CHAPITRE IV
VOUS pensiez sincèremeot ce qu'il vousplait de dire en ce moment. Tos vieux serviteurs auraient pu espérer qu'après tant d'années vous leur rendriez assez de justice pour ne pas leur retirer unç confiance qui estdue à leurs cheveux gris, parce qu'ils ne peuvent dompter l'humeur hargneuse d'une jeune tète, portée peut-être un ou deux pouces plus haut qu'il ne convient.
— Laissez-moi, dit la dame; je m'attends tousles jours au retour de sirHaîbert^ et il prendra lui-même connaissance de cette affaire. Laissez-moi, vous dis-je, Wingate, sans en parler davantage. Je sais que vous êtes un honnête serviteur, et je crois que l'enfant est pétulant, et cependant je pense que c'est la faveur dont il jouit auprès de moi qui vous a tous ligués contre lui. »
Le majordome s'inclina et se retira, après que sa maîtresse lui eut imposé silence dans une seconde tentative qu'il fit pour expliquer les motifs de sa conduite.
Le chapelain arriva-, mais elle n'en reçut pas plus de consolation. Au contraire, elle le trouva disposé à rejeter, sans ménagement surson indulgence tous les désordres que le caractère bouillant de Roland Grseme avait déjà occasionnés, ou pourrait occasionner par la suite dans la maison. « Je voudrais, dit-il, ma trèshonorée lady, que vous eussiez daigné vous laisser guider par moi dès le commencement de cette affa-ire; car il est plus facile d'arrêter le mal dans sa source que de lutter contre lui lorsqu'il a pris de l'accroissement. Il vous a plu , très- honorée dame , épithèthe que j'emploie, non suivant les vaines idées du monde, mais parce que je vous ai toujours aimée et honorée comme une dame honorable et chérie du ciel; il vous a plu, dis-je, madame , malgré mes pauvres , mais zélés conseils, d'élever cet enfant de son humble situatiun à un rang qui approche du vôtre.
— Que voulez-vous dire? mon révérend père, répliqua la dame d'Avenel. J'ai fait de ce jeune homme un page-, y a-t-il dans ma conduite à son égard quelque chose qui ne convienne ni àmoa caractère ni à ma qualité ?
— Je ne conteste point, madame, dit l'obstiné prédicateur, l'excellence de vos motifs en vous chargeant de ce jeune 'nomme, non plus que le droit que vous aviez de lui donner le vain titre de page, si tel était votre plaisir, quoique, à dire vrai, je ne voie pas à quoi peut tendre l'éducation d'un jeune homme à la suite d'une femme , si ce n'est à enter la fatuité et la mollesse sur l'amourpropre et l'arrogance. Mais je vous blâme plus directemeiit de
n'avoir pas pris assez de soin de le garantir des dangers de sa condition, et de dompter et humilier un esprit naturellement hautain, impérieux et violent. Vousavez amené dans vos bosquets un lionceau^ charmée de la beauté de sa crinière et de la grâce de ses mouvements, vous ne lui avez point mis les chaînes qui convenaient à la férocité de son caractère. Vous l'avez laissé croître, aussi indompté que s'il n'avait pas cessé d'habiter les forets, et maintenant vous êtes surprise , et vous appelez du secours, lorsqu'il commence à menacer, à mordre, à mettre en pièces, suivant la nature de son instinct.
— Monsieur Warden , » répliqua lady Avenel vivement offensée, «vous êtes l'ancien ami de mon mari , et je crois à la sincérité de votre afTection pour lui et pour sa famille. Permettez-moi cependant de vous dire que, lorsque je vous ai demandé vos conseils , je ne m'attendais pas à ces cruelles réprimandes de votre part. Si j'ai eu tort d'aimer ce pauvre orphelin plus que d'autres enfants de la même classe, j'ai peine à croire que l'erreur ait mérité une censure aussi sévère , et si une discipline plus stricte était nécessaire pour dompter ce caractère impétueux , on doit considérer, ce me semble, que je suis une femme, et en supposant que j'aie erré dans cette circonstance , il est du devoir d'un ami de venir à mon secours au lieu de me faire des reproches. Je voudrais que tout fût remis en harmonie avant le retour de mon mari. Il n'aime pas à voir la discorde et la mésinteUigence dans la maison, et je serais fâchée qu'il crût que le désordre a été occasioné par une personne que je protège. Que me conseillez-vous de faire ?
— Renvoyez ce jeune homme de votre service, madame, répondit le prédicateur.
— Tous ne sauriez me conseiller une pareille action ; vous ne sauriez comme chrétien, et comme ayant des principes d'humanité, me conseiller de renvoyer un jeune homme sans protection , auquel ma faveur, faveur peu judicieuse, si vous le voulez, a suscité tant d'ennemis.
— Il n'est pas nécessaire de l'abandonner tout à fait , madame , quoique vous le renvoyiez de votre service pour en chercher un autre, ou pour embrasser un état plus convenable à sa condition et à son caractère. Autre part, il peut devenir un membre utile de la société ; ici, il n'est qu'un brouillon et une pierre d'achoppement pour tout le monde. Ce jeune homme a des éclairs de bon