‹ L'abbéChapitre 5 sur 250 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

lac était amarré dans le second fossé, et il fallut plusieurs minutes pour le détacher et le mettre en mouvement. Cependant lady Avenel voyait avec une mortelle douleur que les efforts de l'enfant pour se tenir à flot n'étaient déjà plus qu'une lutte convulsive et impuissante. Tout allait être fini pour lui s'il n'eût reçu incontinent un secours aussi prompt qu'inespéré. Wolf , qui, comme la plupart des chiens courants de la grande espèce, était un excellent nageur, ayant remarqué l'objet de l'anxiété de sa maîtresse, s'était élancé de ses cOtés , et était allé chercher l'endroit d'où il pourrait avec le plus de sûreté plonger dans le lac. Avec l'instinct admirable que ces nobles animaux Qpt souvent montré dans de semblables circonstances, Wolf nagea droit sur le point où l'on avait si grand besoin de son secours, saisit l'enfant par ses vêtements, et non seulement il le tint à flot, mais encore il le poussa devant lui vers la chaussée. Le bateau , monté par deux rameurs , rencontra le chien à moitié chemin et le débarrassa de> son fardeau. On aborda sur la chaussée , près de l'entrée du château , et devant la porte on trouva lady Avenel qui était descendue , suivie d'une ou deux de ses femmes , pour administrer de prompts secours au malheureux enfant.

Il fut porté dans le château et posé sur un lit. On eut recours, pour le rappeler à la vie, à tous les moyens que la science possédait à cette époque, et dont l'emploi fut successivement ordonné par Henri Warden, qui se piquait de quelques talents en médecine. D'abord tous les soins furent inutiles, et la dame contemplait avec une anxiété inexprimable la figure pâle du bel enfant. Il pouvait avoir dix ans-, ses vêtements étaient de l'espèce la plus grossière ; mais ses longs cheveux bouclés et l'ensemble distingué de ses traits, semblaient peu d'accord avec cette apparence de pauvreté. Le plus orgueilleux seigneur d'Ecosse eût été fier d'avoir cet enfant pour héritier. Tandis que, pleine d'une émotion qui lui faisait retenir son haleine, lady Avenel avait les yeux fixés sur ses traits si bien formés et si expressifs, une légère teinte de rouge reparut sur la joue de l'enfant, la vie suspendue revint par degrés, il poussa un profond soupir, ouvrit les yeux, ce qui produisit sur l'ensemble de sa physionomie l'effet de la lumièrejetéetoutà coup sur un paysage ; il étendit les bras vers la châtelaine, et prononça le mot « ma mère ! » ce mot, le plus agréable de tous aux oreilles d'une femme.

« Dieu, madame, dit le prédicateur, a rendu cet enfant à vos

il L'ABBÉ.

désirs; il vous appartient maintenant de l'élever de manière qu'il ne puisse pas un jour regretter de n'avoir point péri dans son état d'innocence.

— Je m'en charge dès ce moment, » s'écria la dame, jetant de nouveau les bras au cou du petit garçon, l'accablant de baisers et de caresses : tant elle était agitée de terreur en songeant au danger qu'il venait de courir, et de joie en l'y voyant inopinément arraché!

« Mais vous n'êtes pas ma mère, »dit l'enfant, rappelant ses esprits, et faisant de faibles efforts pour se dérober aux caresses de lady Avenel; « vous n'êtes pas ma mère... HélasI je n'ai pas de mère... je rêvais seulement que j'en avais une.

— Je réaliserai votre rêve, mon petit ami, répliqua kdy Avenel, je serai moi-même votre mère. Certainement. Dieu a exaucé mes prières, puisque^ dans sa merveilleuse bonté, il m'a envoyé un objet à qui je puis enfin prodiguer toute mon affection. » En parlant elle regardait Warden. Le ministre hésitait sur ce qu'il devait répondre à ce discours plein de sentiment, et dans lequel il trouvait plus d'enthousiasme que la circonstance n'en comportait. Cependant le grand Wolf. qui. tout mouillé qu'il était, avait suivi sa maîtresse jusque dans son appartement, et s'était couché près du lit, spectateur tranquille des efforts que l'on faisait pour rappeler à la vie celui qu'il avait sauvé, commençait à s'impatienter de ne point attirer l'attention : il se mit à grogner et à toucher de ses grosses pattes la jupe de sa maîtresse.

<< Oui, dit-eilc, mon bon Wolf, tu seras récompensé pour ce que tu as fait aujourd'hui, et je t'aimerai davantage pour avoir sauvé la vie d'une si belle créature. »

Peu satisfait de cette part qu'il venait d'obtenir dans les attentions de sa maîtresse, Wolf continua de vouloir mettre ses pattes sur elle, tout en jappant, caresses d'autant moins agréables que ses longs poils étaient encore ruisselants d'eau ; jusqu'à ce qu'enfin lady Avenel ordonnât à un domestique, avec lequel l'animal était très-familier, de l'appeler hors de l'appartement. Wolf résista long-temps à cette invitation, et ce ne fut qu'après que sa maîtresse le lui eut plusieurs fois commandé d'un ton tout à fait fâché, qu'il se décida à sortir. Alors, se tournant vers le lit où l'enfant reposait,, encore à demi plongé dans une espèce de délire, il fit une horrible grimace, poussa un aboiement sauvage et sinistre, et montrant une rangée complète de dents blanches et aiguës comme

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