‹ L'abbéChapitre 203 sur 250 · CHAPITRE XXXII. Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII. Ô

main à plusieurs reprises, elle réussit à l'éveiller sans l'effrayer. Marie parut surprise de se trouver toute habillée^ mais elle s'assit sur son lit et parut si calme que Catherine Seyton , sans plus de préambule, jugea convenable de lui apprendre dans quel embarras elles étaient placées. Marie pâlit, et fit plusieurs signes de croix quand elle apprit le grand danger qu'elle avait couru ; mais semblable à l'Ulysse d'Homère , « A peine éveillée elle possédait déjà toute sa présence d'esprit ; » et elle comprit aussitôt sa situation ainsi que les dangers et les avantages qu'elle présentait.

« Nous ne pouvons faire mieux,» dit-elle après une courte conférence avec Catherine, et en la pressant en même temps contre son sein et lui baisant le front, « nous ne pouvons faire mieux que de suivre le plan si heureusement inventé par ta présence d'esprit et ton affection pour nous. Ouvre laporteà ladamedeLochleven : elle trouvera sa pareille en artifice, mais non en perfidie. Fleming, erme le rideau et mets-toi derrière; tu es meilleure dame d'atours que bonne actrice : aie seulement soin de respirer avec peine , gémis légèrement ; c'est tout ce qu'il te faut. Écoutez I ils viennent. 0 Catherine de Médicis ! puisse ton esprit m'inspirer , car un cerveau du Nord est trop froid pour cette scène I »

Conduite par Catherine Seyton, et marchant aussi légèrement que possible, la dame de Lochleven entra dans l'appartement peu éclairé , et s'avança vers le lit où Marie , pâle et épuisée par une nuit sans repos et par l'agitation de la matinée^ était étendue si nonchalamment qu'elle pouvait bien confirmer les plus grandes craintes de son hôtesse.

« Que Dieu nous pardonne nos péchés I » dit la dame de Lochleven , oubliant son orgueil pour se jeter à genoux contre le lit ; «i ce n'est que trop vrai, elle est assassinée.

— Qui est dans cette chambre? » dit Marie , comme si elle s'éveillait d'un profond sommeil ; « Seyton, Fleming, où étes-vous ? J'ai entendu une voix étrangère. Qui est donc de service ? appelez Courselles.

— Hélas î sa mémoire est à Holy-Rood , quoique son corps soit à Lochleven. Pardonnez-moi , madam<e, si je vous prie de porter votre attention sur moi. Je suis Marguerite Erskine de la Maison de Mar, et par alliance, lady Douglas de Lochleven.

— O notre aimable, hôtesse , reprit la reine , qui a tant soin de notre logement et de notre nourriture... nous vous embarrassons trop e^ trop long-temps , bonne lady de Lochleven ; mais nous

espérons que Inentôt votre tâche d'hospitalité sera terminée

— Ces paroles me percent le cœur, dit la dame de Lochleven. . Mon ame est brisée, et je prie Votre Grâce de me dire où est Yotr«i mal, afin qu'on puisse vous secourir à temps.

— Mon mal, reprit la reine, n'est rien... rien qui mérite qu'oïl en parle ou qu'on dérange un médecin : mes membres sont lourds] mon cœur est froid ; il est rare qu'un prisonnier soit autrement..] Il me semble que l'air pur et la liberté me ranimeraient ; mais | puisque les États l'ont ordonné ainsi, la mort seule peut briser le;| portes de ma prison.

— S'il était possible, madame, dit lady Lochleven, que votn liberté pût vous rendre à une santé parfaite , j'encourrais molmôme le ressentiment du régent... de mon fils sir William, d( tous mes amis , plutôt que de vous voir subir votre sort dans c» château.

— Hélas I madame.» dit lady Fleming, qui conçut que le temp; était propice pour prouver qu'on avait jugé trop légèrement de soi adresse, «il ne faudrait qu'essayer ce que pourrait faire pour nou la liberté : quant à moi , il me semble qu'une promenade sur h vert gazon me ferait beaucoup de bien. » La dame de Lochleven S( releva; et jetant un regard pénétrant à la vieille valétudinaire « Etes-vous donc si malade, lady Fleming?

— Très-malade, en vérité, madame, reprit la dame de cour, e surtout depuis déjeuner.

— Au secours I au secours I» s'écria Catherine pour rompre um conversation qui ne lui annonçait rien de bon pour ses projets «Au secours I vous dis-je, au secours! la reine est prête à passer Soutenez-la, lady Lochleven, si vous êtes encore une femme.»

La dame se hâta de soutenir la tète de la reine , qui , tournam vers elle des yeux languissants , s'écria : <' JMerci , ma très-chèn dame de Lochleven... Malgré quelques dernières circonstances, je n'ai jamais douté de votre attachement pour la maison deti Stuart ; vous l'avez prouvé , m'a-t-on dit , avant ma naissance, v

La dame de Lochleven se releva soudainement, car elle s'était encore agenouillée ; et après avoir marché dans la chambre à grands pas, elle ouvrit brusquement la fenêtre comme pour prendre l'air.

« Que Notre-Dame me pardonne! se dit Catherine. Faut-il que l'amour du sarcasme soit implanté dans le cœur des femmes^ puisque la reine, avec tout son sens, risque sa perte, plutôt que de re-

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