‹ L'abbéChapitre 38 sur 250 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

le cœur lui manqua tout à coup ; il s'assit sur le gazon , et loin du regard des hommes , il répandit des larmes abondantes et amères, s'abandonnant sans réserve à cette expression naturelle de la douleur, de la craùnte et de la vanité blessée.

Enfin la violence des divers sentiments qui l'assiégeaient s'étant apaisée, le jeune homme, isolé, sans amis, éprouva ce soulagement du cœur qui succède d'ordinaire à une pareille explosion. Des larmes coulaient encore une à une le long de ses joues, mais elles n'avaient plus la môme amertume. Bientôt le souvenir de sa bienfaitrice réveilla dans son cœur un sentiment triste, mais non sans douceur ; il se rappela son intarissable bonté , et l'attachement sincère dont il était l'objet de sa part, en dépit môme de quelques actes d'étourderie : oh ! combien il se les reprochait maintenant! ils lui paraissaient autant d'ofFenses impardonnables, adressées à celle qui l'avait protégé contre toute espèce de machination, contre les conséquences de ses propres folies , et qui certes n'eût pas cessé de lui accorder sa bienveillance, si l'excès dtine ridicule présomption ne l'eût contrainte à la lui retirer.

u Quelque cruelles que soient les humiliations que j'ai supportées, dit-il, je n'ai point à m'en plaindre; elles ont été la juste récompense de mon ingratitude. Devais-je accepter l'hospitalité, et l'amour plus que maternel de ma protectrice ? Ke devais-je pas lui découvrir quelle était ma religion ? Au moins elle apprendra que la reconnaissance parte au cœur d'un catholique comme au cœur d'un puritain ; que si je me suis montré imprudent, je n'ai point été criminel ; qu'au milieu de mes extravagances je l'ai toujours aimée, respectée, honorée. Le malheureux orphelin a pu être coupable d'étourderie, mais d'ingratitude, jamais ! »

Roland, agité par ces diverses pensées, changea de direction, et se dirigea immédiatement et à pas précipités vers le château : mais cette première ardeur, inspirée par le repentir, se dissipa bientôt quand il réfléchit au dédain et au mépris qui accueilleraient indubitablement son retour. « Fugitif, humilié, il vient, dirait-on, demander en suppliant le pardon de ses fautes, et solliciter la permission de reprendre son service. » Alors il ralentit sa marche sans s'arrêter cependant.

Prenant ensuite une détermination plu^ ferme : « Eh bien ! ditil, qu'on me montre au doigt, qu'on me raille, qu'on me méprise, que l'on parle de mon amour-propre blessé, de mon orgueil humilié ! que m'importe ? c'est une expiation de mes folies ; je la

supporterai avec patience... Mais si ma bienfaitrice elle-même me jugeait assez bas, assez vil pour recourir à des supplications, non dans la seule vue d'obtenir d'elle mon pardon, mais pour faire renaître les avantages que m'accordait sa bienveillance... Elle, me soupçonner de bassesse I non, je ne puis supporter cette idée.»

Il s'arrêta, et son orgueil, joint à l'opiniâtreté naturelle de son caractère, se révoltant contre les j ustes sentiments qui l'animaient, lui remontra que, bien loin de regagner la faveur delady Avenel, il ne ferait qu'encourir ses dédains, en prenant le parti que lui avait dicté la première ardeur de son repentir.

«Si du moins, pensait-il, j'avais quelque prétexte plausible, quelque raison spécieuse qui fît voir que je ne retourne pas au château en suppliant dégradé, en valet congédié, je pourrais m'y présenter : mais ainsi, impossible 5 mon cœur s'élancerait de ma poitrine en se brisant I »

Il était plongé dans ses pensées lorsqu'un objet passa dans l'air assez près de lui pour raser les plumes de sa toque : ses yeux furent éblouis. Il leva la tète, et reconnut le faucon favori de sir Halbert, qui, voltigeant autour de sa tête, semblait réclamer son attention, comme celle d'un amibien connu. Roland étendit le bras et appela l'oiseau, qui vint immédiatement se poser sur son poignet, où il se mit à lisser son plumage ; et de temps en temps son œil fauve dardait sur le jeune homme un regard vif et brillant qui, semblait demander pourquoi il ne le caressait pas avec sa tendresse ordinaire.

« Ah, Diamant I » dit-il, comme si l'oiseau eût pu le comprendre, « nous serons désormais étrangers l'un à l'autre. Je t'ai vu accomplir de brillants exploits, je t'ai vu combattre et vaincre plus d'un brave héron j mais maintenant tout est fini, à l'avenir il n'y aura plus pour moi de chasse au faucon.

— Et pourquoi pas? monsieur Roland, » dit Adam Woodcock, le fauconnier, sortant d'un bouquet d'aunes qui l'avait jusqu'alors dérobé à la vue : pourquoi n'y aurait-il plus pour vous de chasse au faucon ? Que deviendriez-vous, camarade, s'il vous fallait renoncer aux plaisirs de la chasse ? Vous connaissez cette vieille chanson pleine de gaieté :

Plutôt que de passer sa vie Libre en toute chose , sinon De lancer son noble faucon , De suivre sa meute che'rie , AHan aimerait mieux souffrir

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