PAC EL EMMI
C£., avec des coupures, Archives diplomatiques, 1867, I, pp. 242sq.
8 mars. — Télégramme. MousTierR à DRrouYyx.
Safet Pacha a reçu pour instructions de s’opposer :
1° A la nomination d’un Prince étranger;
20 A l’hérédité dans une famille indigène;
30 À toute convocation des assemblées dans les Principautés avant que la question du Prince étranger n’ait été vidée.
40 À toute altération ou modification des bases fondamentales des derniers traités concernant les Principautés.
238 L'ABDICAMION DU PRINCE OUZA
8 mars. Revegrera à Mexspogr. N° 7 D.
Ce que la Russie veut mettre à à la place du Gouvernement de Couza, ç ’esb la séparation administrative des Principautés danubiennes. M. ‘de Budberg qui part incessamment pour Paris a reçu pour instructions de plaider dans la conférence en faveur de cette idée et pour la stricte application du ‘traité de Paris.
Le Prince m’a dit que la Porte aurait invoqué le protocole du 6 septembre 1859 pour motiver l'envoi d’un commissaire et des délégués à Bukarest, mais que le texte dudit protoso’e n'était pas VE, en prévision de la situation
che à
Ce] endant le ee est pénétré de la nécessité d'un contrôle et d’une surveillance à exercer sur les actes du Gouvernement Provisoire. Il désire que la Conférence de Paris se prononce pour l'envoi des délégués et il est persuadé que la opulation moldave, dès qu'on lui assure le moyen de se prononcer librement, préférera élire un hospodar à elle, que de se soumettre à un nouveau Couza.
L'idée la plus populaire dans les deux Principautés, selon les rapports parvenus au Prince Gortchakov, c’est celle d’un Prince Etranger. À défaut d’un tel, il espère que les tendances séparatistes feront leur chemin, pourvu qu’on ne les en empêche. Il craint que le Gouvernement provisoire n’imprime au mouvement un caracbère factice. Pour lui en ôter les moyens, il faudrait donc ne pas perdre de temps, décider au plus vite l’envoi des délégués, et ensuite faire voter séparément les deux Prinçipautés, pour que la voix de la Moldavie ne soit étouffée par la majorité valaque..
(Copie : France Expéditions 1866, IX-83, I-VI, f. 264; Original : Russie 1866, . 53 Berichte, f. 114 et 119.)
9 iäts. — DRüuyN à Moustiek. N6 13.
FApprouve l'attitude de Moustier. La Conférence de Paris se réunit le lendemain].
(PB. C. L f. 180.) Copie dans les Archives Dobnates 1867; L p. 345. 9 mars. — PROKRESCH à MEnSport. No 10:
Lé télégrämine dont Votre Excelleticé m'a Honoré en däte dû 5 côïticidé avec lès inforiñiations directes réçues par là Porté e& dé mémé avec les nouvelles dé Paris aus mon collègue de France 4 bien voulu ie donhér.
La Porte vient d'äütoriser, far télégramiie éxpédié hibr, $0h Ambüssadeur à Paris de préndre paré aux contérencés. Îl à pour instructions de proposer l’applicatiof dü protocole du 6 séptémbre 1859 et l'exécution du fermaän dé 1861. 11 lüi est défendu d’accépter üñ Prince étratiger où d’ädhérer au principe d'hérédité. 11 fé doit Ron plus admettre que là Conférence autorise l'élection dés Prilices, prévue das le féfmañ; avant que le Prince Eftrangêt él l’hérédité ne soient éGArtEs : il doit indistér sur le respect pour les traités et les stipulibiots dd hoc.
M. le général Ignatiéw m'a dit que $0h Gouvernement
W’äutoriSera päs $ün délégué à Paris de continuër à parti: ciper à là conféréncé dès qh’elle sort de 14 ligne des traités.
J'attendrai les instrüctions [126] que Voire Bkéollehcé mie fetà Parvenit et jé me tiénidräi Sur là réserve jusque 14.
Veuillez. HAE Er (V. C3 Bet; 1 EL 195-156.)
Ô mars. — PRORESCE à MEnSboRr. N° 10 B.
