‹ L'Abdication du Prince CuzaChapitre 18 sur 43 · LA GUERRE AUSTRO-PRUSSIENNE · texte numérisé non relu

LA GUERRE AUSTRO-PRUSSIENNE

Bien que naturellement personne n’y fasse allusion pendant quelque temps à propos de la question des Principautés, on sent néanmoins peser sur les esprits les préoccupations nées du conflit permanent qui met aux prises l'Autriche et la Prusse depuis leur intervention dans les Duchés. Chaque Cour devine confusément que de cette mésintelligence locale peut sortir un bouleversement bien autrement radical, et l’attitude de chacune, dans les divers problèmes européens, est plus ou moins fonction de l’intérêt qui la porte vers la situation en Europe Centrale. Ainsi nous avons cru démêler que la question de la Vénétie n’était pas étrangère à la politique de Napoléon IIT sur le Danube, puisque c’est après s’être bien assuré que l’incorporation à l'Autriche était impraticable qu'il a favorisé le projet prussien, non sans doute qu’il eût eu la pensée machiavélique et chimérique de créer une menace sur les derrières de l’Autriche, mais bien plutôt parce que l’aide donnée au prince Charles cadrait avec les demiencouragements voilés, les avances réticentes qu’il faisait à la Prusse au début de 1866. La Russie, désintéressée de l’affaire austro-prussienne, est également la plus acharnée à demander une intervention énergique dans les Principautés, et à s’insinuer d’autant plus dans les bonnes grâces de la Turquie que l’Autriche ne peut pas s’avancer à fond. Et en effet, nous avons vu cette dernière paralysée par la nécessité de ne pas rompre avec la France. Alors que toute sa politique, ses espoirs et sa situation historique et géographique lui font considérer comme un danger l’affermis-

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sement des provinces frontières de l’Empire Ottoman, et à plus forte raison leur réunion sous un prince prüssien, elle s’associe sans doute aux idées exprimées par les plénipotentiaires turc et russe, mais finit toujours pär céder devant l’intransigeance française. L’explication d’une pareille attitude, en 1866, serait bien facile même si nous ne possédions pas la correspondance échärigée entre Mensdorf et Metternich. Dans le conflit qui la menace en Allemagne, devant les revendications italiennes sur là Vénétie, lAutriche n’a d’espoir, en dehors de ses armées, qu’en l’Empereur, dotit l’autorité sur le gouvernement de Floreñce et le poids de ses armes sur le Rhin lui paraissent capables de lui offrir une aide considérable. Aussi multiplie-t-elle ses efforts pour garder la sympathie de la France, et cela d'autant plus que les intentions de l'Empereur sont plus mystérieuses eb sa conduite plus incompréhensible. Dans plusieurs lettres, Metternich expose à Mensdorf là nécessité de ne pas rompre, les démarches qu’il mültiplie dans ce sens (1) et les phases de sa poursuite d’une entente « qui ne peut qu'être utile » (2), son désespoir en voyant Napoléon s’entêter de plus en plus dans l’idée d’un Congrès, idée qui ne peut être que défavorable à l’Auütriche (3). suivant la signature d’une convention (4) qui finit par être conclue secrètement en juin, peu avant la güerre (5). Lorsque celle-ci éclate, c’est à la France qüe, devant le refus de l’Angleterre, Mensdorf demande l'autorisation de faire passer éventuellement par ses courriers Ia correspondance du représentant autrichien à Rome (6); c’est à elle qu’elle recourt, avec une insistance de plus en plus grande, pour obtenir une intervention; et l’on sait qu'après le désastre, François-Joseph ne voülut remettre la Vénétie qu’à Napoléon III, dont il espérait encore les bons offices.

(1) CE. H. Onoxus, Rheinpolitik, 1, doc. n°5 32, 39, 57, 60, 63, éte.

(2) Lettre n° 9 C. du 7 mars, France Rapports, E, f. 163 v.

(3) Cf. H. OxoKkex, Rheinpolitik, I, doc. n°8 39, 99, 120.

(4) Cf. EH. OxoKEN, Rhéinpolitik, L, doc. nos 69, 78, 80, 99.

(5) Les deux Empéreurs procédèrent à cette occasion à un échange de lettres personnelles, qui sous des dehors amicaux ne dissimulent point les inquiétudes de François-Joseph à l'égard dé la politique française (France Exp. I, f. 618-621); G, H. Onokex, Rheinpolitik, Ê doc. n°8 156 et 160.

(6) Remerciements à Drouyn de Lhuys, 24 juin (France Exp., I, £: 627).

On sait combien cette attente fut trompée. Mais tant qu'on eut cet espoir à Vienne, on ne pouvait point aller résolument contre le volonté expresse de la France. Après Sadowa, il n’était plus temps de changer d’attitude et de s'associer à des mesurès militaires dans lés Principautés : l'Autriche n'était plus en état de risquer un conflit avec la Russie, et d’ailleurs la question de Bucarest était à peu près réglée.

Le gouvernement de Pétersbourg, on s’en souvient, avait été le seul à se montrer résolu, et il n’était pas impos- Sible qu’il songeât, une fois les conférences rompues, à profiter des embarras de l’Autriche pour agir pour son propre compte. Cette considération a certainement dû être envisagée par Constantinople et s’ajouter aux mobiles qui guidaient Paris. Il fallait donc rendre son intervention inutile. C’est ainsi que Moustier facilita les négociations directes entre Ion Ghica et Aali Pacha, assez épineuses au début (1). La Ruüssie, d’ailleurs, s’y prêta; Goréakov paraît avoir moins songé à tirer parti des circonstances qu'à se conserver les mains libres (2). Rien n’entrava donc lës pourparlers de Constantinople. Un mois après ils étaient assez avancés pour que Ion Ghica, malgré les nombreuses difficultés qu’il rencontrait, pût déjà communiquer à son gouvernement un premier projet d'entente, qu’il jugeait inacceptable, mais qui n’en laissait pas moins prévoir un règlement pacifique (3). Moustier l’avait emporté sur Prokesch, malgré l’exposé si clair et si pressant que ce defniér n'avait cessé de présenter aux Turcs de la conséquence inéluctable qui allait découler de linstallation du prince Charles, et qui était l'indépendance dé la Roumaänie (4). Aali Pacha ne pouvait manquer d’en être convaincu lui-même; mais, comme les autres Puissances, il s'attendait à des événements graves en Europe à la suite de Sadowa, en prévision desquels la Porte devait non seulement avoir les mains libres, mais s’assurer des appuis parmi les grandes Puissances. Il n'en fit pas mystère à

(1) Cf. doc. n° 298 et 327.

(2) Cf. doe. n° 151, 310.

(3) Cf. doc. n° 327.

(4) Cf, doc. n° 336.

Prokesch le jour où il remit à Ion Ghica les conditions posées à la reconnaissance du prince Charles (1). La politique bismarckienne, cette année-là, avait fait coup double : elle avait abattu la puissance du grand État allemand qu’elle voulait exclure de l’Allemagne future, et elle avait achevé de consacrer l'installation d’un observatoire prussien aux portes des Balkans : deux faits également gros d'avenir (2).

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