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MALADIE

M. — Un des plus grands médecins de TÂliemagne a défini la maladie : « Une réaction acciden-* telle de l'organisme contre une cause morbide. »

Si la maladie est une réaction, il semble naturel d'aider la maladie contre la cause morbide , et l'homéopathie aurait raison.

Le commencement de la maladie marquerait donc le passage du mal latent au mal déclaré.

A ce compte -lèy l'homme en maladie ouverte serait plus] sûr de son fait que l'homme qui court à ses aflfaires. Il me souvient qu'étant jeune, j'ai soutenu cette thèse: « L'état le plui désirable est celui

d'une demi'Santé, » Je ne croyais toucher de si près avec la philosophie allemande, à une vérité de premier ordre. En effet, la pleine santé peut être un leurre, une sorte de bain qui chauffe, pour nous servir de l'expression vulgaire, tandis que la demi-santé est comme un avertissement sans frais , de prendre garde à nous et de pousser tout doucement à Ir réaction de l'organisme.

A ce point de vue encore, la maladie ne serait que le redoublement accidentel, fiévreux, de ce mouvement qui emporte à toute minute de notre existence un peu de nous, en dehors de nous, et prépare le renouvellement successif, mais intégral, de Tôlre matériel et humain. La maladie est une accélération de la vie par la souffrance, en vue d'un plus prompt débarras et d'une appropriation nouvelle.

J'ai lu quelque part :

Toute maladie est le combat de la nature contre une cause morbiGque; elle est le résultat de deux actions distinctes, savoir : d'une action morbide, produite par une cause morbifique et constituant une affection; d'une action médicatrice organisée par la force vitale médicatrice et formant une réaction.

Je l'avoue, j'accordais volontiers le mot de réaction appliqué à l'organisme contre la cause morbide ; mais celui de combat emporte des idées de

volonté^ de dévouement qu'il m'est plus diflQcile d'attribuer à la bonne nature. En effet, on a vu, on voit la bonne nature s'accommoder de tant d'inûrmitéf y se complaire dans des anomalies si monstrueuses ! On Ta vue, on la voit frapper tant de jeunes et de vigoureux^ faucher tant de fleursi qu*il répugne -de lui supposer des intentions si vaillantes à Tendroit^ de notre conversation.

Un épicurien du nom d*Atticus osa dire son fait à la maladie. • Saisi par la fièvre à Tâge de soixante dix-sept ans, il prit d'abord patience; mais, enfin, U réunit un Jour ses amis et s'exprima en ces termes : vous savez quels soins et quelle attention j'ai apporté au rétablissement de ma santé. Je me flatte d'avoir satisfait à mon devoir; il ne me re^te qu'à me satisfaire moi-même. Je n*ai pas voulu vous laisser ignorer ma résolution. Je suis décidé à ne plus nour^ rir mon mal. Tous les aliments que j'ai pris les jours derniers n'ont prolongé ma vie que pour augmenter mes douleurs. Je voift prie donc d'approuver mon * dessein etc. Après avoir passé deux jours sans prendre de nourriture, sa fièvre le quitta; mais il n'en persista pas moins dans sa résolution. Il y persévéra encore trois jours et mourut. »

Quel éloge de la diète et quelle condamnation de la philosophie païenne I L'épicurien mange et ne

veut pas que son parasite, la fièvre, en profite. -^ Il ne mange plus, la fièvre s'en va, et le philosophe aussi •

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