Les détails coritenus dans les rappoïts dé M. le Bärori Eder jusqu’au 27 qui me sont parvenus daris l'intervalle; me paraissent constater que lé Prince Coüza a été en pleme
ignorance de la conspiration. Ces rapports et encore ceux du Consul général d'Angleterre et d’autres, considèrent
l'envoi prompt des Commissaires comme une garantie nécessaire pour le maintien de l’ordre matériel, menacé par les ambitions et jalousies des chefs entre eux. Telle à été ma première impression et celle de la Porte. Les Consuls conseillent même d'appuyer l’envoi des Commissaires par le déploiement de quelques troupes ottomanes sur la rive droite du Danube.
L'envoi des Commissaires étant ajourné, il nous reste à désirer que la Conférence ne tarde pas de prendre dans le plus court délai des résolutions propres à prévenir l’éclat de désordres. Les dissensions entre les'chefs commencent déjà à poindre. Elles augmenteront, sans doute, en suite du refus du Comte [128] de Flandre auquel les chefs s’attendaïent, mais qui doit les avoir embarrassés par sa promptitude. Ils se voient privés par ce refus du moyen qui, au moins pour quelque temps, devait tenir le peuple dans le calme de l’attente et empêcher les dissensions à éclater.
Les dispositions jalouses des chefs favoriseraient le retour à la séparation des Principautés. Il me paraît être du zèle pour l’Union comme du zèle pour le Prince étranger; ni l’une ni l’autre n’est au fond des désirs de ceux qui aspirent à devenir Princes. L'application du ferman de 1861 trouverait donc la voie aplanie.
J’ai déjà eu l’honneur de dire ce que la Porte désire. Je ne crois pas m'être trompé en pensant que notre intérêt est, sous ce rapport, le même que celui de la Porte. Il me serait difficile de supposer que pour le cas que le Prince Couza qualifierait son abdication en faveur d’un Prince étranger comme nulle en vertu du refus de ce Prince, les Puissances, la France comprise, voudraient de la restauration du Prince Couza. Mais je n’ose pas en tirer la conséquence qu’il ne reste donc que l’application de l’entente de 1861. La France, à ce que je crois, s’y opposera. Le langage de l'Ambassadeur me fait entrevoir qu’elle hésitera d'exposer l’Union aux chances d’un nouvel essai; elle [129] me paraît tenir à sauver son œuvre du débâcle actuel [sic] et la faire sanctionner par les Puissances mêmes contre lesquelles elle est, au fond, dirigée.
Veuillez...
(V. C., Ber., I, f, 127-129.)
9 mars. — LA TOUR D’AUVERGNE à DROUYN. N° 47. Confidentielle. à
J’ai reçu la dépêche confidentielle que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser, le 6 de ce mois, sous le n° 22. J'ai eu l’occasion de causer, de nouveau, avec Lord Clarendon, des combinaisons territoriales relatives aux Principautés et à la Vénétie. Je lui ai demandé s’il ne pensait pas que les objections qu'avait jusqu'ici soulevées, de la part du Cabinet de Vienne, l’idée d’un échange de la Vénétie contre les Principautés danubiennes, aient perdu beaucoup de leur importance, en présence des éventualités graves que pouvait faire craindre l'attitude respective des deux grandes Puissances allemandes. Pour le mettre à l’aise et calmer, autant que possible, ses scrupules, je lui ai dit que nous ne méconnaissions pas, nous-mêmes [261], les difficultés que rencontrait ce projet, que nous étions d'avis, notamment, que, pour en faciliter la réalisation, lès Puissances auraient à s’occuper des dédommagements qui, le cas échéant, devraient être offerts à la Turquie, et aussi à s’assurer que les intérêts et les vœux des populations dont on disposerait, s’accorderaient avec les convenances de l’Europe. Lord Clarendon m'a répété qu'il serait, sans aucun doute, très heureux de voir la Cour de Vienne accueillir favorablement la combinaison dont je l’entretenais, mais qu’il demeurait convaincu que, quels que fussent les embarras dans lesquels l’ Autriche pourrait se trouver, nous ne devions