CHAPITRE XXXVII
Crookstone lui avait fait éprouver : «arbre superbe et majestueux, tu es encore aussi verdoyant et aussi majestueux qu'autrefois, quoique , au lieu de serments d'amour, tu «ntendes le bruit de la guerre. Tout a trouvé sa fin depuis la dernière fois que je te saluai... amour et amant... serments et celui qui les faisait... roi et royaume... Eh bieni que voyez-vous du combat, seigneur abbé? Nous avons le dessus, j'espère... Cependant de cet endroit les yeux de Marie ne peuvent être témoins que de malheurs I»
Tous avaient les regards fixés sur le champ de bataille ; mais ils ne pouvaient rien découvrir, si ce n'est que l'affaire se poursuivait avec acharnement. Les petits enclos et les jardins des chaumières du village, qu'ils pouvaient distinguer parfaitement, avec leurs allées de sycomores et de frônes,beauxet tranquilles à la douce clarté du soleil de mai, étaient alors couverts d'une ligne de feu et d'un dôme de fumée;et le bruit constant de la mousqueterie et du canon, mêlé aux cris des combattants qui se heurtaient, prouvait qu'aucun des deux partis n'avait cédé le terrain.
« Sous les coups de ces affreux tonnerres , dit i'abbé, une foule d'amis partent pour leur séjour éternel, pour le ciel ou l'enfer. Pendant ce terrible combat, que ceux qui croient à la sainte Église supplient avec moi le Très-Haut d'accorder la victoire au bon droit.
— Pas ici... pas ici ! » dit la malheureuse reine; « je vous en conjure ; pas ici , mon père, ou priez en silence... Ici le passé et le présent se disputent trop mon ame pour que j'ose approcher du trône de Dieu... Ou si vous voulez prier, que ce soit pour une infortunée dont les plus tendres affections ont fait les plus grands crimes, et qui n'a cessé d'être reine que parce qu'elle fut sensible et qu'elle fut trompée.
— Ne serait-il pas bien , demanda Pvoland , que j'allasse faire un tour du côté du champ de bataille pour savoir le sort du combat?
— Cou-ez-y , au nom de Dieu , dit l'abbé ; car, si nos amis sont dispersés, nous devons nous hâter de fuir... mais prenez garde de ne pas trop approcher du heu du danger, plus d'une vie dépend de votre retour.
— Oh! ne vous hasardez pas trop, ajouta Catherine, et ne manquez pas de voir comment se battent les Seyton, et quelle est leur fortune !
— Ne craignez rien , je serai sur mes gardes , dit Roland d'Avenel 5 » et , sans attendre de réponse , il courut vers le lieu du
combat : cependant il avait soin de tenir les chemins hauts et ouverts et de regarder autour de lui avec précaution, de crainte de se laisser envelopper par un parti ennemi. Comme il approchait, le bruit du feu retentit de plus en plus à ses oreilles, les clameurs devinrent de plus en plus fortes , et il sentit ce violent battement de cœur, ce mélange de crainte naturelle, d'entraînante curiosité et d'inquiétude pénible qu'éprouve l'homme le plus brave lorsqu'il s'approche du théâtre d'une scène intéressante et pleine de danger.
Enfin Roland s'avança tellement près que , d'une hauteur voilée par des buissons et des bois taillis, il put distinguer l'endroit où le combat était le plus animé. C'était un chemin creux qui conduisait au village, et que l'avant-garde de la reine avait suivi lorsqu'elle s'avança avec plus de courage que de prudence pour s'emparer de ce poste important. Mais ces téméraires guerriers trouvèrent les enclos et les jardins occupés par l'ennemi, qui avait à sa tête le célèbre Kirkaldy Grange et le comte de Morton, et ils firent de grandes pertes en s'elTorçant d'arriver jusqu'à leurs adversaires. Cependant , comme les partisans de la reine étaient la fleur des nobles et des barons , suivis de leurs parents et de leurs vassaux, ils avaient réussi à se porter en avant, méprisant les obstacles et le danger. Lorsque Roland arriva dans ce lieu , ils s'étaient rencontrés corps à corps avec les ennemis dans le défilé, et s'efforçaient de les faire déguerpir du village à la pointe de leurs lances, tandis que les protestants, également déterminés, gardaient leur avantage , luttant avec obstination pour repousser les assaillants.
Les deux partis se défendaient pied à pied , et pour ainsi dire corps à corps , de manière que les longues lances des hommes du premier rang avaient la pointe fixée sur le bouclier, le corselet , la cuirasse des combattants opposés : leur effort ressemblait à celui de deux taureaux qui , ajustant l'un contre l'autre leurs tètes monstrueuses, restent long-temps dans la même position , jusqu'à ce que la force supérieure ou l'opiniâtreté de l'un des deux contraigne l'autre à prendre la fuite, ou le précipite à terre. C'est ainsi que les pelotons opposés s'étaient , pour ainsi dire , enlacés d'une étreinte mortelle: ils s'ébranlaient lentement, tantôt en avant , tantôt en arrière , suivant le parti qui obtenait momentanément l'avantage : et la terre se jonchait de morts et de blessés , que foulaient indistinctement ennemis et amis. Ceux dont les