CHAPITRE XXXIV
— Un Seyton frappe rarement deux fois; mais le corps n'a pas été dépouillé, et le paquet de Votre Seigneurie sera porté à Edimbourg par Auchtermuchty , qui partira demain matin de bonne heure; il a bu deux bouteilles d'aquavita pour se remettre de sa frayeur, et il dort maintenant à côté de sa charrette. »
Lorsque ce fatal récit fut achevé, il y eut un moment de silence. La reine et lady Douglas se regardaient l'une l'autre , comme si chacune d'elles pensait à tourner l'événement à son avantage dans la dispute qui existait continuellement entre elles. Catherine Seyton couvrit ses yeux de son mouchoir et pleura. «Tous voyez, madame , les sanglantes pratiques des papistes , commença lady Lochleven.
— Eh ! madame, répliqua la reine, dites plutôt que vous voyez le jugement du ciel sur l'empoisonneur calviniste.
— Dryfesdale n'était pas de l'ÉgUse de Genève ou d'Ecosse , » dit lady Lochleven vivement.
« Il était hérétique , quoi qu'il en soit , répliqua Marie; il n'y a qu'un guide vrai et certain, les autres conduisent à l'erreur.
— Eh bien , madame , j'espère que cela vous réconciliera avec votre retraite, et que cette action vous montrera quel est le caractère de ceux qui prétendent vous mettre en liberté. Ce ne sont que des querelleurs altérés de sang, depuis le clan Ranald et celui de Tosach dans le nord , jusqu'aux Fernihest et aux Buccleuch dans le midi... depuis les homicides Seyton à l'est jusqu'aux...
— lime semble, madame, que vous oubliez que je suis un Seyton ? » dit Catherine en se découvrant le visage qui était alors rouge d'indignation.
« Et quand je l'aurais oublié , la belle , votre demande hardie m'en ferait ressouvenir.
— Sachez que si mon frère a tué l'infâme qui voulait empoisonner sa souveraine et sa propre sœur , dit Catherine , je suis seulement fâchée qu'il ait prévenu le bourreau. Bien plus, ce misérable eût-il été même le plus vaillant des Douglas, il aurait été honoré de tomber sous l'épéede Seyton.
— Adieu, la belle, » dit lady Lochleven se levant et se retirant; « des filles telles que vous mettent les disputes à la mode, et rendent les querelles sanglantes. Il ne faut rien moins que de pareils exploits pour se mettre dans les bonnes grâces de quelques évaporées qui pensent traverser la vie comme si elles dansaient une gaillarde française. » Elle fit ensuite une révérence à la reine , et
ajouta : « Adieu , madame ; portez-vous bien , jusqu'à l'heure du couvre-feu : alors je vous paraîtrai peut-être plus hardie qu'agréable en assistant à votre souper. Suivez-moi, Randal, et racontezmoi plus au long cette cruelle catastrophe. »
« C'est un événement extraordinaire , » dit la reine , lorsque la châtelaine fut sortie, » et tout méchant que fût cet homme , je voudrais que le ciel lui eût accordé le temps de se repentir. Nous ferons quelque chose pour le repos de son ame si jamais nous sommes remise en liberté; pour une fois l'Eglise accordera cette faveur à un hérétique. Mais, dis-moi, Catherine, ma mignonne... ton frère, qui est si fringant, comme le disait cet homme , a-t-il encore avec toi autant de ressemblance que jadis ?
' — Votre Majesté veut-elle parler du caractère.^ Sur ce point elle peut savoir si je suis aussi fringante....
— Hé mais ! tu es assez prompte , vraiment ! mais malgré cela tu seras toujours ma chère amie. Je voulais te demander si ton frère jumeau te ressemble de traits et de figure conmie jadis ? Je me rappelle que ta mère parlait de cela comme d'une raison qui devait te faire prendre le voile ; car si vous étiez tous les deux dans le monde, on mettrait sur ton compte bien des fredaines de ton frère.
— Je crois, madame, qu'il y a quelques personnes d'une simplicité peu ordinaire , qui môme à présent peuvent à peine faire une distinction entre nous, particulièrement lorsque, pour se divertir, mon frère prend des habits de femme.» Et tout en parlant, elle tourna les yeux sur Roland Grœme, dans l'esprit duquel cette explication venait dejeter un rayon de lumière, aussi agréableque celui qui pénètre dans le cachot d'un captif, quand la porte s'ouvre pour lui donner la liberté.
« Ce doit être un beau cavalier que ton frère s'il te ressemble ainsi. Il est resté en France pendant ces dernières années , c'est pourqui je ne l'ai pas vu à Holy-Rood.
— On lui accorde quelques agréments extérieurs; mais je voudrais qu'il eût moins de cet esprit hardi et obstiné qu'encouragent ces temps de troubles parmi la jeune noblesse. Dieu sait que je ne crains pas pour sa vie lorsqu'il l'expose pour la défense de Votre Majesté ; et je l'aime pour l'ardeur qu'il met à votre délivrance. Mais pourquoi se disputer avec un vieux coquin de domestique ? pourquoi souiller son nom d'une telle querelle, et ses mains du sang d'un malheureux et méprisable vieillard ?