pas, raisonnablement, nous flatter de voir cette Puissance y prêter les mains. La possession des Principautés danubiennes la mettrait, en effet, en hostilité ouverte avec la Russie, et ce serait là, aux yeux de l'Empereur François-Joseph comme aux yeux de ses Ministres, une éventualité beaucoup plus sérieuse, beaucoup plus redoutable, pour l’Autriche, que tous les [262] dangers qui pourraient la menacer du côté de l'Italie. Enfin, les populations roumaines étaient animées à l’égard de l’Autriche de sentiments si hostiles qu’on devait croire que leur assentiment ferait toujours défaut à un arrangement de cette nature. La Cour de
232 i L'ABDICATION DU PRINCE CUZA
Vienne, au surplus, se rendait parfaitement compte, ellemême, de cette situation, et il était plus que probable, à ajouté Lord Clatendôün, que si on lui offrait aujourd’hui même à titre complètement gratüit, les Principautés, elle ne les accépterait pas. Le Ministre d'Italie ayant été tout récemment aussi chargé, par son Gouvérnement, d'appeler l’attehtion du Cabinet de Londtes sur l’opportutité de faire, à Vienne, des démarches daris le sens ci-dessus indiqüé, à rencontré les mêmes répugnances et reçu la mêrne réponse. Après s’en être enteridu avec moi, le marquis d’Azeglio a cru prüdent de ne pas insistér et de se boïner, pour le moment, à demander à Lord Clarendon de ne prendre; au sujet de cette question, en dehors de la Coriférence, vis-à-vis de la Turquie où de toute [268] autre Puissance, aucun engagerient qui püût, lé cas échéant, gêner les bonnes dispositions et la liberté d’action de l’Añgleterre.
Veuillez; etc. (P: L:, I; f: 260-263.)
10 mars. — D£Eouyx à Movusrtrps.
[Copie d’une dépêche envoyée aux agents respectifs de Bucarest :]
« Les représentants des Puissances signataires du traité du 30 mars 1856 se sont constitués aujourd’hui en conférence à Paris. Vous êtes invité à en informer le gouvernement provisoire des Principautés. Recommändez-lui de se borner au maintien de l’ordre et à l’administration, en s’abstenant de tout acte préjugeant les décisions de la Oonférence.
« Entendez-vous avec vos s collègues pour faire cette communication ».
(A'C:E PUS?) 10 mars. — Ener à MeNsbü8r. N° 33,
Les feuilles officielles essaient de faite croire que le refus du comte de
Flandre n’est pas définitif.
Das hiesige Amtsblatt versichert, dass die in fremden Zeïtungen enthaltene Nachricht, der Graf von Flandern
‘habe die auf ihn gefallene Wähl eines Fürsten der Fürsten-
tümer ausgeschlagen, insofern nicht richtig, als eine ausdrücklich ablehnende Antwort Seiner KGniglichen Hoheït nithé voïliége.
Es wird behäuptet, der belgische Minister Herr Rogier häbe Erkuñdigüngen éinziehen lasséi hinsichtlich def Sachlage, der Verwaltüung, der Finahzen und der Hilfsqüellén der Füfrstentüiner….
| (Vi. B:5 FE f: 273:)
10 mars. — TizLos à Drouyx.
[Tillos à communiqué le sentiment de Drouyn à Ion Ghica, qui lui a dit entre autres] que ni lui ni ées collègues ne s'étaient fait d’'illusion sur l’irrégularité de ce qui avait été fait et sur la nécessité où se trouveraient les Puissänces de s’entendre sur la marche à suivre à l'égard dés derniérs événemens; mais, m'objecta-t-il, er présence de l'éxcitation de l'opinion et du parti-pris des Moldaves en faveur de la séparation dans le cas où le principe du Prince étranger ne serait pas proclamé, nous avons pensé devoir, dans l'intérêt de l’Union, donner satisfaction au vœu général du pays, ne fût-ce que d’une manière platorique. La candidature du Duc de Leuchtenberg eût été äccuéillie avec le même enthousiasme que celle du Comte de Flañdre; mais si le Duc de Leuchtenberg nous convenait comme Beauharnais, il n’en était pas de même comme membre de la famille impériale de Russie, et noüs avons pensé que la [194] candidature du Comte de Flandre ne rencontrerait pas autant d'opposition de la part des Puissances gärantes. En ce qui touche la mission d’ordre dont nous sommes
force.
