‹ L'abbéChapitre 218 sur 250 · CHAPITRE XXX IV. Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX IV. Ô

— Hélas î il n'y a pas que mon frère au monde. Vous ne voulez vous rappeler que les circonstances singulières qui nous ont mis ensemble sur ce pied de familiarité , et presque d'intimité. Vous ne pensez pas que , lorsque je retournerai dans la maison de mon père . il se trouvera entre nous deux un gouffre que vous ne pourrez franchir sans craindre d'y perdre la vie. Votre seule parente connue est au moins une femme bien bizarre : elle sort d'un clan ennemi et détruit: le reste de vos parents est ignoré... E.xcusezmoi , si je vous dis ce qui est une vérité incontestable.

— L'amour, ma charmante Catherine , méprise les généalogies, répond Roland Graeme.

— L'amour le peut , mais lord Seyton ne pense pas ainsi.

— La reine , votre maîtresse et la mienne , parlera en ma faveur. Oh I ne m'éloignez pas de vous à l'instant où je me crois si heureux : Et si j'aide à rendre la liberté à notre souveraine , ne m'avez-vous pas dit vous-même que toutes deux vous deviendriez mes débitrices ?

— Ah I toute l'Ecosse deviendra votre débitrice; mais pour les effets que ma reconnaissance doit vous faire espérer, il faut vous rappeler que je dépends entièrement de mon père; et la pauvre reine sera, pendant long-temps, plus dépendante du caprice de ses nobles et des gens de son parti que maîtresse de contrôler leurs actions.

— Soit I mes actions me mettront au-dessus du préjugé luimême : nous vivons dans un temps où un homme peut s'élever par son seul mérite; et j'y parviendrai comme tant d'autres. Le Xihevalier d'Avenel , tout puissant qu'il est , sort d'une origine aussi obscure que la mienne.

— Fort bien ! c'est ainsi que s'exprime un chevalier de roman qui veut se frayer un passage vers sa princesse emprisonnée, au inilieu des fées et des dragons vomissant feux et flammes.

— 3Iais si je puis en effet délivrer la princesse , sur qui , chère ■Catherine, se fixera son choix?

— Délivrez-la d'abord , et elle vous le dira , » répliqua miss Seyton ; et rompant tout à coup la conversation , elle rejoignit la rein© avec tant de vitesse , que Marie s'écria à mi-voix :

<< Plus de nouvelles de mauvais augure... point de dissension , j'espère, dans ma pauvre maison? « Ensuite regardant les joues rougissantes de Catherine, et l'œil brillant et expressif de Roland: «Nop, non, dit-elle, je vois que tout est bien... Mignonne,

monte dans mon appartement et va me chercher. . . attends. . . oui, va me chercher ma boîte de parfums. »

Et ayant ainsi disposé de sa fille d'honneur de la manière la plus convenable pour cacher sa confusion , la reine ajouta, en parlant à part à Roland : « Je voudrais au moins me faire de vous et de Catherine deux sujets reconnaissants ; car, quelle autre souveraine favoriserait si complaisamment votre amour? Bon .'vous mettez votre main à votre épée ; votre petite flamberge n'est bonne à rien ici ; mais dans peu de temps nous verrons si toute la fidélité qu'on nous jure sera réelle. J'entends sonner le couvre-feu de Rinross. Rentrons dans notre appartement : cette vieille dame nous a promis de revenir près de nous lors du repas du soir. Si je n'avais l'espoir d'une prompte délivrance , sa présence me rendrait folle , mais j'aurai de la patience.

— J'avoue, dit Catherine, que je voudrais, pour un seul moment , être Henri et avoir tous les privilèges d'un homme ; j'ai envie de jeter mon assiette à cette femme , à ce composé d'orgueil , d'affection et de méchanceté. »

Lady Fleming réprimanda sa jeune compagne de cet accès d'impatience ; la reine en rit , et tous retournèrent au salon , où entra presque aussitôt la dame du château, précédant les valets qui portaient le souper. La reine, déterminée à ne point dévier de la résolution qu'elle avait prise d'être prudente, supporta ^ présence avec force et sérénité, jusqu'à ce que sa patience fût poussée à bout par une nouvelle formalité qui n'avait pas encore fait partie du cérémonial du château. Lorsque les domestiques se furent retirés, Randal entra, portant les clefs du château attachées à une chaîne ; et annonçant que les sentinelles étaient placées, et que les portes étaient fermées , il remit, avec le plus grand respect , les clefs à lady Lochleven.

La reine et ses dames se regardèrent d'un air de désappointement, de colère et de dépit; et Marie dit tout haut : « Nous ne pouvons regretter l'exiguité de notre cour, lorsque nous voyons notre hôtesse se charger en personne d'un si grand nombre d'emploi.s. Outre les charges du premier intendant de notre maison et de grand-aumônier, cette nuit elle rempht le devoir de capitaine de nos gardes.

— Et elle continuera de s'en charger à l'avenir, madame , » répondit lady Lochleven avec beaucoup de gravité ; « l'histoire d'Ecosse m'apprend combien les fonctions déléguées à des subs-

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