‹ L'abbéChapitre 89 sur 250 · CHAPITRE XVII. 1G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. 1G

sonfils aitla direction de tout. Mais Murray ne la laissera jamaisen. liberté, iila connaît trop bien. Ecoutez-moi, nous nous rendons à ïIoly-Rood, où vous trouverez abondance de nouvelles et quantité decourtisans pour les raconter; mais suivez mon conseil, et reprenez tranquillement haleine, comme disent les Ecossais. Ecoutez ]es opinions de tout le monde, et gardez la vôtre pour vous. S'il arrive que vous appreniez desnouvelles qui vous plaisent, ne sautez pas comme si vous alliez vous armer directement pour la cause dont il s'agit. Notre vieux monsieur Wingate dit, et il connaît bien le bétail de la cour : « Si on vous raconte que le roi Coul est ressuscité, contentez-vous de répondre : est-il bien vrai? je l'ignorais : et ne paraissez pas plus ému que si quelqu'un vous disait, comme une nouvelle , que le roi Coul est mort et enterré. » Ainsi donc, veillez bien à votre conduite , maître Roland, car, je vous en réponds , vous entrez au milieu d'une génération aussi âpre à la curée qu'un faucon affamé. Que votre poignard ne soit pas dégainé à chaque mot que vous entendrez prononcer de travers; car vous trouverez des lames aussi chaudes que la vôtre,et alors le sang coulera sans le secours des sangsues ou l'avis del'almanach.

— Vous verrez combien je serai réservé et prudent, mon bon ami, répondit Grœme. ]Maispar Notre-Dame! quelle est donc cette maison tout en ruines si près de la ville? Ont-ils joué ici le rôle de l'abbé de la Déraison , et terminé la farce en brûlant l'église ?

— La I répliqua son compagnon , voilà que vous vous laissez encore entraîner par le vent, comme un faucon sauvage qui n'écoute ni le leurre ni le signal. C'est une question que vous auriez dû me faire à voix basse, comme je vous répondrai.

— Si je reste long-temps ici, dit Roland, il y a apparence que je perdrai le ton naturel de ma voix. 3Iais quelles sont donc ces ruines?

— L'église de Field, « dit le fauconnier en chuchotant d'un air mystérieux , et posant en même temps un doigt sur sa lèvre; «ne m'en demandez pas davantage. Quelqu'un a eu un mauvais jeu, et quelqu'un a eu le blâme ; et cejeuacommencélà où Tonne pourrait peut-être pas le jouer de nos jours. Pauvre Henri Darnley , bien qu'il ne fût qu'un âne, il entendait quelque chose en fauconnerie; mais on l'a lancé lui-môme dans les airs par un brillant clair de lune *. »

1 Allusion à la fin tragique de Darnley, e'poux de Marie Stuart , et au chaleâii tltifjuel ou mit le feu jendant la nuit. Une mine fil le sauter en l'air, a, m.

1G4 L'AEBÉ.

La mémoire de cette catastrophe était si récente , que le page détourna les yeux avec horreur des ruines où elle s'était passée ; et la tristesse que lui causèrent les accusations contre la reine , auxquelles cet événement avait donné naissance , succéda à la compassion qu'il avait commencé à ressentir pour sa triste situation actuelle.

Ce fut dans cet état d'agitation d'esprit , causé en partie par l'horreur , mais plus encore par l'intérêt et par une vive curiosité , que le jeune Grseme traversa la scène de ces événements terribles , dont le hruit avait troublé les solitudes les plus lointaines de l'Ecosse, comme les échos du tonnerre éloigné roulant au sein des montagnes. « JMaintenant , pensait-il, maintenant ou jamais , je vais devenir un homme, et remplir mon rôle dans ces événements que les simples habitants de nos hameaux se rappellent l'un à l'autre, comme s'ils avaient été produits par des êtres d'une nature supérieure à la leur. Je vais savoir pourquoi le chevalier d'Avenel lève la tête si fort au dessus des autres barons ses voisins, et comment il se fait que des hommes, par leur valeur et leur sagesse, passent de la casaque de toile grise au manteau d'or et de pourpre. On dit que je ne me fais pas remarquer par ma prudence : si cela est vrai, le courage doit la remplacer; car je veux être un homme parmi les hommes, ou un mort parmi les morts. »

De ces plans d'ambition il détourna ses pensées vers des projets de plaisir, et il se mit à former quelques conjectures sur le temps et le lieu où il reverrait Catherine Seyton, et sur la manière dont il renouvellerait connaissance avec elle. Il se plaisait à de telles rêveries, quand il remarqua qu'il était entré dans la ville : tous les autres sentiments furent suspendus en lui par l'espèce de vertige dont est frappé l'habi tant d'un pays solitaire, lors qu'il se trouve pour la première fois dans les rues d'une cité vaste et populeuse, c'està-dire une simple unité au milieu de tant de milliers de personnes.

La principale rue d'Edimbourg était alors, comme aujourd'hui, une des plus spacieuses de l'Europe. La hauteur excessive des maisons, la variété des pignons, des créneaux et des balcons gothiques qui terminaient de chaque côté l'horizon , tout cela, joint à la largeur de la rue , aurait pu frapper de surprise des yeux plus exercés que ceux du jeune Grœme. La population , étroitement resserrée dans les murs de la ville', était alors augmentée par la quantité de lords du parti du roi , rassemblés à Edimbourg pour

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