[Tillos a dissuadé Eder de proposer une caïmacainie, parce que la lieutenance pouvait en tenir lieu.]
12 mars. — Tizzos à DROUYN.
[Les agents ont communiqué les décisions de la conférence.] Malgré ces recommandations, il me revient de divers côtés que le Gouvernement provisoire est disposé à l’imitation de la [200] Belgique en 1831 et de l'Italie en 1860, à placer la conférence en face de faits accomplis et entre autres d’un projet de Constitution.
12 mars. — MavuRrin-Rré à DrouyxN. N° 4.
Tout est à Ibraïla dans le calme le plus complet, les affaires commerciales sont peu animées et les questions politiques semblent être entièrement mises de côté. Mais si le monde commercial semble peu s’en préoccuper, par contre il y a beaucoup de mouvement dans la classe des fonctionnaires et des employés. Là chacun se remue à qui mieux mieux, proteste de son dévouement au nouvel ordre de choses pour obtenir, les uns leur avancement, les autres de conserver leurs fonctions actuelles. Il serait curieux de mettre en regard les adresses quotidiennes que reçoit la Lieutenance Princière avec celles que reçut, il y a à peine un mois, l’ex-prince à l’occasion de l’anniversaire de sa double élection.
Dans ces sphères, on n’a qu’une pensée : dénigrer son voisin, s’il occupe une position supérieure à celle que l’on a soi-même ; étudier les chances de telles ou telles personnes à parvenir au rang suprême, pour s'attacher à elles ou les combattre, selon le plus ou moins de probabilités en leur faveur; enfin de calculer celui qui pourra dépenser le plus d'argent pour assurer son élection, si le ou les nouveaux princes de Moldavie et de Valachie doivent être appelés au pouvoir par cette voie.
On assure que déjà en Moldavie le Prince Stourdza sème de l’argent. En Valachie la voix publique attribue des visées à l’hospodarat au Prince Ion Ghika, ex-prince de Samos, ministre actuel des Affaires Etrangères. C’est du
reste un des hommes les plus capables du pays, mais est-il un des plus honnêtes ?
[Enquête sur la gestion des caisses publiques. Hausse des denrées.]
[202] I y à un courant général de malédiction contre certains personnages de l’entourage de l’ex-prince, surtout contre le fameux major Librecht, son confident le plus intime, le canal indispensabie de ses faveurs, qui a fait ici une fortune scandaleuse. On ne s’explique point comment le Prince a pu accorder ainsi une confiance illimitée à cet homme sans antécédens, de basse origine, Juif assuret-on, bien qu'il le nie.
Il est venu dans les Principautés comme valet de chambre d’un Boyard qui a dû le renvoyer; il a été garçon de café à Iassy, petit employé au Télégraphe de Galatz, d’où il a été renvoyé également; enfin il est parvenu par de basses intrigues à capter la bienveillance du Prince dont il facilitait, dit-on, les amours plus ou moins secrètes, qui l’a comblé de faveurs et lui a confié le poste important de Directeur général des Postes et Télégraphes. Quelques personnes veulent attribuer son influence sur le Prince, à une cause bien grave, à un fait qui n’a jamais été prouvé et ne repose jusqu'ici que sur de vagues présomptions. On le soupçonne d’être l’auteur, resté introuvable, de l’assassinat du ministre Barbo Catargi, frappé comme le sait Votre Excellence en plein jour, dans la cour du Palais du Corps législatif, à la sortie de la séance, dans la voiture et à côté du chef de la police.
Depuis quelques jours il est entré trois canonnières turques cuirassées dans le Danube; l’une est à Tultscha, l’autre ici (sur la rive turque du Danube), la troisième est remontée, à Silistrie disent les uns, à Rustchuk disent les autres.
