‹ L'ABC de l'esprit et du cœurChapitre 25 sur 55 · HOPITAL · texte numérisé non relu

HOPITAL

M.— Tel riche sortirait guéri de Thôpital et par l'hôpital, qui meurt dans son hôtel et de son hôtel.Tel pauvre meurt à sou domicile^ que l'hôpital aurait rendu

— Ul —

à la maison de convalescence» et la maison de convalescence à la sanlé parfaite. — La maladie, en effet, veut des soins bien donnés, bien reçus : rien .en deçà, rien au delà. Des malades et des soldats sans discipline... c'est la défaite assurée. Sans doute^ il y a en médecine comme ailleurs des infidélités heureuses; mais toutes les espiés^leries des commères qui aiment tant à jouer des tours au médecin, mais les perfidies quotidiennes de la routine et de la bêtise envers la science, ne changent rien au fond des choses. Car, encore une fois, la maladie n*est pas une petite maîtresse. Il ne faut la ménager qu'en lui ôtant ses aises; il ne faut la caresser qu'en la chassant, et ne la choyer qu'en la battant sur toute la ligne.

Au point de vue général, Thôpital, comme lieu où régnent l'obéissance et le régime au sein d'une propreté irréprochable, l'hôpital est donc une institution qui honore Tintelligence et l'humanité. Au point de vue particulier, il humilie l'amour-propre parce qu'il est synonyme de misère ; il humilie non-seulement l'individu mais la famille.

Que faire à cela ? Il faut demander aux mœurs de se réformer. Quand un convoi passe, tout le monde se découvre ; personne ne va supposer que celui qui passe est mort de mauvaisa maladie ou d'inconduite.

Que les mœurs soient aussi sages et aussi prudentes à l'endroit de la pauvreté. Un pauvre mérite, à priori, les sympathies et les respects du public ; il est pauvre malgré son travail et peut-être è cause de sa pro-. bité. Tant que la probité restera une tache p/ir ellemême vous aurez beau supprimer l'hôpital , la por* tière saura bien, en parlant d'un malade soigné à domicile, dire: C'est un malade gratis; voilà la fille en chapeau, en crinoline, du malade gratis j et semer rhumiliation dans le quartier à chaque instant, (^e sera-ce, mon Bieu! s'il faut tirer le cordon , la nuit, pour le malade gratis? On le voit, nous nous plaçons dans le vif de l'existence actuelle, et nous ne nous payons pas de raisons philosophiques. C'est pour cela que nous ne proposons pas à nos cx)ntemporain8 d'honorer, d'aimer la misère, è propos de l'hôpital. Nous leur disons simplement -. Ne pensez pas trop mal de la pauvreté, jusqu'au Jour où vous aurez pu la supprimer; car votre mauvaise opinion ne fait qu'aggraver les choses.

L'hôpital attrisfe, et il ne s'agit pas de le faire aimer, encore une fois; mais l'hôpital est aujourd'hui indispensable, etquiind tout s'embellit jusqu'à la magnificence, le progrès ira sans doute visiter un peu nos hospices ; il y a envoyé assez de pauvres diables assurément.

Ce n'est pas l'homme, ce n'est pas la société, c'est la nature, la bonne nature qui afflige certains indi* yidus de maladies si graves, si extraordinaires qu'elles doivent fixer l'attention des médecins et servir à rinstruction publique^ dans l'intérêt du genre humain.

On comprehd donc l'existence d'une Académie de médecine, avec des jardins de plaisance et de bota* nique; les professeurs représentent les princes de la science et les hérauts de l'enseignement. Lès malades reçus ou appelés à ce foyer de renseignement supérieur sont consolés de leur infortune exceptionnelle, par une installation à part. Leur malheur instruit ; il faut que notre instruction leur profite. 11 ne s'agit pas de dorer les corniches ni de placer des lustres au plafond, mais on imagine des loges, des chambres, une sorte de domicile.

Puisqu'il y a des lavoirs, des squares dans tous les quartiers, est-il défendu de rêver des inûrmeries dans tous les quartiers?

Paris oblige.

L*hôpital ne peut donc manquer de faire comme toute chose et de se transformer, car beaucoup de privations, de misères, qui semblaient autrefois toutes simples pour les autres, toutes naturelles pour nos semblables, sont aujourd'hui considérées comme

insupportables : la conscience y répugne et les proscrit.

En attendant que le traitement à domicile puisse être et soit devenu général, l'hôpital refait et autrement aménagé portera au fronton de son entrée

principale ce mot de la Gaule :

Espoir y gît.

xxxu

IDtES

I. — Il y a des idées qui^ parties du ciel depuis plusieurs millions d'anaées, avec la lumière de certaines étoiles, ne sont pas encore arrivées Jusqu'à nous ; car l'idée ne va pas plus vite que la lumière, sa soeur. Quand ces idées auront touché notre globe terrestre^ elles mettront encore des milliers d'années à pénétrer certains esprits : est-ce que nous devons après cela nous permettre de diviser les choses en vraisemblables et en invraisemblables ?

Devant toute prétendue invraisemblance que V'm^

térôt nous oppose^ recueillons-nous donc^ car les rêves de la poésie deviendront un jour des choses positives. Ce mot si profond de notre ignorance, qui sait? ce mot doit en même temps^affermir notre foi. U Amérique était un mondt fantastique avant Christophe Colomb.

!• ^ Il faut en convenir, le monde ne se montre guère indulgent envers les hommes à idées. Le sentiment le moins hostile qu'il puisse leur témoigner, c'est celui de TincréduUté. — Un bohème réaliste disait dans un divan : les idées^ ce sont les puces de l'humanité. Elles la tourmentent et l'empêchent de dormir; elles nuisent à son maintien, en la forçant à se frotter contre une sottise existante.

Oette comparaison triviale présente un cOté vrai. Les idées agit^nt^ inquiètent, et leur utilité est fort (xmtestabto entre la poire et le fromage.

Idée, idéale idéaliste^ idéologue^ mettons tout cela dans hi fosse commune, et plantons dessus la fourché caUdine du positivisme.

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