CHAPITRE XXXVII
(le les rejoindre ; ont-ils des nerfs de fil de métal et de la chair de bronze ? sont-ils à l'épreuve du plomb et de l'acier ? S'ils ne sont pas invulnérables , révérend père , nous n'avons pas grand'chose à craindre.
— Ce sont de méchants hommes , dit l'abbé ; mais le métier des armes ne demande pas des saints. 3Iurray et 3Iorton sont connus pour être les meilleurs généraux de l'Ecosse ; jamais on ne vit reculer Lindesay ou Rulhven ; le connétable de Montmorency nommait Kirkaldy de Grange le premier soldat d'Europe ; mon frère, qui porte un trop beau nom pour une telle cause est bien connu depuis long-temps pour un soldat.
— Tant mieux I tant mieux 1 » s'écria Seyton d'un air triomphant ; nous aurons tous ces traîtres de rang et de nom sur un beau champ de bataille devant nous. Notre cause est la meilleure, notre nombre est le plus fort, notre courage et nos bras valent les leurs. . . Par saint Bennet, en avant ! »
L'abbé ne fit aucune réponse , mais sembla se perdre dans ses réflexions ; et ses craintes se communiquèrent en quelque sorte à Roland d'Avenel, qui, à Tmstant où la marche conduisait l'armée sur une hauteur, jeta un regard inquiet vers les tours de Glasgow, comme s'il s'attendait à voir les ennemis en sortir. Ce n'était pas qu'il craignît le combat, mais les suites étaient d'une extrême importance pour sa patrie et pour lui-môme, et déjà le feu naturel de son courage commençait à brûler avec moins de vivacité quoique avec plus de chaleur. L'amour, l'honneur, la fortune , tout semblait dépendre des suites d'un combat hasardé témérairement, mais maintenant inévitable.
Lorsqu'enfin la marche du corps de bataille vint à suivre une ligne parallèle à la ville de Glasgow, Roland vit que les hauteurs qui se trouvaient en face étaient déjà en partie occupées par des troupes qui déployaient aussi la bannière écossaise. Ces troupes allaient être soutenues par une colonne d'infanterie et un escadron de cavalerie, que la ville avait vus sortir de ses portes. Cavalier sur cavalier arrivaient de l'avant-garde avec la nouvelle que Murray occupait la colline avec toute son armée ; que son but était d'arrêter la marche de la reine, et son projet de hasarder une bataille. Ce fut alors que l'esprit des soldats fut soumis à une épreuve soudaine et sévère : ceux qui avaient trop facilement présumé qu'ils pourraient passer sans combattre furent tant soit peu déconcertés en se voyant aussitôt en face d'un ennemi résolu à
livrer bataille. Les chefs se rassemblèrent immédiatement autour de la reine, et tinrent en hâte un conseil de guerre. Les lèvres de Marie, tremblantes, décelaient la crainte qu'elle s'efforçait de cacher sous un maintien fier et hardi : tous ses efforts échouaient devant le pénible souvenir des suites désastreuses de la bataille de Carberry-Hill, où, pour la dernière fois, elle avait paru au mi" lieu de l'armée. Et quand elle voulut consulter ses généraux sur les dispositions à prendre pour la bataille , elle demanda involontairement s'il n'y aurait pas quelque moyen de l'éviter.
« L'éviter, répéta lord Seyton ; si nous étions un contre dix devant les ennemis de Votre JMajesté , je pourrais penser à le faire , mais jamais loi^que nous sommes trois contre deux.
— Le combat, le combati» s'écrièrentles lords rassemblés; «nous débusquerons les rebelles de leur position avantageuse : quand le lièvre gagne les hauteurs , le lévrier sait le forcer en le tournant.
— Il me semble , mes nobles lords , dit l'abbé , qu'il serait bien d'empêcher d'abord Murray de prendre cet avantage. TS'otre route passe au travers du village, sur la hauteur; et celui qui saura s'emparer le premier de ce point trouvera dans ses petits jardins et ses enclos un excellent poste de défense.
— Le révérend père a raison, dit la reine. Hàte-toi, Seyton, hàte-toi ; puisses-tu y arriver avant eux ! Ils marchent aussi vite que le vent. »
Seyton salua profondément, et tourna de ce côté la tète de son cheval. «'Votre Majesté m'honore, dit-il, je vaisy courir promptement et m'emparer du passage.
— Non pas avant moi, milord , dont la charge est de commander l'avant-garde, dit lord Arbroath.
— Avant vous, ou avant tous les Hamilton d'Ecosse,» dit Seyton, ayant reçu les ordres de la reine. «« Suivez-moi, gentilshommes, mes vassaux et mes amis. Saint Bennet en avant I
— Et suivez -moi , dit Arbroath , nobles amis , braves soldats , nous verrons qui le premier arrivera à ce poste dangereux , pour Dieu et la reine Marie I
— Précipitation de mauvais présage I malheureuse querelle î » dit l'abbé , qui les vit s'empresser tumultueusement de gravir la hauteur, sans attendre que leurs soldats fussent placés en bon ordre. « Et vous, mes gentilshommes, » continua-t-il, s'adressant à Roland et à Henri Seyton, qui étaient l'un et l'autre prêts à suivre le torrent , « allez-vous donc laisser la reine sans gardes ?