Il paraît se confirmer que des troupes se concentrent sur
les bords du Danube. Ici aucun mouvement; notre petite garnison n’a point été augmentée. Si cependant les Turcs voulaient franchir le fleuve, nos environs seraient probablement un des points choisis pour cette opération.
12 mars. — Mensporr à APPONÿTI. No 5.
[Mensdorf satisfait de l’entente entre Angleterre, France et Autriche et de l’adhésion de l’Angleterre au principe de la séparation] Cette solution serait sans contredit la plüs conforme aux Stipulations existantes et élle est eh même temps celle qui garantit le mieux le maintien de l'intégrité de l’Empire ottoman. Même si on veut se réserver dé tenir compte des vœux légalement exprimés par les populations, on pourrait toujours commencer par convoquer deux Assemblées différentes. Cette manière de procéder n'aurait rien d’incompatible avec les réserves sous lesduelles certaines Puissances ont accepté le firman d'union en 1861. On donnerait [64] ainsi aux deux Principautés la faculté d'exprimer plus librement leurs désirs ét les Paissances se rendraient mieux compte de la véritable opinion du pays. De pue |
(V. 1, Exp, E f. 5i ét 64.)
(Cette lettre contient üné copie d’üh rapport de Prokesch eñ date du 2 märs, disant que l’Union à été désastreuse et qüe le systèine de deux assemblées permet, ou d’éliré deux hospodars eb tout ira bien, où le même hospodar, et on pourra alors examiner la question de l’uniof.)
PEZTAS
13 mars. — Merrernicx à MenSDüer. Télégrämme éhiffré. N° 10 B.
M. Drouyn de Lhuys m'a communiqué confidentiel lement ses vués dans la question des Principautés danubiennes.
ricürs né prouvent pas qu'elle é8t itféalisable, lui parait
s’entendé de Suite pour proposer un hospodar. Si l'Añbléterre soutient prince Jean Ghika il ne s’y opposerait pas
mais il préférerait eomme nous Brancoyano. Il serait bon de faire proposer ce dernier par la Porte ottomane.
(V. P. Ber., I, À 191.)
1£ mars, — ApponyI à Mexspor. N° 18 A,
FOlarendon est décidé à faire] son possible pour activer les travaux. Mais les difficultés étaient grandes, et les [126] changements radicaux opérés par le Prince Couza dans TS res des Principautés, compliquaient la tâche de la Conférence. C’est ainsi que d’après la Convention de 1858, en cas de vacance de l’Hospodarat, c’étaient les assemblées des deux Principautés qui devaient élire chacune un nouvel Hospodar. Or les deux assemblées n’existaient plus; elles avaient été réunies en une seule, siégeant à Bucharest; la loi électorale avait été entièrement changée et il serait à peu près impossible maintenant de rétablir les deux assemblées, pour arriver à deux élections séparées. En outre, le Cabinet français semblait tenir beaucoup au maintien de l’Union. Lord Clarendon ne comprend pas trop la raison de cette insistance, aucun intérêt français n'étant engagé dans la question; il ne se l'explique que par des motifs d’amour-propre, l’Union ayant été une conception française, née sous [127} l'inspiration de la Russie. Je suggérai à mon interlocuteur que le désir de faire dominer l'influence française dans les Principautés pourraït bien contribuer aussi à faire préférer à Paris ur seul Hospodar, sur lequel il serait plus facile d'exercer de l’ascendant que sur les deux. Il admit la justesse de cette observation et avoua qu’il n’était pas encore parvenu à se former une idée bien précise sur ce qu'il y aurait à faire, ni sur le programme que devrait suivre la Conférence. Eloigné des affaires depuis six ans, 1l n’avait pas suivi les phases diverses qu'avait traversé [sic] la question des Principautés, et il lui fallait un peu de temps pour se remettre au courant. — Dans cet état d’ignorance et d’incertitude, je crains bien que Sa Seigneurie ne soit que trop ‘ disposée à suivre la ligne de conduite que lui tracera le Cabinet français et je me permets d’opiner que c’est sur-
tout sur ce [128] dernier qu’il serait important d’agir, pour faire prévaloir, autant que possible, les modes de solution désirés par le Cabinet impérial. D’après ce que m'a dit Lord Clarendon, aucune candidature n’auraït encore été mise en avant à Paris. Il préférerait, quant à lui, qu’on en revienne au principe de la séparation; mais il croit la réalisation de cette idée presque impossible, vu l’opposition de la France et la résistance que fera sans doute le Gouvernement provisoire et l’Assemblée de Bucharest, qui ne voudra pas se laisser enlever la suprématie que l’Union permettait à la Valachie d’exercer sur.la Moldavie.
