‹ L'abbéChapitre 221 sur 250 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

rent dans la chambre à coucher de la reine : c'était un petit cabinet dont la fenêtre se projetait au-dehors.

— Regarde par cette fenêtre, Roland, dit Marie, vois-tu, parmi la quantité de lumières qui commencent à briller d'une lueur pâle à travers l'obscurité de la nuit dans le village de Kinross ; vois-tu, dis-je , une clarté un peu éloignée de toutes les autres ^ et qui semble plus près du rivage? elle n'est pas plus brillante que le scintillement d'un pauvre ver luisant ; et cependant , mon bon jeune homme, cette clarté est plus chère à Marie Stuart que toutes les étoiles qui étincellent dans la voûte azurée du ciel. Par ce signal je suis avertie que plus d'un cœur sincère s'occupe de ma délivrance; et, sans cette persuasion et l'espoir de la hberté qu'elle me donne, il y a long-temps que j'aurais succombé sous le poids de mes infortunes. On a formé projet sur projet, et ils ont été abandonnés ; mais la lumière brille encore, et tant qu'elle brillera, l'espoir vivra dans mon cœur. Oh I combien de soirées j'ai passées dans le découragement, réfléchissant à nos projets déçus, et ne m'attendant plus à revoir ce signal tant désiré ; mais tout à coup il reparaissait plus brillant , et , tel que la clarté du feu de Saint- Elme pendant une tempête, il m'apportait l'espoir, la patience et la consolation.

— Si je ne me trompe, répondit Roland, cette lumière vient de la maison du jardinier BUnckhoolie.

— Tu as de bons yeux , dit la reine; c'est dans ce lieu que mes fidèles sujets (Dieu et les saints les bénissent!) se consultent sur les moyens de me délivrer. La voix d'une malheureuse captive mourrait sur ces ondes bleuâtres long-temps avant qu'elle pût se mêler à leurs conseils, et cependant il m'est possible de communiquer avec eux. Je vais demander à ces fidèles amis si le moment de la grande entreprise s'approche : posez la lampe sur la croisée^ Fleming. »

Elle obéit et la retira immédiatement après l'avoir posée. Elle n'eut pas plutôt fait ce double mouvement, que la lumière de la maison du jardinier disparut.

<« Maintenant, comptez , dit la reine ; car mon cœur bat si fort que je ne puis le faire moi-même. »

Lady Fleming se mit à compter un, deux , trois , et quand elle fut arrivée au nombre dix, la pâle lumière se montra de nouveau,

« iMaintenant, ]\otre-Dame soit louée 1 dit la reine ; il y a deux nuits, la lumière ne paraissait qu'au nombre trente ; l'heure de la

délivrance approche. Que Dieu bénisse ceux qui travaillent pour moi avec une telle fidélité !. . . Hélas ! qu'il vous bénisse aussi, mes enfants! Allons, il faut que nous retournions au salon. Notre absence pourrait exciter quelques soupçons si on venait à servir le souper. ')

Ils rentrèrent dans le salon , et la soirée se termina comme à l'ordinaire.

Le jour suivant , à l'instant du dîner, il arriva un nouvel incident. Tandis que lady Douglas de Lochleven remplissait sa charge de chaque jour, qui était de servir et de goûter les plats de la table de la reine , on vint lui dire qu'un homme d'armes , recommandé par son fils, venait d'arriver, mais qu'il n'apportait ni lettres , ses communications devant être verbales; ni signe de reconnaissance: on ne lui avait donné qu'un mot d'ordre.

«Vous a-t-H répété ce mot d'ordre? demanda la châtelaine.

~ Il le réserve , je pense, pour l'oreille de "Votre Seigneurie, reprit Randal.

— Il a raison, dit lady Lochleven ; dites-lui dem'attendre dans la grande salle... Mais non, avec votre permission, madame, >• ajouta-t-elle en parlant à la reine , « qu'il vienne me trouver ici.

— Puisqu'il vous est agréable de recevoir vos domestiques en ma présence, dit la reine, je ne puis choisir.

— Mes infirmités doivent être mon excuse, madame, reprit lady Lochleven ; la vie qu'il faut que je mène ici convient mal aux années qui pèsent sur ma tête^ et me force à me mettre au-dessus du cérémonial.

— Oh ! ma bonne dame, répliqua la reine, je voudrais bien qu'il n'y eût rien dans votre château de plus pesant que les faibles chaînes de la cérémonie ; mais les verrous et les barreaux sont des choses plus pénibles à supporter. »

Pendant qu'elle parlait, la personne que Randal avait annoncée entra dans la chambre, et Roland Grseme aussitôt reconnut l'abbé Ambroise.

« Quel est votre nom? mon ami, dit la châtelaine.

— Edouard Glendinning,» répondit l'abbé en faisant un profond salut.

« Etes-vous du sang du chevaUer d'Avenel?

— Gui, madame, et je lui appartiens de très-près, réphqua le prétendu soldat.

— La chose n'est point étonnante, car le chevalier est fils de

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