ACTE TROISIÈME
vres politiques » , si le patriote dit de nous : « Ce furent des héros !»
JULIE
Monsieur, il me serait doux de m'épancher dans une âme comme la vôtre. Mais un mystère sombre m'obsède ; il m'est interdit de vous l'expliquer. Je vous ai inspiré quelque estime; prouvez-le-moi de nouveau en m'abandonnant à mon sort. Je suis due à la mort. La mort, monsieur, ne soufîre pas qu'on lui arrache ses victimes; ceux qu'elle a serrés de ses dents ne doivent pas revivre. Grâces vous soient rendues pour la pensée généreuse qui vous a porté à me sauver! Toute votre vie, que j'augure couronnée de gloire et des récompenses de la victoire, gardez le souvenir de la belle action que vous avez faite. J'en suis touchée autant qu'on peut l'être. Vous avez été grand, généreux et fort.
En mourant (marque de surprise de La Fresnais), j'aurai VOtre
image devant les yeux de l'âme, parmi celles qui accompagnent au seuil du tombeau et qui consolent
LA FRESNAIS.
Pourquoi ne voulez -vous pas vivre? Pourquoi ne voulez-vous pas que ces malheureux comptent un crime de moins? La France renaîtra, nous en sommes sûrs, et c'est par des femmes telles que vous que se fera sa rénovation. Vivre est maintenant, pour ceux qui ne sont pas sur les champs de bataille, le premier des devoirs. Les liens antiques sont tous rompus. Je vous en prie, ne me privez pas de ma récompense ; j'ai voulu garder une mère, une épouse à la patrie.
JULIE
Monsieur, je vous estime trop pour vous faire un mensonge. Non ; je ne vivrai pas. Votre action n'en aura pas été moins belle. Gardez-la en votre cœur, et que ce souvenir enchante votre heureuse et longue carrière. Il m'est interdit de vous dire pourquoi je n'accepte pas le don de la vie, que vous m'offrez. Au nom du sentiment sacré qu'éveillèrent