‹ L'abbéChapitre 220 sur 250 · CHAPITRE XXXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXY

l'évasion.

Ce n'est pas le temps du plaisir, mais celui du dani,'er, quand les ecclés'asliques prennent un masque. Drtdes , Le 3Ioine espagnol.

L'entreprise de Roland Grseme semblait réussir. Avec quelques onces d'argent que la reine lui avait fournies, il avait fait d'abord deux ou trois petits bijoux, dans lesquels la perfection du travail ne surpassait pas le prix de la matière. Ces bagatelles furent sagement offertes à ceux qui auraient pu les premiers s'inquiéter de ce que le page faisait avec la forge et l'enclume. Ces travaux profitables aux autres'paraissaient sans conséquence et n'éveillaient point de soupçons. En présence des curieux, le page travaillait à ces bijoux; mais en secret il forgeait un certain nombre de clefs tellement semblables par le poids et par la forme à celles que l'on présentait cbaque soir à lady Lochleven, qu'une légère inspection n'aurait pu en faire apercevoir la différence. Il leur donna une couleur de vétusté en les plongeant plusieurs fois dans de l'eau salée ; et, fier de son adresse, il les présenta enfin à la reine IMarie dans son salon, environ une heure avant qu'on sonnât le couvrefeu. Elle les regardaavec plaisir, mais en même temps avec crainte, « J'avoue, dit-elle, que les yeux de lady Lochleven, qui ne sont pas très-clairvoyants, pourront être trompés si nous parvenons à mettre ces clefs à la place des instruments de sa tyrannie. Mais comment y réussir, et qui de ma petite cour pourra essayer ce tour de jongleur avec quelque chance de succès ? Si nous pouvions l'engager dans une argumentation un peu vive. . . mais les discours que je lui adresse semblent produire cet eflet qu'elle serre plus fortement les clefs dans sa main, comme si eUe voulait me dire : « Je tiens ici ce qui me place au-dessus de vos sarcasmes et de vos reproches. » Et môme pour obtenir sa Uberté , Marie Stuart ne s'abaissera point à caresser cette orgueilleuse hérétique. Que faire donc.'... Lady Fleming essaiera-t-elle son éloquence pour lui

décrire les nouvelles coiffa res arrivées de Paris... Hélas I la bonne dame fi'a changé en rien que je sache aucune partie de son costume depuis le combat de Pinkiefield... IMa mignonne Catherine lui chantera-t-elle un de ces airs touchants qui charment mon ame et celle de Roland Graîme ? . . Hélas I dame Marguerite Douglas aimerait mieux un psaume huguenot sur l'air : Réveillez-vous, belle endormie. . . Fidèles conseillers, que faut-ilfaire, car nos esprits s'égarent en y songeant ? Notre champion et notre garde du corps Roland Grœme doit-il assaillir courageusement la vieille dame et lui enlever ces clefs par voie de fait ?

— Non pas , avec la permission de Votre Majesté , dit Roland ; je pense qu'il faut avoir recours à la ruse , bien que , pour le service de Votre Majesté, je ne craigne pas...

— Un bataillon de vieilles femmes, interrompit Catherine, chacune armée d'une quenouille et d'un fuseau , encore qu'il n'ait aucun penchant pour les piques et les pertuisanes qui pourraient se montrer aux cris de Douglas ! aux armes l Douglas l

— Ceux qui ne craignent pas la langue des belles dames, reprit le page, n'ont à craindre rien autre chose... Biais, gracieuse souveraine, je suis presque persuadé que je réussirai à substituer ces clefs à la place de celles de lady Lochleven ; seulement je crains la sentinelle qui maintenant est posée chaque nuit dans le jardin, et près de laquelle il nous faudra passer.

Nos amis de l'autre côté du lac nous ont promis , par leurs derniers avis, de nous secourir en cette occasion, reprit la reine.

— El Votre Majesté est-elle certaine de leur vigilance comme de leur fidélité ?

— Je répondrais de l'une et de l'autre sur ma vie. Et je veux sur-le-champ te faire voir, mon dévoué Roland, qu'ils sont aussi dévoués et aussi ingénieux que toi-même. Viens ici ; mais non , Catherine, suivez-nous ; je ne conduirai pas seule un page si alerte dans ma chambre à coucher. Ferme la porte du salon , Fleming , et avertis-nous si tu entends le moindre pas. Mais non, reste plutôt; va faire faction à la porte , toi , Catherine, » dit-elle à voix basse, «ton oreille et ton esprit sont plus subtils. Ronne Fleming, suis-nous toi-même. » Et elle ajouta encore à voix basse en parlante Catherine : «Ta respectable parente surveillera Roland aussi bien que tu le pourrais faire toi-même ; ne sois pas jalouse , mignonne.»

Comme elle parlait ainsi, lady Fleming les éclaira, et ils entrè-

Page 1