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sens. Ce n'est point là du matérialisme , c'est de la physiologie. Et Voltaire a spirituellement complété Locke en ajoutant : « Nous savons très-bien que les idées nous viennent par les sens, mais nous ignorons toujours d'où elles partent. La source de ce Nil ne sera jamais découverte. » Un moraliste a écrit : Les grandes pensées viennent du cœur ; et cela est assurément plus croyable que susceptible de démonstration.
Cabanis, de son côté, avait quelque raison physiologique et expérimentale de prétendre « qu'aux dif' férences et aux modifications des organes correspondent constamment des différences et des modifications dans les idées et les passions» Soutenir, en effet, que l'esprit, les facultés, le moral d'un individu ne subissent ni accroissement, ni défaillance, ne sont susceptibles ni de progrès, ni d'altération, par le fait de l'accroissement ou de la sénilité des organes, c'est nier d'emblée les âges, les tempéraments, les seies; c'est sacrifier l'évidence et l'observation scientifique à l'idée religieuse de Tâme, qui n'est pas en cause le moins du monde. Si l'esprit, le moral ne se trouvent jamais abolis par la prédominance d'une altération physique, pourquoi les médecins les plus spirituaiistes reconnaissent-ils la folie? pourquoi admettentils les monomanies, même la monomanie homicide,
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c'est-à-dire l'absence de toute responsabilité devant les hommes?
g. Seulement, Cabanis eût bien fait peut-être de substituer les facultés aux sentiments et aux passions. Sa proposition eût ainsi mieux répondu à ce qui se passe tous les jours. Est-ce que le monde, est-ce que le jury, les juges tous tiennent compte de la différence et de la modification de vos sentiments et de vos passions, lorsqu'ils vous absolvent, dans un cas de folie et de délire? Non; ils ont égard à la modification profonde, déterminante, irrésistible de vos facultés. Le monde, le juiy et les juges admettent, d'ailleurs, implicitement, que cette modification entraîne celle de vos sentiments et de vos passions; mais c'est le dérangement de vos facultés qu'ils acquittent, et un Jury d'évôques rendra son verdict avec une tranquillité de conscience bien plus grande, après la simple déposition d'un anatomiste, ou d'un chirurgien ayant attesté une lésion du cerveau chez un inculpé.
Au surplus, les spiritualistes les plus décidés euxmêmes, ne pensent pas autrement que Cabanis, en définitive et au fond. Le médecin, essentiellement spiritualisle, M. Récamier, et maintenait l'existence distincte de l'âme et du corps, de l'esprit et de la maticrcj mais il trouvait une telle communauté d'ac-
tioû et de réaction entre ces deux termes, une telle intimité de relations, qu'à son sens leur histoire ne pouvait être séparée. » Action et réaction : voilà le livre tout entier de Cabanis, sur les rapports du physique et du moral, résumé en deux mots. Je demande humblement si M. Récamier avait raison ensuite de parler de l'âme libre, indépendante. On n'est ni libre, ni indépendant quand on subit des réactions incessantes. L'âme est une vérité de sentiment et de foi. Quand ou voudra en faire une vérité anatomique ou physiologique, on échouera honorablement et toujours. La psychologie, elle-même, meurt à la peine, et la religion seule donne la seule explication possible d'un mystère : elle le fait désirer, aimer et croire. Ce qui entraîne peut-être bien des personnes dans l'impossible, c'est que Ton prend trop à la lettre cette maxime homo duplex; l'homme en corps et âme, esprit et matière, physique et moral. Rien que cela. Eh ! mon Dieu ! comptez donc bien. Est-ce que le moxal et l'intelligence de Thomme ne font pas déjà deux? Chez Mirabeau, par exemple, n'admirez-vous pas Vintelligence ? — Éprouvez-vous le même sentiment pour le moral? Je ne parle pas de son physique. Voilà homo triplex déjà, et je n'aurais pas fini. Tout bien considéré, Thomme est plutôt universel par ses éléments que double, triple, etc. Nous y mettons une
parcimonie gênante. L'homme est un composé merveilleux et mystérieux de facultés organiques, animales, intellectuelles, morales, etc. L'âme existe comme Dieu au milieu du monde, si la comparaison est permise et en prenant ce mot do milieu comme synonyme de partout.
Après cela ne me demandez pas, n'essayez guère, sans nécessité absolue, de définir une faculté, une essence. Ce serait nous exposer tous à substituer un assemblage de mots à un ensemble de faits. Exemple : consultez mille individus, après un concours, pour savoir si tel ou tel concurrent a ou non de la mémoire; vous n'attendrez pas longtemps la réponse, une réponse unanime, à moins que vous n'ayez choisi un lauréat exprès, sur la limite de la médiocrité. Mais cela fait, demandez une définition de la mémoire, et vous assisterez incontiment à la plus effroyable mêlée de phrases et d'antiphrases, d'adjectifs capricieux, etc. — Savez-vous pourquoi ces gens, prêts tout à l'heure à s'embrasser sur le fait, vont se quereller sur les termes? C'est qu'en définitive on ne peut donner que ce qu'on a. Or personne ne peut donner la défmitioD, pas plus que la vérité. Chacun donne sa définition, sa vérité.
Inde irœ.
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Donc je ne déûnis pas et je raconte : Un homme s'imagine voir un fantôme la nuit. Il sait qu'il n'y a pas de fantômes en dehors des contes. Il appelle un de ses sens à son aide, il se lève et va pour toucher le fantôme : il doute s'il l'a vu.
Cet homme pense et dit ; J'ai cru voir, je n'ai point vu. Mon imagination trompe ma vue.
Le phénomène se reproduit: l'homme, fatigué, troublé, n'essaye plus de toucher le fantôme ; il dit : Je vois.
Enfin, l'état s'aggrave et l'homme affirme : le fantôme existe.
Le pauvre diable est bien fou.
Pascal en reste au premier degré : a II voyait sanscesse à ses côtés un profond précipice : pour n'en être pas troublé dans ses méditations, il était obligé de déro* ber cette image à ses regards, en interposant un corps opaque entre ses yeux et la place qu'elle occupait par rapport à lui. d // voit, selon Cabanis, mais sa volonté intervient, il met non pas un corps opaque, mais un raisonnement entre l'image et ses yeux. Et le rai« sonnement le voici : puisque je cache Je précipice, je ne dois plus le voir; Pascal se sauvait de l'imagination par la logique. Le remède est rare et les médecins eux-mêmes ne l'ont pas toujours sous la main.
En causant de cette intervention de la volonté, si remarquable surtout chez quelques furieux de monomanie homicide qui vous préviennent de leur accès, je me demande s'il n'y aurait pas, par hasard, la folie animale, la folie organique et la folie humaine, comme il y a la vie animale, la vie organique et la vie humaine ; la première possible à étudier, à raisonner, à guérir; la seconde mystérieuse, profonde, obscure et rebelle aux traitements, etc., etc.
Mais un pareil sujet s'élève de beaucoup au-dessus de mes forces, et je ne me croirais plus, en le trai* tant, protégé par ces paroles charmantes d'un conteur émérite : t Je m'imagine que je vous parle et tout passe dans la conversation. )» Je suis môme un peu confus de ce que j'ai osé dire en présence de savants, peut-être, car il y en a partout à présent et je m*esquive pour aller à l'Académie. Il est tard, mais je prendrai le plus long.