CHAPITRE XVII. Ain
jGn s'aventurant dans le château à sa recherche , ou ne se mît en route sans l'attendre. Mais lord Seyton ne lui permit pas de s'échapper si aisément.
« Restez , jeune homme , lui dit-il, et faites-moi connaître votre nom et votre rang. Lord Seyton depuis peu de temps a été plus habitué à se voir abandonné de ses amis qu'à recevoir assistance des étrangers. Biais un changement peut arriver, de telle sorte qu'il ait le bonheur de récompenser ceux qui lui veulent du bien.
— Je me nomme Pioland Grœme, milord. Je suis en ce moment , en qualité de page , au service de sir Halbert Glendinning.
— Je l'avais bien dit d'abord , s'écria un des jeunes gens ; je gage ma vie que c'est un trait tiré du carquois de l'hérétique: c'est un stratagème, milord, depuis le commencement de cette aventure jusqu'à ce moment môme, pour insinuer dans votre confiance quelqu'un de ses espions. Vos ennemis savent former à ce rùle les femmes et les enfants.
— Si vous parlez de moi, c'est une fausseté , s'écria E-oland; personne en Ecosse ne pourrait m'apprendre à jouer un rôle aussi infâme.
— Je vous crois , jeune homme , dit lord Seyton : vos coups étaient trop fortement appliqués pour que vous pussiez agir d'intelUgence avec ceux qui les recevaient. Croyez-moi pourtant , je m'attendais peu à me voir secourir au besoin par quelqu'un de la maison de votre maître ; et je désirerais connaître quel motif a pu vous engager à embrasser ma cause aux risques de votre vie.
— Sous votre bon plaisir, milord, dit Roland, je pense que mon maître lui-môme ne serait pas resté inactif et n'aurait pas vu un homme honorable accablé par le nombre , sans lui prêter le secours de son bras. Telle est du moins la leçon de chevalerie qu'on nous enseignait au château d'Avenel.
— Le bon grain est tombé dans un bon terrain , jeune homme , dit lord Seyton-, mais, hélas I si vous en agissez avec tant de loyauté, dans ces temps d'infamie où le pouvoir usurpe partout la place du droit, votre vie, mon pauvre ami, ne sera pas de longue durée.
— Qu'elle soit donc courte , dit Roland , pourvu qu'elle soit honorable. IMais à présent , milord, permettez-moi de me recommander à Yotre Seigneurie et de prendre congé. Un de mes camarades m'attend dans la rue avec mon cheval.
— Recevez du.moins ce présent, jeune homme, » dit lordSey-
ton en détachant de sa toque la chaîne d'or et le médaillon , « et portez-le pour l'amour de moi. »
Ce ne fut pas sans orgueil que Roland accepta le don. Il l'attacha aussitôt à sa toque , comme il avait vu les nobles porter cet ornement, et renouvelant ses salutations au baron, il sortit de l'antichambre , traversa la cour, et parut dans la rue au moment où Woodcock, piqué et inquiet de son retard, s'était déterminé à laisser là les chevaux à tout événement, pour se mettre à la recherche de son jeune compagnon.
« Quelle grange viens-tu encore de briser * ? » s'écria-t-il comme soulagé de le revoir, quoique l'extérieur du jeune homme indiquât qu'il s'était trouvé au milieu d'une scène agitée.
« Ne me faites pas de questions, » dit Roland en sautant gaiement sur son cheval ; « mais voyez combien il faut peu de temps pour gagner une chaîne d'or, » en lui montrant celle qu'il portait.
« Dieu veuille que vous ne l'ayez point dérobée ou emportée par violence ! s'écria le fauconnier; cependant je ne vois pas comment vous avez pu l'obtenir. Je suis venu ici souvent; oui, j'y ai même passé des mois entiers , et personne ne m'a donné ni chaîne ni médaillon.
— Vous voyez, répondit le page, que j'en ai gagné une en moins de temps. Mais que votre cœur honnête soit en repos : elle est légitimement gagnée et librement donnée, et non dérobée ni prise de force.
— Ma foi , pends-toi avec ta fanfaronne - autour du cou I Je crois que l'eau refuserait de te noyer, et le chanvre de t'étrangler: tu es congédié comme page de ma maîtresse, pour rentrer comme écuyer de milord ; et pour avoir suivi une jeune demoiselle noble dans quelque grande maison, tu obtiens une chaîne et un médaillon, quand un autre aurait reçu des coups de bâton sur les épaules, si sa poitrine avait échappé au poignard. Mais nous voici en face de la vieille abbaye. Que ton bonheur t'accompagne en traversant cette cour, et de par Notre-Dame I tu peux affronter toute l'Ecosse. » A ces mots, ils arrêtèrent leurs chevaux vis-à-vis
i Expression proverbiale, e'quivalant à : «Quelle nouvelle faule viens-tu de comnietlre? a. m.
2 Nom donne' aux chaînes d'or que portaient les guerriers de ce temps. Ce mot est d'origine espagnole , car la mode de porter ces ornements coûteux était fort suivie par les conquérants du Nouveau-Monde.
Celle note est traduite de celle de l'auteur anglais, A. m.