‹ L'abbéChapitre 82 sur 250 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

bienfaits dont m'a comblé le seigneur d'Avenel, et je m'estime heureux en apprenant pour la première fois que je n'ai point eu, comme je le pensais, le malheur de ne jamais attirer son attention. Vienne seulement une occasion de remplir mon devoir et de témoigner à mon ancienne et constante bienfaitrice toute ma reconnaissance , au péril môme de ma vie , et j'y cours avec joie. » Il s'arrêta.

«Ce ne sont que des paroles, jeune homme, reprit Glendinning ; de belles protestations ne sont souvent faites que pour tenir lieu de véritables services. J'ignore en quoi vous pourriez servir lady Avenel , au péril de vos jours; mais je puis le dire , elle n'apprendra point sans plaisir que vous embrassez une carrière qui ne compromettra ni votre sûreté personnelle , ni le salut de votre ame... Pourquoi balancez-vous à accepter la protection que je vous offre ?

— La seule parente qui me reste, répondit Roland, la seule du moins que j'aie vue, m'a rejoint depuis que j'ai été congédié du château d'Avenel , et je dois m'informer d'elle-même si je puis prendre le parti que vous me proposez , ou si ses infirmités croissantes et l'obéissance que je lui dois ne me défendent pas de l'abandonner.

'— Où est cette parente? demanda sir Halbert Glendinning.

— Dans cette maison , répondit le page.

— Allez donc la chercher, reprit le chevalier d'Avenel ; vous obtiendrez sans doute plus que son approbation; car elle serait au moins folle si elle vous la refusait. »

Roland quitta l'appartement pour rejoindre sa grand'mère 5 et l'abbé entrait au moçient où il sortait.

Les deux frères se revirent comme des frères qui s'aiment tendrement et ne se trouvent que rarement ensemble. Une affection mutuelle les attachait l'un à l'autre. Mais quant aux habitudes et à la manière de voir, quant à tout ce qui touchait aux désordres du temps, l'ami et le conseiller de Murray était l'opposé du prêtre catholique romain. Et à vrai dire, ils n'eussent pu vivre longtemps ensemble sans s'exposer à exciter la haine et les soupçons de leurs amis respectifs. Après qu'ils se furent cordialement embrassés, sir Halbert Glendinning se féficita d'être venu à temps pour apaiser le tumulte causé par Howleglas et ses bruyants compagnons.

« Et cependant, ajouta-t-il, quandje regarde votre habit, frère

Edouard , je ne puis m'empôcher de croire qu'il y a encore un abbé de la Déraison dans l'enceinte du monastère.

— Et pourquoi, frère Halbert, vous moquer de mon habit? répliqua l'abbé ; c'est l'armure spirituelle de ma profession , et comme telle , elle me va aussi bien que vous vont cette cuirasse et ce baudrier.

— Oui; mais il n'est pas fort sage, ce me semble, de porter une armure , quand on ne peut se battre ; il n'y a qu'une dangereuse témérité à défier l'ennemi auquel on ne peut résister.

— C'est ce que personne ne peut dire, mon frère , avant que la Ijataille soit livrée ; au reste , il me semble qu'un brave guerrier, même sans espoir de vaincre, aimerait mieux combattre et mourir qu'abandonner glaive et bouclier pour se soumettre aux conditions déshonorantes d'un ennemi insultant. Mais ne nous querellons pas sur un sujet où nous ne serons jamais d'accord , et venez plutôt assister au repas de mon installation. Yous n'avez pas à craindre , mon frère , que votre zèle à rétablir la discipline primitive de l'Église soit offensé en cette occasion de la riche profusion d'un festin monacal. Les jours de notre vieil ami l'abbé Boniface sont passés -, et le supérieur de Sainte-Marie n'a plus ni forêts , ni étangs , ni pâturages , ni moissons , ni troupeaux , ni gibier ; il n'a plus ni greniers remplis de blé, ni magasins d'huile et de vin, d'ale et d'hydromel. La place de cellerier n'existe plus, et un repas comme celui qu'un ermite de roman peut offrir à un chevalier errant, voilà tout ce que nous pourrons vous donner. Mais si vous le partagez avec nous , nous le trouverons excellent, et nous vous remercierons, mon frère , de votre utile protection contre ces impudents perturbateurs.

— Mon très-cher frère, répondit le chevalier, je suis fâché vraiment de de pouvoir accepter ; mais il serait dangereux pour vous et pour moi qu'un réformé assistât à votre banquet d'installation. Si je puis jamais avoir le bonheur de vous secourir efficacement , je le devrai surtout aux efforts que je fais pour qu'on ne me soupçonne point de soutenir et de favoriser vos rites et vos cérémonies religieuses. Il ne faudra rien moins que toute l'autorité que je puis prendre sur mes propres amis , pour défendre l'homme hardi , qui , malgré les lois et les édits du parlement, a osé remplir les fonctions d'abbé de Sainte-Marie.

— Ne prenez point cette peine , mon frère , répliqua le père Aniln'oise. Je verserais le meilleur de mon sang pour savoir que

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