(V. L., Ber., L f. 125 v.-128.)
14 mars. — MENSDORF à APPONYI.
[Envoi à Apponyi de la copie d’une lettre du consul de Tassy, d’après laquelle l’opinion publique moldave se
prononce pour la séparation.] (V. LL. Exp. L f. 65.)
14 mars. — APPoNYI à MENsDporr. N°0 18 B.
Je dois à l’obligeance de mon collègue de Russie la communication d’un fait dont Lord Clarendon n’a pas cru devoir faire mention dans l’entretien que j’ai eu avec lui.
Il paraît que le Marquis d’Azeglio, probablement d’ordre de son gouvernement, aurait insinué à Lord Clarendon que la situation actuelle des Principautés offrait un moment favorable pour faire revivre l’idée d’un échange de la Vénétie contre les Provinces danubiennes, qui seraient cédées à l’Autriche. Le Principal Secrétaire d'Etat aurait répondu au Marquis que d’après ce qu’il savait des intentions du Gouvernement impérial, cette idée n’aurait pas la moindre chance d’être accueillie à Vienne, et que d’ailleurs le Cabinet russe mettrait également opposition à ce plan [132] auquel il était, par conséquent, inutile de s’arrêter.
Agréez.…. (V. L., Ber., I, f. 131-132.)
14 mars. — Prokescx à Mensporr. N° 11 A.
[Les troupes turques de Roustchouk ne sont qu’une mesure de police et leur nombre total ne dépasse pas six mille hommes.]
Tant les rapports de Galatz que ceux de Bucarest disent que le peuple est pour la séparation et ne voudra de l’Union que sous un Prince étranger. Aussi les journaux annoncent-ils déjà des mesures militaires prises par le gouvernement provisoire pour contrarier les tendances
de séparation en Moldavie.
(V. C., Ber., L, f. 144.)
14 mars. — ProKkEsoH à MEnsporr. N° 11 B.
La poste de terre m’a apporté les instructions que Votre Excellence a bien voulu m'adresser en date du 4.
Ma première expédition après la réception des nouvelles de Bucarest du 23 février ne pouvait contenir que l’historique des impressions produites sur le terrain d’ici et ma propre appréciation de l’avantage à tirer de ces événements dans le sens de nos intérêts. Je suis trop vieux pour ne pas comprendre que le désirable n’est pas toujours le faisable et que des considérations plus hautes exigent souvent le sacrifice d’un intérêt, tout important qu’il soit de son point de vue spécial. Persuadé que l’Union nous crée des dangers très sérieux, je ne pouvais pas me refuser à la pensée qu’il serait de bonne politique de nous [150] en débarrasser, surtout si la voie légale nous en offre la chance. Nous avons eu il y à huit ans une chance analogue que Lord Clarendon à Osborne nous à fait perdre et les suites en ont été bien sensibles non seulement pour la Porte, qui est pour moi en seconde ligne, mais pour nous.
Je n'ose pas espérer que les dispositions évidentes des populations moldave et valaque l’emportent sur l’idée qui s'attache à l’Union dans les prévisions de quelques meneurs et de quelques gouvernements. Il est probable qu’on approuvera plutôt les moyens légaux qui exposent
340 L'ABDIOATION DU PRINCE OUZA
au retour de la séparation. Je comprends l’impossiblité pour l'Autriche de prendre dans les affaires d'Orient l’initiative dans un moment où, en Allemagne, une crise menace. Le poids des illusions d’une époque passée pèse sur Votre Excellence qui, certes, n’en est pas coupable et l’oblige d’en conjurer les suites par l’appréciation prudente de la valeur relative des intérêts en jeu et par des ménagements [151] à user.
