‹ L'abbéChapitre 230 sur 250 · CHAPITRE XXXVr · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVr

(les seins pleins d'honneur. Yoici des bannières que le vent agite , légères comme les nuages d'été. .. Grand Dieu ! quel plaisir éprouvent mes yeux fatigués en relisant ces devises I... Voici celle de ton brave père... celle du superbe Hamilton... celle du fidèle Fleming... Regarde! regarde! ils m'ont aperçue, et se pressent vers cette fenêtre.»

Elle ouvrit la croisée; et la tète nue, ses superbes cheveux tombant en désordre , et son beau bras légèrement recouvert de son manteau , elle répondit par un geste et des signes de tète aux cris de joie des guerriers, que l'écho répétait à plusieurs milles à la ronde. Lorsque le premier élan de son ivresse fut passé, elle se rappela qu'elle était à peine vôtue, et , mettant ses mains sur son visage, qui se couvrit de rougeur, elle se retira précipitamment de la fenêtre. On devina aisément la cause de sa retraite : ce qui augmenta l'enthousiasme général pour une princesse qui, dans son empressement à reconnaître le service que ses sujets venaient de lui rendre, avait oublié la dignité de son rang. Les attraits sans parure de cette femme charmante touchèrent plus les spectateurs guerriers que n'auraient fait les pompeux ornements de ses habits royaux: et ce qui aurait semblé trop libre dans sa manière de se présenter à leurs yeux fut plus qu'excusé par l'enthousiasme du moment , et par la délicatesse que fit voir sa retraite précipitée. A peine les acclamations étaient-elles éteintes, qu'elles se renouvelaient aussitôt, et leurs sons se perdaient encore dans les bois et dans les montagnes. Dans cette nuit, beaucoup jurèrent sur la croix de leurs épées , que la main ne se dessaisirait pas de son arme que Marie Stuart ne fût rétablie dans ses droits. iMais que sont les promesses , que sont les espérances des mortels? Dix jours après, ces braves et fidèles guerriers étaient morts, ou captifs, ou en fuite.

Marie se laissa tomber sur le siège qui était le plus près d'elle, et, encore rouge de pudeur et le sourire sur les lèvres, elle s'écria : «Ma mignonne, que penseront-ils de moi... m'ôtre montrée ainsi les pieds nus, ayant mis à la hâte mes pantoufles... couverte de ce manteau... mes cheveux tombant sur mes épaules, et mes bras et mon cou nus?... Oh! ce qu'ils peuvent penser de mieux est que ce long séjour dans un donjon a tourné la tête de leur reine. Au fait , mes sujets rebelles ont bien vu le désordre de ma toilette quand jetais dans la plus profonde affliction : pourquoi garderais-je une plus froide cérémonie avec ces gens fidèles et

pleins d'iionneur? Appelez Fleming; cependant... je me flatte qu'elle n'a pas oublié le petit coflret, nous devons être aussi bien parée que nous le pourrons, mignonne.

— Mais, madame, notre bonne lady Fleming n'était pas en état de se rappeler quoi que ce fût.

' — Vous plaisantez, Catherine, » dit la reine tant soit peu mécontente ; « il ne lui est pas naturel d'oublier son devoir à tel point que nous n'ayons pas nos habits de cérémonie.

— Roland Grseme, madame, en a eu soin, répondit Catherine ; car au moment où il courait fermer les portes , il a jeté dans la barque une boite pleine de vêtements et de bijoux. Jamais je ne vis un page si maladroit ; le paquet m'est tombé presque sur la tête.

— Il te fera réparation pour cette offense et pour toutes les autres, mon enfant, « dit la reine Marie en riant. « Mais appelle Fleming , et prenons une toilette digne de recevoir nos fidèles seigneurs. »

Tels avaient été les préparatifs , et telle était l'habileté de lady Fleming, que la reine parut devant ses nobles assemblés dans une toilette aussi brillante qu'il convenait, quoiqu'elle ne pût rehausser sa dignité naturelle. Avec la grâce la plus séduisante elle exprima à chacun sa reconnaissance , et honora d'une attention particulière non seulement les plus nobles seigneurs , mais jusqu'aux moindres barons.

«Et maintenant , milords, dit-elle, quel chemin ayez-vous déterminé que nous prenions ?

— Celui du château de Draphane, répondit lord Arbroath , si Votre 3Iajesté le trouve bon, et de là nous irons à Dumbarton, lieu où Votre Majesté sera en sûreté ; ensuite nous verrons si ces traîtres nous feront tête sur le champ de bataille.

— Et quand nous mettrons-nous en route ?

— Si Votre Majesté n'est pas trop fatiguée , dit lord Seyton , nous nous proposons de monter à cheval après le repas du matin.

— Votre bon plaisir sera le nôtre , milord , répondit la reine ; c'est par votre sagesse que nous réglerons notre voyage maintetenant , et nous espérons qu'à l'avenir elle nous aidera à gouverner notre royaume. Permettez-moi, ainsi qu'à mes dames, de déjeuner avec vous, mes bons lords. Nous devons être à moitié soldats et mettre de côté l'étiquette.»

A cette offre pleine de bonté, beaucoup de têtes couvertes de casques se courbèrent avec respect. Alors la reine, jetant les yeux

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