CHAPITRE XV. U
VOUS avez défendu l'Eglise par amour de l'Église. Mais tant que vous aurez le malheur de rester son ennemi , je ne voudrais pas vous voir courir un danger ou user votre crédit pour ma défense personnelle. Mais qui vient ici troubler les courts moments d'un entretien fraternel que la fortune m'accorde comme un dédommagement de ses rigueurs ? »
La porte de l'appartement s'ouvrit pendant que l'abbé parlait encore , et dame Grœme entra.
« Quelle est cette femme ? » dit sir Ilalbert Glendinning d'un air quelque peu sévère , « et que demande-t-elle ?
— Que vous ne méconnaissiez point , répliqua la matrone , c'^est ce qui n'importe guère. Je viens , comme vous l'avez désiré, pour donner mon libre consentement à ce que le jeune Roland Grœme rentre à votre service. Et, cela dit, je ne vous importune pas davantage de ma présence. La paix soit avec vousl » Elle se tourna pour s'en aller, mais les questions de sir Halbert Glendinning l'arrêtèrent.
« Qui ôtes-vous ? qui ôtes-vous? et pourquoi ne demeurez-vous pas pour me répondre ?
J'étais, répliqua-t-clle , quand j'appartenais au monde, une femme d'un nom assez recommandable : maintenant je suis Madeleine , une pauvre pèlerine, pour l'amour de la sainte Eglise.
— Quoi ! s'écria sir Halbert, êtes-vous catholique ? Je croyais savoir de mon épouse que Roland Grœme descendait d'une famille de réformés.
— Son père , répondit la matrone , était un hérétique, ou plutôt il ne s'inquiétait ni de l'hérésie ni de l'orthodoxie , ni du temple de la sainte Eglise, ni de celui de l'antechrist. Moi aussi , car l'on se laisse entraîner facilement aux péchés de ses contemporains , j'ai paru me conformer à vos rites sacrilèges, mais j'avais mes dispenses et mon absolution.
— Vous voyez , mon frère , » dit sir Halbert Glendinning , même avec un sourire expressif, « que nous ne vous accusons pas sans fondement de pratiquer les restrictions mentales.
— Tous nous faites injustice, répUqua l'abbé, cette femme, comme sa conduite le montre assez, n'a pas l'esprit parfaitement sain, grâce, je dois le dire, aux précautions de vos barons maraudeurs et de votre clergé.
— Je ne veux pas contester sur ce point , reprit sir Halbert ; les désordres de ce temps sont malheureusement si nombreux, que
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im L'ABBE.
les deux Églises peuvent se les partager et en avoir encore de i-este. » En parlant ainsi, il se mit à une des fenêtres de l'appartement et sonna d'un petit cor qu'il portait en sautoir.
« Demandez-vous déjà votre cheval ? mon frère, lui dit l'abbé ; nous n'avons passé que quelques minutes ensemble.
— Hélas I reprit sir Ilalbert, et ces quelques minutes ont été troublées par des querelles. Oui , mon frère , je demande mon cheval. Il faut, pour prévenir les conséquences de votre témérité d'aujourd'hui, déployer de l'activité. Dame Madeleine, avertissez , s'il vous plaît , votre jeune parent que nous montons à cheval à l'instant. Je ne compte pas l'emmener au château avec moi : cela donnerait lieu à de nouvelles querelles entre lui et mes gens, ou au m.oins à des railleries qui blesseraient sa fierté, et mon désir est de lui éviter tout désagrément. Il doit se rendre à Edimbourg avec un homme de ma suite que j'y envoie porter la nouvelle de ce qui s'est passé ici. Ceci paraît vous réjouir? » ajoutat-il en jetant des yeux perçants sur Madeleine Greeme , qui le regarda d'un air calme et indifférent.
« J'aimerais mieux , dit-elle , que Roland Graeme , orphehn sans fortune et sans amis, fût exposé aux railleries de l'univers entier qu'à celles des domestiques du château d'Avenel.
— Ne craignez rien , répondit le chevalier , il ne sera méprisé nulle part.
— Cela se peut, réphqua-t-elle, cela se peut bien. Mais j'ai plus de confiance dans sa propre conduite que dans votre protection. >> En prononçant ces mots , elle se retira.
Le chevalier la suivit des yeux, pendant qu'elle s'éloignait; mais se tournant tout à coup vers son frère, il lui exprima, dans les termes les plus affectueux , ses vœux pour sa prospérité et son bien-être, et lui demanda la permission de le quitter. « Ces coquins , dit-il , sont trop occupés au cabaret pour que le faible son d'un cor de chasse les arrache à leur divertissement.
— Halbert, répondit l'abbé, vous les avez affranchis du lien le plus solide , et vous leur avez appris à vous désobéir.
— Tse craignez rien , Edouard , » s'écria Halbert qui ne donnait jamais à l'abbé son nom monastique d'Ambroise. « Ceux qu'on affranchit d'une contrainte servile s'acquittent plus fidèlement que tous les autres de leurs véritables devoirs. »
Il se tournait pour partir, quand l'abbé lui dit : « Ne partez pas , mon frère : on apporte quelques rafraîchissements. Ne quit-