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CHAPITRE XXXVII

armes étaient brisées se retiraient du premier rang et faisaient place à d'autres , pendant que les rangs de derrière, ne pouvant avoir part autrement à cette lutte sanglante , faisaient feu de leurs pistolets, lançaient contre l'ennemi leurs poignards, les pointes et les tronçons des armes rompues , comme si c'eût été des javelines.

« Dieu et la reine I » était le cri qui retentissait d'un côté des combattants; de l'autre, le cri de « Dieu et le roil « roulait comme un tonnerre : c'était au nom de leurs souverains que des Sujets dévoués versaient par la main les uns des autres les flots les plus purs de leur sang -, c'était au nom de leur créateur qu'ils déchiraient son image avec le fer. Au milieu de cette confusion , souvent on entendait la voix des capitaines donnant leurs ordres, ainsi que celle des chefs supérieurs qui criaient dans le tumulte les mots de ralliement : à tous ces cris se mêlaient les gémissements des blessés et des mourants.

Il y avait environ une heure que le combat durait. Les forces des deux partis paraissaient épuisées ; mais leur acharnement n'était point dompté , leur rage n'était point abattue : lorsque Roland , qui jetait les yeux de tous côtés et qui avait l'oreille au guet autour de lui , vit une colonne d'infanterie , ayant à sa tète quelques cavaUers, tourner le pied de la hauteur qu'il occupait, et, la lance en avant , attaquer par le flanc l'armée'^de la reine déjà engagée sur son front dans un combat meurtrier. Au premier coup d'œil, Roland s'aperçut que l'auteur et le chef de ce mouvement n'était autre que le chevalier d'Avenel , son ancien maître ; et au second coup d'œil, il vit que cette action déciderait de la victoire. En efl'et, cette attaque, faite avec des troupes fraîches sur le flanc d'une armée fatiguée depuis long-temps d'une lutte aussi tenace que meurtrière , eut le plus prompt et le plus heureux résultat.

Les troupes de la reine , qui tout à l'heure offraient aux regards une ligne menaçante, épaisse et serrée de casques et de panaches , en un instant furent enfoncées et précipitées péle-méle du plateau dont elles s'efforçaient de s'emparer. Vainement la voix des chefs, qui rappelait les fuyards au combat , se faisait-elle entendre ; euxmêmes , en résistant encore, étaient convaincus que toute résistance était désormais inutile. La plupart se faisaient massacrer ou tombaient couverts de blessures, tandis que le reste était emporté

par le flux rapide et confus des fuyards. De quels sentiments le l'abeé. 28

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cœur de Roland ne fut-il point assiégé quand il vit cette déroute, et qu'il ne lui restait plus à lui-même qu'à tourner bride pour aller mettre en sûreté la personne de la reine ! Toute poignante qu'était son infortune , tout accablante qu'était sa honte , il oublia tout, quand du plateau qu'il occupait il vit en ce moment au bas de la hauteur Henry Seyton séparé de son parti dans la confusion de la défaite , couvert de sang et de poussière , se défendant en désespéré contre quelques soldats ennemis qui le sei raient de, près, attirés par l'appât de sa magnifique armure. Roland partit comme l'éclair. Poussant son coursier vers le pied de la montagne , il se précipita au milieu des adversaires de Seyton ; de trois ou quatre coups de son épée , il fit mordre la poussière à deux d'entre eux , et força les autres à s'éloigner ; puis , tendant la main à Henri , il lui dit de saisir la crinière de son cheval.

« Dans cette journée nous vivrons ou nous mourrons ensemble, s'écria-t-il , mon cheval est à vous, tenez-vous-y ferme, jusqu'à ce que nous soyons hors de danger. »

Seyton obéit , il rassembla tout ce qui lui restait de force : Roland l'eut bientôt conduit loin du danger et du lieu où ses propres yeux avaient été témoins de l'issue fatale de la bataille. Mais ils ne furent pas plus tôt parvenus sous un couvert d'arbres qui se trouvaient là, que Seyton lâcha prise, et malgré les efforts de Roland pour le soutenir, il tomba sur la pelouse. « Je vous remercie de vos soins généreux , dit-il , c'est ma première et ma dernière bataille ; j'en ai trop vu pour avoir le désir d'assister à la, fin. Hâtez-vous I sauvez la reine. Rappelez-moi au souvenir de Catherine ; on ne la confondra plus avec moi , ce dernier coup d'épée a fait entre nous deux une éternelle distinction.

— Afions I que je vous aide à monter sur mon cheval, » dit Roland avec vivacité ; ne désespérez pas de sauver vos jours ; pour moi, je puis m'en aller à pied. Tournez la tète et la bride de mon chevajl vers l'ouest, et il vous emportera aussi vite que le vent.

— Jamais coursier ne sera plus monté par moi, dit le jeune Seyton ; adieu I je vous aime mieux en mourant que je ne pense vous avoir jamais aimé dans ma vie. Je voudrais que mes mains ne se fussent pas rougies du sang de ce vieillard: Sancte Benedicite,^ ont pro me. Ne vous arrêtez pas plus long-temps à considérer un homme qui se meurt. Hàlez-vous, sauvez la reine »

Sa voix, en prononçant ces mots, avait fait un dernier effort: à peine Seyton les eut-il achevés qu'il expira. Ces paroles rappelèrent

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