Ma position ici se prête sans difficulté à l'attitude que Votre Excellence désire me voir prendre. Je suis dans les meilleurs termes avec l'Ambassadeur de France, de même avec celui d'Angleterre qui jusqu’à l’heure n’a pas fait un signe de se séparer en rien de son collègue. La Porte de son côté est trop intelligente pour se tromper sur ce qui est possible. Je n’oublierai certainement pas non plus de ménager les Ministres de Russie et de Prusse dont le premier prend chaleureusement fait et cause pour la voie légale, peut-être au delà de ce qu’il pense exécutable, et dont : l’autre se tient dans une complète réserve.
Veuillez.
(V. C, Ber., I, f. 149-151.)
14 mars. — Eper à Mexsporr. N° 36.
Malgré les tendances séparatistes de la Moldavie, le parti de PUÜnion est encore trop fort pour qu’une ss turque soit sans danger.
… Wenn auch separatistische Richt: ungen in der Moldau mien vorhanden, und aus' dem wohlverstandenen Interesse jenes Fürstentums fliessen, wäre es nach meinem unmassgeblichen und unvorgreiflichem Dafürhalten für die Pforte nicht ratsam zu dringen, dass die Pariserconierenz die Trennung der beiden Länder gegenwärtig ausspreche.
Die Unionspartei nämlich, welche in der Moldo Walachei eine einheitliche rumänische Nationalität zu çonstituiren im Auge hat, in welcher die Unterschiede zwischen Walachen und Moldauern zu verschwinden hätten, ist noch zu einflussreich um die Trennung der beiden Fürstentümer ruhig vollziehen zu lassen. Sie würde wahrscheinlich unter
der Hand auch einen Halt an der franzôsischen Regierung finden, welche die Union zu einer Art Ehrensache Frank- . reichs gemacht. Die [307] Unionsfrage mit der des fremden Fürsten würde hier eine Agitation hervorrufen, die falls diesen Umtreiben nicht durch eine militärische Okkupazion ein End gemacht würde, zu revoluzionären Zu: ständen führen müsste, die Nachwirkungen auch auf andere türkische Provinzen äussern kôünnten.…
BTE 306-307.) 14 mars. — REvERTERA à MENsporr. N° 9 A.
Les informations du Prince Gortchakof sont en tout point conformes à celles parvenues à Votre Excellence sur les dispositions du peuple moldo-valaque. Il pense qu’une double élection est à peu près certaine si l’on procède aux suffrages avec loyauté.
Pour ce qui est de la légalité d’une élection de deux hespodars, impliquant un retour à la séparation des deux Principautés, M. le Vice-chancelier la défend au point de vue de la convention de 1858 et du firman d'installation de 1861, et il affirme que les réserves faites à cette époque par les Gouvernements de France et de [133] Russie ne sont pas de nature à invalider ce firman, dont le texte avait même éprouvé certaines modifications de forme demandées à la Porte par les Cabinets étrangers. La réserve faite par la France dans le sens du maintien ultérieur de l’Union si celle-ci répondait aux besoins réels des Principautés à été confondue par les événements. La Conférence de Paris peut, par conséquent, et elle doit même prescrire la convocation de deux assemblées électives, ce principe posé elle n'aurait pas pour le moment à s’occuper d’un nom propre.
14 mars. — TALLEYRAND à DrouyN. N° 28.
Le Prince Gortchakoff, aujourd’hui rassuré sur les dispositions que les Puissances apporteront à la conférence de
Paris, semble vouloir accentuer davantage sa politique à l’égard des Principautés danubiennes. Le Journal de Saint- Pétersbourg reproduit dans son numéro d’hier un article de la Gazette de l’Académie (qui a des attaches officielles) dans lequel le Gouvernement russe prend vis-à-vis de l’Autriche en particulier et en vue d’éventualités de remaniements territoriaux, une attitude tout à fait belliqueuse.
