CHAPITRE IV
sens et d'intelligence, quoiqu'il manque d'application. Je lui donnerai moi-même des lettres de recommandation pour Olearius Schindcrhausen , savant professeur à la célèbre université de Leyde , où l'on a besoin d'un sous-concierge : là , indépendamment de l'instruction gratuite , si Dieu lui donne la grâce d'en profiter, il recevra cinq marcs par année, plus les vieux habits du professeur, qui renouvelle son costume tous les deux ans.
— Ge plan ne saurait convenir, mon cher monsieur Warden,» dit la dame, pouvant à peine retenir un sourire 5 «nous penserons de nouveau à cette affaire. En attendant, je compte sur vous pour démontrer à ce malheureux enfant, ainsi qu'à toute notre maison , la nécessité de réprimer ces violents accès de jalousie et de colère ; je vous supplie de leur faire sentir quels sont leurs devoirs à cet égard envers Dieu et envers leur maître.
— Yous serez obéie, madame, dit Warden. Jeudi prochain, j'adresserai une exhortation à la famille : avec l'aide de Dieu , je lutterai contre le démon de la colère et de la violence qui s'est introduit dans mon petit troupeau, et je me flatte de chasser le loup de la bergerie , comme s'il était poursuivi par une meute tout entière.
Cette partie de la conférence fut la plus agréable à M. Warden. La chaire était, à cette époque, un instrument aussi puissant pour exciter l'esprit public que la presse l'est devenue depuis, et, ainsi que nous l'avons déjà vu , le chapelain d'Avenel avait eu des succès comme prédicateur. Il s'ensuivait naturellement qu'il s'exagérait un peu la puissance de ses talents oratoires, et que, comme plusieurs de ses confrères dans ces temps de troubles , il était charmé de trouver l'occasion de faire entrer dans ses discours des sujets importants de discussion , qui présentaient un intérêt public ou particuher. Dans ce siècle grossier on n'avait aucune idée de cette délicatesse qui prescrit le temps et le lieu propres à une exhortation personnelle : comme le prédicateur de la cour adressait souvent la parole au roi lui-même , et lui dictait la conduite qu'il devait tenir dans les affaires de l'état, de môme l'aumônier d'un château féodal entreprenait souvent, en pleine chapelle , de discuter la conduite privée du seigneur ou de quelque membre de sa famille, et , selon les cas, il l'encourageait à persévérer dans le bien, ou dirigeait contre lui les censures spirituelles-, et tout cela, sans généralités, sans détours, sans épargner les noms propres.
Le sermon au moyen duquel Henri Warden se proposait de ré-
tablir la bonne harmonie dans le château d'Avenel avait pour texte ce passage bien connu : Celui qui frappe du glaive périra par le glaive ^ C'était un singulier mélange de bon sens et d'éloquence, de pédanterie et de mauvais goût. L'orateur, s'étendit fort au long sur \e mot frappe , démontrant à ces auditeurs que ce mot s'appliquait aux coups portés avec la pointe aussi bien qu'avec le tranchant , et plus généralement à l'aide d'un javelot , d'une flèche, d'un mousquet, et enfin de toute arme propre à donner la mort. Il prouva d'une manière également satisfaisante que le mot glaive comprenait les glaives de toute espèce, épée , espadon, sabre, rapière, coutelas ou cimeterre. «Mais,» continua-t-ii d'un ton plus animé, «si le texte sacré comprend dans son anathème tous ceux qui frappent avec l'un ou l'autre de ces instruments que l'homme a inventés pour exercer des actes d'hostilité ouverte, à plus forte raison s'applique-t-il à ces armes funestes qui? d'après leur forme et leur volume, semblent imaginées plutôt pour satisfaire traîtreusement une animosité particulière, que pour détruire un ennemi préparé et armé pour sa défense. Tels, » contiîiua-t-il en jetant un regard sévère vers le lieu où le page était assis sur un coussin aux pieds de sa maîtresse, portant k son ceinturon cramoisi un élégant poignard à manche doré, «tels je considère plus spécialement ces intruments de mort qui, dans la bizarrerie de nos mœurs modernes, sont portés non seulement par des voleurs et des coupe-jarrets, à qui ils conviennent naturellement, mais môme par de jeunes hommes destinés au service des femmes , et qui attendent dans les antichambres les ordres de leurs honorables maîtresses. Oui, mes amis, ces armes fatales , fabriquées pour accomphr tous les maux et pour n'opérer aucun bien , sont comprises dans l'épouvantable malédiction portée contre le glaive ; que ce soit un stylet emprunté aux perfides Italiens, une dague des sauvages habitants des montagnes, un coutelas tel '. qu'en portent nos brigands et assassins des frontières, ou enfin le petit poignard de nos efféminés : tous ces funestes engins ont été inventés par le diable lui-même, comme des instruments toujours prêts de vengeance , prompts à frapper et dont il est dif- ficile de parer les coups. Le spadassin vulgaire portant l'épée et le bouclier rougirait lui-même de faire usage d'une arme aussi perfide. Elle est propre enfin, non à des hommes ou à des sol-
\ Paroles que Je'sus-Chrisl adressa à saint Pierre quand celui-ci eut coupé une oreil'c à Malcluis. E^'augile selon saint Matlh'eu, c. xxri, v. 52. a. m.