CHAPITRE XV. ii
Le moine , en temps de pe'nitence , A son croc pendait nos cliapons :
Jloqiions-nous bien de leur censure 5 Rions, ciiaulons... sous la verdure.
Tout en répétant d'une voix de tonnerre le refrain de cette chanson de chasse , les compagnons de l'abbé de la Déraison devenaient de plus en plus tumultueux, et passaient même pardessus le respect qu'ils devaient au vénérable prélat. Tout à coup un chevaher armé de pied en cap, suivi de deux ou trois hommes d'armes, entra dans l'Église, et leur enjoignit d'une voix sévère de cesser leurs sacrilèges divertissements.
Sa visière était levée , mais eût-elle été baissée , la branche de houx qui ornait son casque eût suffi pour faire reconnaître sir HalbertGlendinning. Ce seigneur traversait le village de Kennaquhair pour revenir à son château : il avait entendu le vacarme qui se faisait dans l'Église, et craignant peut-être pour la sûreté de son frère , il y était entré avec sa suite.
« Camarades I dit-il , que signifie tout cela ? Êtes-vous chrétiens et sujets du roi , vous qui osez profaner et détruire une Église et un sanctuaire comme feraient des païens? »
Tous gardèrent le silence , bien que plusieurs fussent certainement surpris et désappointés en recevant d'un protestant si zélé des remontrances au lieu de remercîments.
Il est vrai qu'à la fin le dragon prit sur lui de faire l'orateur, et murmura, en grognant du fond de son gosier de carton peint, qu'ils n'avaient fait que balayer le papisme hors de l'Eglise avecle balai de la destruction.
« Quoi, mes amis ! répliqua Halbert Glendinning , pensez-vous qu'il n'y a pas dans ces divertissements et dans cette mascarade plus de papisme que dans ces murs de pierre ? Enlevez la lèpre qui vous ronge le corps avant de penser à purifier des murailles!.. Rabaissez cette hardiesse insolente qui ne produit que de condamnables excès ; et sachez que l'amusement auquel vous vous livrez est un de ces plaisirs coupables et sacrilèges, introduits par les prêtres mêmes de Rome pour égarer et abrutir les âmes qui tombent dans leurs filets.
— Dieu soit loué 1 . . . Tenez-vous ici pour nous gronder ? » murmura le dragon , avec une humeur violente qui allait parfaitement à son rôle ; » nous eussions aussi bien fait de rester romains si nous ne pouvons nous amuser en liberté.
— Oses-tu bien me parler ainsi ? dit sir Halbert Glendinning , et est-il bien divertissant de se traîner ainsi par terre comme une
énorme chenille? Sors de ta boite de carton peint, ou, foi de
chevalier ! je vais te traiter comme l'animal et le reptile que tu imites.
— Animal et reptile ! » répéta le dragon offensé : » en mettant décote votre titre de chevalier, je me crois tout aussi bien né que vous. »
Le chevalier ne répondit point par des paroles, mais par deux ou trois coups du bois de sa lance sur le pétulant dragon, et si les cerceaux qui formaient les côtes de la machine n'eussent été d'une certaine solidité, il eût presque brisé celles de l'acteur. Le masque quitta au plus vite son déguisement, ne se souciant pas de recevoir un troisième coup de lance du terrible chevalier; et, quand l'ex-dragon se fut relevé sur le pavé de l'église, il laissa voir à sir Halbert Glendinning des traits qui lui étaient bien connus, ce^ix de Dan Howlet-Hirst ^ , qui avait été son camarade avant que la fortune eût élevé le feudataire de Glendearg au-dessus du rang que lui donnait sa naissance. Le bouffon regardait le chevaUer de travers, comme pour lui reprocher sa violence envers un vieil ami , et Glendinning était naturellement si bon et si humain qu'il se fit à lui-même un pareil reproche.
« Dan ! j'ai eu tort de te frapper, dit-il ; mais , en vérité je ne te
reconnaissais pas Tuasété toujours un écervelé.... Viensau
château d'Avenel, et nous verrons comment volent mes faucons.
— Et si nous ne lui en montrons pas qui volent aussi joUment que des fusées , ajouta l'abbé de la Déraison , je permets à Votre Honneur de me frotter les os comme vous venez de les lui frotter.
— Comment ! c'est toi, coquin ! s'écria le chevalier, et pourquoi te trouves-tu ici ?
L'abbé se dépouillant au plus vite du faux nez qui changeait sa figure, et delà bedaine postiche qui composait son déguisement, parut devant son maître tel qu'il était réellement, c'est-à-dire sous la figure d'Adam Woodcock, fa uconniej" d'Avenel.
— Comment as-tu osé, valet , dit le chevalier, venir ici , et porter le trouble dans une maison où demeure mon frère.
— Avec la permission de Yotre Honneur, c'est pour cela môme que j'y suis venu; car j'avais entendu dire qu'on allait nommer
1 Dan est ici pour Daniel; howlet signifie peZi? hibou; et Mrsl, colline. Ains' ce mot composé reTÏeDt à Daniel de la colline du hibou, a. m.