‹ L'abbéChapitre 81 sur 250 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

congédier ce pauvre jeune homme. Pour ma part , je dirai franchement que j'ai eu tort depuis un bout jusqu'à l'autre, excédé pour le lavage de la nourriture des jeunes faucons. En ce point je soutiens que j'avais raison. »

Alors le bon fauconnier raconta tout au long à son maître l'histoire de la querelle qui avait occasloné la disgrâce de Roland Graeme ; mais il arrangea son récit d'une manière si favorable au page que sir Halbert ne put méconnaître sa généreuse intention.

« Adam AVoodcock , lui dit-il , tu es un excellent garçon.

— Aussi bon que tous les fauconniers du monde , dit Adam ; et quant à cela j'en puis dire autant de ce jeune page ; mais comme il est à moitié gentilhomme par sa charge , il a le sang chaud , et le mien n'est guère froid.

— Bien I reprit Halbert , à ce que je vois , lady Avenel a été un peu prompte ; car il n'y avait guère là de quoi chasser un jeune homme qu'elle protège depuis son enfance ; mais il aura sans doute gâté ses affaires par quelques paroles inconvenantes. N'importe ; c'est à merveille pour le projet que j'ai conçu. Emmenez cette multitude , Woodcock ; et vous , Roland Grseme , restez avec moi. >•

Le page suivit sir Halbert en silence dans l'intérieur du m(3nastère ; et le chevalier, s'arrêtant dans le premier appartement qui se trouva ouvert , chargea un de ses hommes d'armes de faire savoir à son frère , Edouard Glendinning, qu'il désirait lui parler : alors , congédiant les gens de sa suite , qui allèrent avec plaisir rejoindre leur camarade Adam Woodcock et la joyeuse troupe rassemblée au cabaret de la mère Martin , il resta seul avec le page. Sir Halbert Glendinning se promena quelques instants sans rien dire , puis «'adressant au jeune homme :

« Vous pouvez avoir remarqué , lui dit-il , qu'il m'est arrivé bien rarement de faire attention à vous. Je vois que vous rougissez ; mais ne m'interrompez point avant que j'aie fini. Comme je vous le disais , je ne me suis jamais beaucoup occupé de vous, non pas que vous n'ayez aucune qualité digne d'éloge , mais vous avez aussi des défauts que mes louanges eussent peut-être augmentés. Votre maîtresse, agissant selon son bon plaisir dans l'intérieur de sa maison , et personne n'a plus qu'elle le droit de le faire, vous a tiré de la misère , et traité plutôt comme un parent que comme un serviteur. Si vous avez été fier et orgueilleux

une telle distinction , il serait injuste de ne pas dire que vous d'

avez profité des soins donnés à votre éducation , et souvent fait beJUerde nobles et bons sentiments. Il serait donc peu généreux], après vous avoir habitué à satisfaire vos caprices et vos fantaisies, de vous laisser là et de vous abandonner au hasard , parce que vous avez fait éclater cette fougue et cette haine de tout frein, défauts ordinaires d'une éducation trop indulgente. Par ces motifs , et pour l'honneur môme de ma maison , j'ai résolu de vous prendre à ma suite jusqu'à ce que je vous aie trouvé une place honorable, qui vous mette à même d'avancer dans le monde, et de faire honneur à la famille dans le sein de laquelle vous avez été élevé. »

S'il y avait quelque chose dans les paroles de sir Halbert Glendinning qui pouvait flatter l'orgueil de Roland , ce compliment avait aussi , vu sa manière de penser, son côté défavorable. Néanmoins sa conscience lui dit aussitôt qu'il devait accepter avec reconnaissance l'offre qui lui était faite par l'époux de sa chère protectrice ; et sa prudence , quelque faible que cette vertu fût encore dans son ame , lui suggéra pourtant que son entrée dans le monde serait bien différente s'il y paraissait à la suite de sir Halbert Glendinning , renommé par sa sagesse , son courage et son crédit , ou sous les auspices de certaines personnes dont il lui fallait partager le sort incertain et exécuter les projets visionnaires ; car c'est ainsi qu'il appelait les desseins de Madeleine, sa vieille parente. Mais aussi , une violente répugnance à rentrer au service de gens qui l'avaient renvoyé avec mépris contre-balançait fortement ces considérations.

Sir Halbert regarda le page avec surprise , et continua : « Vous semblez hésiter, jeune homme. Avez-vous déjà pris par vousmême un si beau parti qu'il vous faille réfléchir avant d'accepter celui que je vous offre ? Ai-je besoin de vous rappeler que votre bienfaitrice, malgré l'offense qui l'obligea de vous congédier , voyant que vous allez vous précipiter sans guide dans un monde aussi agité que celui de notre Ecosse , ne pourra s'empêcher d'en ressentir bientôt une vive douleur; votre devoir, si vous ne voulez point agir en ingrat, est de lui épargner ce profond chagrin. Votre devoir, si vous ne voulez point agir en insensé, est encore d'accepter la protection que je vous offre pour votre sûreté personnelle ; car vous vous exposez corps et ame en la refusant. »

Roland Grœme répondit d'une voix respectueuse , mais aussi avec quelque chaleur: «Je ne suis point ingrat pour tous les

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