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CHAPITRE XIII. H

Quelquefois elle donnait à entendre, quoique obscurément, qu'elle était prédestinée par le ciel à contribuer à cette noble entreprise, et que le zèle qui l'entraînait avait une garantie plus qu'humaine: Mais elle s'exprimait sur ce sujet en termes si vagues, qu'il eût été difficile de décider si elle s'attribuait une vocation directe et surnaturelle , comme la célèbre Elisabeth Barton , appelée communément la nonne de Kent, ou si elle entendait seulement parler du de^!^ imposé à tous les catholiques de cette époque , et dont elle sentait sans doute l'obligntion à un degré extraordinaire.

Toutefois , bien que IMadeleine Grasme ne prétendît point ouvertement se foire considérer comtne étant au-dessus de la classe ordinaire des mortels, quelques-unes des personnes que nos voyageurs rencontrèrent, lorsqu'ils furent dans une partie de la vallée plus fertile et plus populeuse, semblèrent indiquer par leur conduite qu'ils lui reconnaissaient des attributs supérieurs. Il est vrai que des pasteurs qui conduisaient un troupeau , quelques villageoises qui paraissaient réunies pour une partie de plaisir, un soldat en congé, avec son casque rouillé, et un étudiant en voyage, comme l'indiquaient son habit noir râpé et son paquet de livres, passèrent près d'eux sans les remarquer, ou en jetant sur eux un regard de mépris 5 et môme plusieurs enfants, attirés par le costume de Madeleine, qui ressemblait tant à celui des pèlerins ;, s'ameutèrent et la poursuivirent de huées en l'appelant « vieux marchand de messes. » Mais un ou deux voyageurs qui respectaient encore au fond du cœur la hiérarchie déchue, jetant autour d'eux un regard timide, pour s'assurer qu'onneles observait point, firent un signe de croix , fléchirent le genou devant la sœur Madeleine , ainsi qu'ils l'appelèrent , baisèrent sa main ou môme le bas de sa robe , et reçurent avec humilité les bénédictions dont elle paya leurs marques de respect 5 puis se relevant , et regardant encore d'un œil craintif si personne ne les avait vus, ils continuèrent promptement leur route. Quelques-uns môme, exposés aux regards de personnes de la religion dominante , furent assez hardis pour croiser les bras et incliner la tète , afin de témoigner de loin et en silence qu'ils reconnaissaient la sœur îMadeleine, et qu'ils honoraient sa personne et approuvaient ses projets.

Elle ne manqua pas de faire remarquer à son petit-fils ces témoignages de respect qu'elle recevait de temps à autre. «^ Tous voyez, mon fils, lui disait-elle, que les ennemis de la foi n'ont pu détruire

entièrement le bon esprit, étouffer toute la vraie semence. Au mil'^bbk. 8

lieu des hérétiques et des schismatiques qui pillent les biens de l'Église et blasphèment les saints et les sacrements, il reste encore quelques zélés croyants.

— Cela est vrai, ma mère, répondit Roland Grœme , mais il me semble qu'ils sont d'une condition à nous prêter un faible secours. Ne voyez-vous pas que ceux qui portent l'épée au côté, ou qui paraissent tenir quelque rang, nous dédaignent comme les plus vils mendiants ; tandis que tous ceux qui nous donnent quelques marques d'intérêt sont voués à la pauvreté et au malheur n'ayant ni pain à partager avec nous, ni épée pour nous défendre, ni habileté pour s'en servir s'ils en avaient une. Ce pauvre misérable qui tout à l'heure s'est agenouillé devant vous avec tant de dévotion , et qu'à sa maigreur on dirait dévoré soit au dedans par quelque cruelle maladie, soit au dehors par la plus affreuse misère, ce pauvre diable pâle et fiévreux , en quoi peut-il aider vos projets ?

— Il peut les aider beaucoup, mon fils, » répliqua la matrone avec plus de calme que le page n'en attendait peut-être. « Quand ce pieux enfant de l'Eghse reviendra de la chapelle de Saint-Ringan , qu'il va maintenant visiter par mes conseils et avec l'aide des bons catholiques ; quand il en reviendra guéri de sa terrible maladie , brillant de santé et plein de vigueur, ce témoignage de sa foi , et la miraculeuse récompense qu'il en aura reçue, ne parleront-ils pas plus haut aux oreilles de ce peuple abruti de l'Ecosse, que ne fait le vain son qui part chaque jour de mille chaires hérétiques?

— Sans doute , ma mère , mais je crains que la main du saint n'ait perdu son pouvoir , car il y a long-temps que nous n'avons entendu parler d'un miracle opéré par saint Ringan. »

La matrone garda quelques instants le silence , puis elle demanda brusquement à son petit-fils, d'une voix agitée par l'émotion : « Serais-tu donc si à plaindre que de douter du pouvoir de ce bienheureux saint ?

— Non ma mère , répondit en hâte le jeune homme , « je crois tout ce qu'enseigne la sainte Église , et je ne doute pas que saint Ringan n'ait le pouvoir de guérir; je dis seulement, avec respect, que depuis un certain temps il ne s'est guère montré disposé à l'exercer.

— Et ce pays l'a-t-il mérité? » dit Madeleine Graeme en avançant d'un pas rapide jusqu'au sommet d'un monticule où le sentier conduisait : « Ici, » continua-t-elle en s'arrôtant, « ici, sur les

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