‹ L'abbéChapitre 44 sur 250 · CHAPITRE VIII. Sr · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. Sr

des larmes, moins sur ta mort que sur ton danger spirituel. Je n'osai même pas te voir pour te dire un dernier adieu. Ma douleur, ma vive douleur m'eût trahie devant ces hérétiques. Mais tu as été fidèle. A genoux, à genoux devant ce signe sacré que les méchants insultent et blasphèment ; à genoux, et remercie les anges et les saints de la grâce qu'ils t'ont faite en te préservant de la peste qui s'attache à la maison où tu as été élevé I

— Ma mère, car c'est ainsi que je dois toujours vous nommer , répondit Gramme, si je te suis rendu tel que tu peux le désirer, tu le dois aux soins du pieux frère Ambroise, dont les instructions ont confirmée tes premiers préceptes , et m'ont appris tout à la fois à être fidèle et discret.

— Qu'il en soit béni ! s'écria-t-elle^ béni dans la cellule et dans le champ , dans la chaire et à l'autel I Puissent les saints faire pleuvoir leurs bénédictions sur lui I Le ciel toujours juste emploie les soins pieux d' Ambroise pour contrebalancer les maux que l'œuvre détestable de son frère suscite contre le royaume et l'Eglise... Mais il ne connaissait pas ton lignage ?

— Je ne pouvais lui dire cela moi-même, répondit Roland; je ne savais que très-obscurément paf vos paroles que sir Halbert Glendinning tient mon héritage , et que je suis d'un sang aussi noble que le premier baron écossais. Ce sont des choses qui ne s'oublient pas, mais dont j'attends fexplication de vous -même.

— Et quand le temps viendra, tu ne la demanderas pas en vain. Mais les hommes disent , mon fils , que tu es prompt et hardi • et l'on ne doit pas confier légèrement à de pareils caractères ce qui peut fortement les émouvoir.

— Dites plutôt , ma mère , que je suis calme et de sang-froid. Quelle patience pouvez-vous exiger dont ne soit capable celui qui pendant des années a entendu ridicuhser et insulter sa religion sans plonger son poignard dans le sein du blasphémateur ?

— Console-toi, mon enfant : le temps exigeait , il exige même encore une patience à toute épreuve; mais il mûrit dans son sein l'heure du courage et de l'action; de grands événements se préparent, et toi, toi-même, contribueras à les précipiter. Tu as renoncé au service de la dame d'Avenel ?

— J'en ai été renvoyé, ma mère; j'ai vécu pour en être renvoyé comme si j'étais le moindre de la maison.

— Tant mieux , mon enfant; ton ame n'en sera que plus endurcie pour entreprendre ce qu'il faut accomplir.

— Alors, que ce ne soit rien contre la dame d'Avenel, ainsi que ton regard et tes paroles sembleraient l'intimer. J'ai mangé son pain, j'ai éprouvé sa faveur : je ne veux ni lui nuire ni la trahir.

— Nous verrons cela plus tard, mon fils; mais apprends ceci , que ce n'est pas à toi à capituler avec le devoir, et à dire je ferai ceci et je laisserai cela. Non , Roland ! Dieu et l'homme ne peuvent plus souffrir la méchanceté de cette génération. Yois-tu ces fragments ? sais-tu ce qu'ils représentent ? et peux-tu penser que c'est à toi de faire des distinctions parmi une race maudite du ciel, qui renonce, viole, blasphème et détruit tout ce qu'on nous ordonne de croire, tout ce qu'on nous ordonne de révérer ? »

En parlant ainsi , elle courba la tête vers l'image brisée avec une vive expression de ressentiment et de zèle mêlés à une dévotion extatique; elle teva la main gauche comme pour prononcer un vœu, et continua ainsi: «Soyez-moi témoin, bienheureux saint, dont nous occupons le temple souillé ; comme ce n'est pas pour ma propre vengeance que ma haine poursuit ce peuple , de môme aucune faveur ni aucune affection terrestre envers aucun de ses membres ne me fera retirer la main de la charrue quand elle passera sur le sillon I sois témoin , bienheureux saint, jadis errant et fugitif comme nous le sommes maintenant : sois témoin, mère de miséricorde , reine du ciel ; soyez témoins , vous tous , anges et saints ! »

Pendant ce discours plein d'enthousiasme, elle était, debout , les yeux levés vers la voûte brisée au travers de laquelle on apercevait lesétoiles qui commençaient à briller dans le pâle crépuscule, tandis que les longues tresses grises qui pendaient sur ses épaules étaient agitées par la brise nocturne que les brèches des murailles et les fenêtres sans clôture laissaient entrer librement.

Roland Grœme était trop dominé par ses premières habitudes , ainsi que par le sens m.ystérieux des paroles de sa mère, pour demander l'explication du projet dont elle parlait si obscurément. Elle ne le pressa pas davantage sur ce sujet-, car, ayant terminésa prière ou sa conjuration en joignant les mains avec solennité, et en faisant le signe de la croix , elle s'adressa de nouveau à son petit-fils, mais d'un ton qui convenait plus aux afïaires. ordinaires de la vie.

« Il faut que tu partes , dit-elle, Roland, il faut que tu partes , mais pas avant le matin. Et comment t'arrangeras-tu pour passer la nuit ? Tu as été élevé plus doucement que lorsque nous étions

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