‹ L'abbéChapitre 219 sur 250 · CHAPITRE XXXIV. SOT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV. SOT

lituts sont toujours mal remplies : nous avons entendu parler, madame, de favoris de date plus récente et d'aussi petit mérite qu'Olivier Sainclair *.

— O madame ! reprit la reine, mon père avait des favoris aussi bien en hommes qu'en femmes. Il me semble qu'il y eut des dames Sandilands , Olifaunt et quelques autres; mais leurs noms ne peuvent se conserver dans la mémoire d'une personne aussi grave que vous l'êtes.»

Lady Lochleven regarda la reine avec des yeux capables de la tuer sur la place ; mais, domptant son ressentiment , elle'se retira du salon , emportant dans sa main l'énorme paquet de clefs.

«Maintenant, Dieu soit loué pour les fautes de la jeunesse de cette femme, dit la reine. Si elle n'avait pas ce côté faible dans son caractère, elle serait invulnérable : cette tache, est l'opposé de celle que l'on appelle la marque de la sorcière , je puis la lui faire sentir, quoiqu'elle soit insensible partout ailleurs. Mais qu'en dites-vous? voici une nouvelle difficulté 5 comment faire pour s'emparer de ces clefs? je crois qu'il n'y a pas moyen de tromper ou de corrompre ce dragon.

— Puis-je vous prier de répondre à deux simples questions, interrompit Roland. Si Votre Majesté était hors des murs de ce château, pourrait-elle trouver moyen de gagner la terre ferme, et une fois sur le rivage, trouverait-elle une protection assurée?

— Nous le pensons, Roland, dit la reine; car sur ce point notre plan est passablement bien établi.

— Alors, si Votre Majesté me permettait de lui dire ma pensée, je crois que je lui serais de quelque utilité dans cette affaire.

— Comment? mon bon jeune homme, paplez, ne craignez rien.

— Mon patron , le chevalier d'Avenel, avait la coutume d'obliger les jeunes gens élevés dans sa maison à apprendre l'usage de la hache et du marteau , et la manière de travailler le bois et le fer ; il nous parlait aussi d'anciens champions du Nord qui forgeaient leurs propres armes, et du capitaine montagnard Donaldnan-Ord, ou Donald du Marteau, qu'il avait connu lui-même et qui avait coutume de forger le fer sur l'enclume avec un marteau dans chaque main. Quelques-uns disent que si le chevalier estimait de pareilles industries , c'est qu'il ne sortait pas d'un sang

i Favori de Jacques V, iadigoc de la confiance de son maître.

noble. Quoiqu'il en soit, je réussis assez bien dans ces mêmes travaux, ainsi que lady Catherine Seyton le sait quelque peu, car depuis que nous sommes ici je lui ai fait une épingle d'argent.

— Oui, répliqua Catherine -, mais, ajouta-t-€lle malicieusement, il faut tout dire à Sa IMajesté : votre bijou était si peu solide qu'il se brisa le jour suivant et que je l'ai perdu.

«Ne la croyez pas, Roland, reprit la reine ; elle a pleuré lorsque l'épingle s'est cassée , et elle en a placé les morceaux dans son sein. Mais voyons votre projet. Pourriez-vous forger habilement de fausses clefs ?

— Non, madame, parce que je ne connais pas les serrures. Mais je suis convaincu que j'en pourrai faire un trousseau qui, au premier coup d'œil, ressemblera parfaitement à ce vilain paquet que la dame vient d'emporter tout-à-l'heure : de sorte qu'il ne s'agira que de faire ici une substitution adroite.

— Et la bonne dame, grâce au ciel, est tant soit peu aveugle, ajouta la reine. Mais comment faire pour une forge, mon ami, et pour les moyens de travailler sans être observé?

— La forge de l'armurier du château^ à laquelle j'ai travaillé quelquefois avec cet homme, est sous la voûte ronde qui forme 1^ souterrain de la tourelle. Il a été renvoyé avec l'homme du guet, parce qu'on lui supposait beaucoup trop d'attachementpour George Douglas. On est accoutumé à me voir travailler dans ce caveau, et je trouverai quelque excuse qui me permettra de me servir du souftlet et de l'enclume.

-— Le projet semble assez bon, dit la reine; mettez-vous à l'ouvrage, mon enfant, avec la plus grande promptitude, et prenez garde que l'on ne découvre la nature de votre travail.

— Oh 1 je prendrai la liberté de mettre le verrou, dans le cas où le hasard amènerait quelques visiteurs, afin d'avoir le temps de cacher mon ouvrage avant d'ouvrir la porte.

— Cela ne suiïîra-t-il pas pour élever des soupçons dans un lieu qui en inspire déjà naturellement? dit Catherine.

—Point du tout, reprit Roland; Grégoire l'armurier, comme tout bon ouvrier, s'enferme lorsqu'il fait quelque chef-d'œuvre de son art. Et après tout^ il faut bien courir quelque risque.

— Il est temps de nous retirer, dit la reine ! et que Dieu vous bénisse, mes enfants. Si Marie reprend jamais le dessus, vous vous élèverez avec elle. »

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