‹ L'abbéChapitre 86 sur 250 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

perait celle-ci serait moins pesant que le toucher du plus petitdoigt de mon maître. Et sur ma foi , c'est un homme violent, ausslpur, mais aussi dur et aussi impitoyable que l'acier. Vous vous rappelez le pauvre Cock de Capper Law , qu'il fit pendre au-dessus de sa porte pour une simple méprise , une misérable paire de bœufs qu'il avait prise en Ecosse croyant les prendre en Angleterre. J'aimais ce Cock Law ; les Kerr n'avaient pas dans leur clan un plus honnête homme, et ils ont eu des hommes dignes de servir de modèles à l'habitant des frontières ; des hommes qui n'auraient pas enlevé moins de vingt vaches à la fois , et se seraient crus déshonorés s'ils avaient ravi un troupeau de moutons ou autre menu bétail, mais qui tiraient toujours de leurs maraudes à la fois honneur et profit. ÎMais voyez, Sa Seigneurie s'arrête, et nous sommes près du pont. Avancez , il faut que nous recevions ses derniers ordres. »

Adam Woodcock avait dit vrai. Dans le chemin creux descendant vers le pont, toujours confié à la garde de Pierre Bridge- AVard ', quoiqu'il fût alors très-vieux, sir lîalbert Glendinning fit faire halte à sa suite , et fit signe à Woodcock et à Gramme de s'avancer à la tête du cortège.

« Woodcock , dit-il , tu sais à qui tu dois conduire ce jeune homme. Et vous , jeune homme , obéissez avec zèle et discrétion aux ordres qui vous seront donnés. Domptez votre caractère fier et irascible ; soyez juste , vrai et fidèle ; car vous avez en vous de quoi vous élever bien au-dessus de votre situation actuelle. Jamais , en supposant que vos efforts seront louables et honnêtes , jamais la protection et l'appui d'Avenel ne vous manqueront. »

Les laissant en face du pont, dont la tour centrale commençait alors à jeter sur la rivière une ombre prolongée , le chevalier d'Avenel tourna sur la gauche sans passer la rivière, et poursuivit son chemin à travers une chaîne de collines qui renfermaient , dans leurs parties retirées , le lac et le château d'Avenel.

Il ne restait en arrière que le fauconnier, Roland Grseme et un domestique du chevalier, d'un rang inférieur, qui fut laissé avec eux pour avoir soin des chevaux , porter leur bagage , et les servir sur la route.

Dès que le corps le plus nombreux des cavaliers se fut détourné pour se diriger vers l'ouest , ceux dont la route était à travers la

i Mot qui veut (lire garde-pont. a. m.

rivière et vers le nord appelèrent le garde du pont -, et demandèrent le passage gratuit.

«< Je n'abaisserai pas le pont, » répondit Pierre, d'une voix que la vieillesse et la mauvaise humeur rendaient tremblante : « que vous soyez papistes ou protestants , vous êtes tous les mêmes. Le papiste nous menace du purgatoire, et nous ruine en pardons ; le prcitestant nous menace de son épée , et nous parle de liberté de conscience ; mais pas un ne dit : Pierre, voilà votre péage. Je suis fatigué de tout cela, et mon pont ne se baissera pluà que pour ceux qui me paieront argent comptant. Sachez que je me soucie aussi peu de Genève que de Rome, aussi peu d'homélies que de pardons, et les sous d'argent, voilà le seul passeport que je connaisse. »

Le vieux rustre I » dit Woodcock à son compagnon ; puis élevant la voix , il s'écria : « Ecoute , chien de garde-pont, maroufle, crois-tu que nous ayons refusé le denier de saint Pierre à Rome pour te payer le tien au pont de Kennaquhair ? Que ton pont s'abaisse à l'instant pour les serviteurs de la maison d'Avenel ; ou par la main de mon père , et c'était un vigoureux compère de York , par la main de mon père , dis-je, notre chevalier te fera sauter de ton nid d'oie dans le milieu de la rivière , à l'aide du fauconneau que nous allons prendre à Edimbourg pour le conduire demain vers le Sud. »

Le garde-pont entendit , et murmura : « Peste soit des faucon- Beaux , des canons et des fusils, et de tous les mâtins que l'on fait aboyer de nos jours contre des murs de pierre et de chaux I C'était un joyeux temps que celui où il n'y avait rien autre que des coups de main, et où môme une volée de flèches ne pouvait pas plus nuire à de bons murs que la pluie ou la grêle ; mais il faut céder au plus fort ! » Et s'étant consolé par ce proverbe plein de sens, il abaissa le pont-levis. A la vue de ses cheveux blancs , qui laissaient voir un visage attristé par les années et le malheur , Roland se sentait porté à lui donner une aumône ; mais Adam Woodcock le retint : « Qu'il porte la peine de sa grossièreté et de son avarice : dit-il ; le loup qui a perdu ses dents ne doit pas être mieux traité qu'un chien hargneux. »

Laissant Pierre Bridge-Ward regretter le changement des temps, qui lui envoyait des soldats insolents et des serviteurs féodaux , au lieu de paisibles pèlerins , et le réduisait à perdre son péage, au heu de rançonner les passants, nos voyageurs se dirigèrent versle nord : Woodcock, qui connaissait parfaitement cette

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