda la dame Fleming.
— Quel choix nous reste-t-il ? dit la jeune fille -, à moins que vous n'aimiez mieux attendre que la dame l'e Lochleven vienne remplir elle-même notre office. Son accès de patience ne durera pas long-temps; il faut que la reine soit prévenue.
— iMais vous ramènerez la crise de la reine en la dérangeant ainsi.
— A Dieu ne plaise î reprit Catherine ; toutefois , s'il en était ainsi, il faut que cette crise passe pour un effet du poison. IMais j'en augure mieux; et la reine, en s'éveiUant, saura prendre une résolution. Pour vous, chère lady Fleming, tâchez de paraître aussi triste, aussi lourde que le permettra la vivacité de votre esprit. »
Catherine s'agenouilla près du lit de la reine , et , baisant sa