HISTORIQUE
Depuis la plus haute antiquité on connaissait l’existence des.abcès du cerveau. Dans ses écrits, Hippocrate attire sur eux longuement l'attention. Il signale la coexistence de l'écoulement du pus par l'oreille et d'une collection purulente de l’encéphale. Les uns, avec Avicenne, considèrent la suppuration otitique comme secondaire à la suppuration cérébrale. D'autres, avec Morgagni, affirment, au contraire, l’antériorité constante de l'infection de l'oreille sur celle du cerveau. Enfin, Itard déclare que tantôt c'est un abcès primitif du cerveau qui s'ouvre dans l'oreille, tantôt c'est un abcès primitif de l'oreille qui se propage vers le cerveau.
Les médecins depuis n'oublièrent pas ces lésions, et même le public les connaissait.
C'est ainsi que, le 24 février 1672, l'ambassadeur marquis de Saint-Maurice écrivait à la Cour de Savoie : «Leurs Majestés sont dans une grande affliction de Madame (Marie-Thérèse de France), leur fille est moribonde et presque sans espérance qu'on puisse la sauver. Dimanche dernier, elle tomba dans une grande faiblesse accompagnée de convulsions qui ne l'ont plus quittée ; on dit qu'elle a perdu la vie et la parole.
» On adaple cet accident à un abcès qu'elle a dans la
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tête et qui pousse en dedans ; elle en a déjà eu à l'oreille, ce qui l'avait un peu défigurée, et on n’espérait pas qu'elle pût vivre. »
C'est dans la deuxième moitié du xvui® siècle que nous trouvons les premiers ouvrages sérieux s’occupant de la question. Le tableau clinique est tracé par Lebert. Morand, conduit par une fistule osseuse sur un abcès cérébral, l'évacue avec succès et traite de ce sujet dans les Opuscules de Chirurgie (t. 1, p. 160, Paris.)
Plus tard, Roux, conduit également par une fistule, guérit un de ses malades, et Alberombie, Bienner, Andral, Griesinger, Huguenin, etc., complètent la description clinique des abcès encéphaliques. Vers 1840, paraissent les études de Cless (1) ; quelques années plus tard celles de Cormak (2). En 1862, Flourens publie un travail sur la guérison des abcès du cerveau (Gaz. des H6p.) et Icard une série d'articles sur « Abcès du cerveau, otite purulente » (Société de Médecine, Lyon, t. I], p. 113, 1863).
Mais ce n’est qu’en 1880, avec Macewen, que commence la phase chirurgicale de l'histoire de l’abcès cérébral.
Dès lors, de nombreux chirurgiens, en Angleterre, en France et en Allemagne, se mirent à chercher la voie opératoire la meilleure pour arriver sur l’abcès cérébral. Faisons remarquer en passant que les trois premiers succès publiés et obtenus par Morand, par Roux et par Shede, furent obtenus en se laissant guider par la lésion osseuse. Citons les noms de Bar-
(1) Cless. — Ulceratio cerebri cum otorrhea et carie ossi petrosi Med. con. BI d. Wurtemberg Certze vei Sluttgart XI, p.350, 1841.
(2) Cormak:— Abcess of the brain connected with otitis mouth. S. M. Sc. London et Edimbourg, V, p. 267, 1845.