‹ L'abbéChapitre 240 sur 250 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

afin qu'ils ne fassent pas marcher leur cavalerie avant l'infanterie, mais qu'ils s'avancent avec plus d'ordre.

— C'est moi qui dois porter cette nouvelle, dit Roland, puisque c'est moi qui le premier ai remarqué ce stratagème de la part de l'ennemi.

— Avec votre permission , dit Seyton, la bannière de mon père est en danger, et il est plus convenable que ce soit moi qui l'aille secourir.

— Je me conformerai à la décision de la reine , dit Roland d'Avenel.

— Encore un appel I une nouvelle querelle I s'écria Marie ; l'armée qui nous attaque n'est-elle donc pas assez nombreuse : et faut-il que , parmi les amis de la reine , il se trouve encore des ennemis ?

— Madame, dit Roland, le jeune maître de Seyton et moi nous disputons seulement pour savoir qui de nous quittera votre personne pour porter à l'armée un message de haute importance. Henri croit que son rang doit lui en donner la charge, et moi je suis persuadé que la personne la moins importante , qui est la mienne, doit seule courir ce danger.

— Non pas, dit la reine, si l'un de vous doit me quitter, que ce soit Seyton.»

Henri Seyton salua si profondément , que la plume blanche de son casque alla toucher la crinière de son cheval de bataille. Ensuite , se tenant ferme sur sa selle , il brandit sa lance d'un air de triomphe et de résolution, et faisant sentir l'éperon à son cheval, il vola vers la bannière de son père , qui s'avançait encore sur la montagne. Rien ne put l'écarter de la ligne droite , et il fit franchir à son coursier tous les obstacles qui se trouvaient sur son passage.

«Mon frère I mon père I» s'écria Catherine avec l'expression de la plus terrible inquiétude : «ils sont au milieu du danger, et je suis en sûreté I

— Plaise à Dieu, ajouta Roland, que je fusse avec eux, et que je pusse racheter chaque goutte de leur sang par deux du mien.

— Ne savais-je pas que tu le désirais? dit Catherine : une femme peut-elle dire à un homme ce que je t'ai presque dit , et penser qu'il pourrait ressentir quelque crainte ou quelque faiblesse dans le fond de son cœur ? Il y a dans ces sons éloignés qui annoncent l'approche d'une bataille quelque chose qui me plaît et qui en

môme temps me glace de terreur. [Je ^voudrais être homme et pouvoir éprouver cette joie sans qu'elle fût mêlée de frayeur l

— Hâtez-vous, hâtez-vous I lady Catherine Seyton,» cria l'abbé tout en galopant. Cependant la petite troupe était presque sous les murs du château. «Hâtez-vous, venez aider lady Fleming à soutenir la reine ; elle s'affaiblit de plus en plus. »

On fit halte pour enlever Marie de dessus sa selle, et on la portait vers le château , lorsqu'elle dit d'une voix faible : «Non... non. . . ces murs ne me reverront jamais !

— Soyez reine , madame , dit l'abbé , et oubliez que vous êtes femme.

. — Ohl il faut que j'oublie beaucoup, beaucoup de choses, » répondit l'infortunée JMarie d'une voix défaillante , « avant que' mes yeux puissent voir d'un regard assuré des lieux si bien et si tristement connus 1 ... Il faut que j'oublie les jours que je passai ici étant déjà l'épouse de cet infortuné... dont le sang...

«C'est le château de Crookstone, dit lady Fleming , où la reine tint sa première cour lorsqu'elle fut mariée à Darnley.

— 0 ciel I dit l'abbé, ta main s'appesantit sur nous! Prenez courage, madame, vos ennemis sont les ennemis de la sainte Eglise, et Dieu décidera aujourd'hui si l'Ecosse doit être catholique ou hérétique. »

Une violente décharge de coups de canon et de mousqueterie se fit entendre comme il proférait ces mots, et sembla rappeler les esprits de la reine.

« De cet arbre, » dit-elle , montrant un if qui s'élevait sur une petite butte près du château, «je le connais bien... de là vous pourrez avoir une vue aussi étendue que du pic de Schehallion.»

Et se dégageant des br-asde ceux qui l'entouraient , elle marcha d'un pas déterminé , et qui avait quelque chose d'égaré, vers l'if majestueux. L'abbé, Catherine et Roland d'Avenel la suivirent , tandis que lady Fleming restait en arrière avec les personnes inférieures de sa suite. Le chevaUer noir suivit aussi la reine, ne la quittant pas plus que son ombre, mais restant toujours à la distance de deux ou trois pas. Il croisait les bras s"»' «a «^oitrine , tournait le dos au combat , et ne semblait occupé que de regarder Marie à travers la visière de son casque. La reine ne le regardait pas, mais fixait ses yeux sur l'if aux branches étendues.

«Eh bien ! » dit-elle , comme si à sa vue elle eût oublié ce qui se passait, et surmonté l'horreur que le premier aspect de

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