‹ L'Abcès Cérébral D'Origine OtiqueChapitre 20 sur 56 · FORMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

FORMES CLINIQUES

Comme bien on pense, il est très rare de trouver rassemblés dans un seul et même cas tous les symptômes étudiés dans le chapitre précédent. En clinique, on se trouve en présence de malades n'offrant que des signes peu nombreux et atténués qui peuvent induire en erreur.

En effet, comme l’a dit Lermoyez en 1902, «il existe deux symptomatologies très distinctes de l’abcès cérébral. L'une est un tableau virtuel, mais très complet pour le besoin du candidat qui veut faire une belle épreuve. Ce syndrome total et terminal, généralement exigé dans les services de médecine pour définir l'abcès cérébral, ne laisse guère à poser d'autre indication opératoire ralionnelle que l'autopsie. L'autre esl une esquisse réelle, mais essentiellement incomplète. Elle n'est formée que de quelques faits épars qu’il faut savoir raccorder, souvent même constituer par une seule ligne très difficile à inter préter. Elle seule, cependant, sert au chirurgien qui veut faire une bonne opération ». 11 est donc indispensable de connaître les formes diverses sous lesquelles peut se présenter l’abcès cérébral. Nous pouvons les diviser en six principales.

Nr CCE a) Forme classique.

D'abord, la forme classique. un peu schématique il est vrai. Un malade porteur d'une otorrhée chronique est pris de malaises, de frissons, sa température s'élève aux environs de 40°, il se plaint de courbature, de maux de reins, de céphalée ; à l'examen, on note un peu de raideur de la nuque, parfois du Kernig et des troubles vaso moteurs. Pas de signes à grand fracas : le pouls et la respiration restent à peu près normaux. Cela dure quelques jours, après quoi une accalmie survient. La température baisse, mais la céphalée persiste L’appétit revient, mais l'amaigrissement continue. Le malade, moins affecté qu’au début de la maladie, se plaint cependant. Puis, sans que rien fasse prévoir une issue fatale, le malade meurt brusquement ou tombe dans le coma terminal. Ce tableau classique semble répondre à l’évolution anatomique des lésions.

1° Période de début, caractérisée anatomiquement par l'inflammation méningée de l’encéphalite. Elle rappelle le tableau de la méningite (fièvre, céphalée, vomissements, délire, ralentissement du pouls) et dure en moyenne une dizaine de jours.

C'est la période fébrile.

2° Période de rémission. — Le pus s'enkyste et la plupart des symptômes disparaissent : la température ne devient jamais normale il est vrai et présente même des oscillations correspondant aux poussées infectieuses qui se forment autour du foyer. Le seul symptôme persistant est la céphalée.

3° Période terminale. — Elle est brusque. Le pus se

vide soit à la surface des méninges, soit dans le ventri-

SANT es cule, et cela avec d'autant plus de facilité que, le plus

souvent, l'abcès n'est séparé du ventricule que par la membrane épendymaire.

b) Forme typhoïde.

Une autre forme cliniquede l'abeès cérébral est la forme typhoïde. Ici, pas de début brusque. Le malade est prostré, abattu, se plaint de maux de tête continuels, présente parfois des épistaxis, avec température élevée se maintenant aux environs de 40°. La langue est sale et l’inappétence absolue. On note parfois un léger délire et un peu d’aphasie : mais rien ne fait supposer un abces cérébral, si ce n’est la notion d'otorrhée antérieure: L'évolution de cette forme, peu fréquente heureusement, est, le plus souvent, mortelle.

c) Forme méningitique.

L'abcès cérébral peut revêtir une forme méningitique, et cela se conçoit fort bien. [1 n’y a guère d’abcès cérébral sans lésions méningées plus ou moins étendues, et si, dans tous les cas, les phénomènes d'inflammation des méninges ne dominent pas entièrement le tableau clinique, du moins, dans certains cas, ils sont tellement apparents qu'eux seuls frappent le médecin. Dans ces cas, on a une température irrégulière, de la céphalalgie, de l'inégalité pupillaire, des vomissements et de la constipation. C'est ici que l'examen du sang et du liquide céphalo-rachidien pourrait donner d’utiles indications.

Se rapprochent beaucoup de la forme classique, non par leur début, mais leur évolution, les formes rémitten les et latentes de l’abcès cérébral. Ici, pas de début bruyant.

RCE Tel

d) Forme latente.

Dans la forme latente, aucun signe, aucun phénomène infectieux du début. Pas de troubles sérieux, soit moteurs ou sensitifs : un peu de céphalée, et c’est tout. Le malade meurt subitement, sans que rien ait pu faire prévoir une fin aussi rapide. C’est ce qu'on appelle la forme médico: légale de l'affection.

e) Forme rémittente.

Dans la forme rémittente, le début est moins insidieux. Le malade se plaignant de courbature, de maux de tête, de fatigue intellectuelle et présentant un peu de température, on croit à une grippe. Ces phénomènes s'amendent et tout rentre dans l’ordre jusqu’au jour où survient une attaque aplopectiforme : le malade entre dans le coma et meurt.

Î) Forme tumeur cérébrale.

Reste, enfin, une dernière forme : l’abcès cérébral peut revêtir le type de la tumeur cérébrale. Les signes habituels se manifestent par un ralentissement du pouls, de la céphalée, des: vertiges; des vomissements, mais ces troubles évoluent apyrétiquement. On ne pourra soupçonner l'existence d’un abcès du cerveau que grâce à un examen otologique.

Telles sont les diverses formes classiques sous lesquelles se présente à nous l’abcès cérébral d’origine otitique.

D'une part, des formes à début tapageur, retenant l'attention du médecin et éveillant sa méfiance. D'autre part, des formes à allures discrètes, silencieuses, ne permettant pas de poser, avec sûreté, une étiquette sur

l'affection en cours. C’est surtout dans ces formes-là qu'ilimporte de songer à une complication intra-cranienne.

Mais, comment distinguer l’abcès cérébral de ces complications, et le diagnostic d'abcès cérébral otogène posé, où le localiser? C'estlà ce que nous allons étudier dans le chapitre suivant.

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