Je signale cet article à Votre Excellence comme un symptôme intéressant des [177] dispositions qui règnent en haut lieu et que quelques mots récemment échappés à la plume de l’Empereur confirment en tous points. Un télégramme arrivé au Prince Gortchakoff lui signalait de Vienne des bruits d'échange de la Vénétie contre la Roumanie. Communiquée à l'Empereur, la dépêche [est] revenue dé chez Sa Majesté avec ces mots au crayon : inadmissible jusqu’à la guerre. J’ai demandé à mon interlocuteur si dans la pensée de l'Empereur, c'était jusqu’à la guerre inclusivement ou exclusivement, mais je n'ai pas obtenu de réponse. Si j’en crois le langage que l’on prête à des gens importants, il n’y aurait qu’une voix pour déclarer, en ce moment, impossible toute guerre extérieure.
Les journaux de Moscou commencent à se préoccuper de la question qu’indiquait le télégramme dont j'ai fait mention. L’organe de M. Katkoff soutient que le Gouvernement impérial ne pourrait consentir à l’établissement de l’Autriche dans les Principautés sans compensations; mais il laisse entrevoir que la Russie pourrait les trouver dans le rappel de quelques-unes des [178] obligations qui lui ont été imposées par le traité de Paris. Quelles que soient les prévisions du Gouvernement russe, il continue à démentir hautement les bruits répandus par la presse étrangère d’une concentration de troupes en Bessarabie et en Podolie.
Veuillez, etc. (P. P., I, f. 176-178.)
15 mars. — Eper à Mexsporr. N° 37 A.
La Russie paraît intriguer dans le sens de la séparation. Les Roumains se déclarent prêts à l'insurrection et au risque d’une occupation plutôt que d’accepter un prince indigène.
…Die hiesiegen Blätter sprechen von geheimen Agenten welche eine Nachbarmacht nach den Fürstentümern entsendet hätte, um das Volk gegen einen fremden Fürsten zu stimmen.
Nach der diesen Agenten zugeschriebenen Wirksamkeit, wäre diese Nachbarmacht Russland. Ich glaube dass diese von allen hiesigen Blättern wiederholte Nachricht erfunden ist. Als hier die Wahl des Fürsten von Flandern zum Fürsten der Fürstentümer proklamiert wurde, machte sich hin und wieder unter dem gemeinen Volk eine diesem Prinzen nicht günstige Stimmung geltend, deren Ursprung vielleicht auf das russische Consulat zurückgeführt werden konnte, dass aber [312] russische Agenten die Dôrfer und das flache Land durchziehen, dürfte nicht richtig sein. Man verbreitete nämlich in Bucarest unter dem Volke die Nacbricht, der Graf von Flandern sei nicht Christ, und man wolle einen Nichtchristen zum Fürsten der Fürstentümer machen. Nach hiesigem Sprachgebrauche versteht man unter der Benennung Christ einen Anhänger der orientalischen Kirche, während andersgläubige Christen, Fremde überhaupt, mit Ausnahme der Russen, Niamtz genannt werden.
Die aufgetauchten Zweiïfel, in Bezug auf die christliche Gesinnung des Grafen von Flandern, hatten übrigens keine Bedeutung.
Wollte man den hier allgemein ausgesprochenen Versicherungen Glauben schenken, wären die Moldo-Walachen, selbst wenn die Mächte ihnen den fremden [313] Fürsten nicht zugestehen würden, bereit, das von ïihnen aufgestellte Prinzip eines fremden Fürsten festzuhalten, sich einer türkischen Okupazionsarmee entgegenstellen, und zu versuchen, der Pforte durch aufständige Bewegungen Angelegenheiten in den christlichen Nachbarprovinzen zu bereiten. |
Wenn sich auch die Sachlage nicht so arg gestalten würde, als sie hier angedroht wird, ist nicht zu verkennen, dass ein Zurückkommen auf das Protokoll vom Jahre 1861 ein allsogleiches Einrücken türkischer Okupazionstruppen erheischen würde.
Die Wahl eines einheiïimischen Fürsten kann unter den
gegenwärtigen Verhältnissen nicht als môglich bezeichnet werden, Ein von der Pforte ernannter einheimischer Fürst kônnte aber nur mit Hilfe fremder Truppen [314] von seiner Stellung Besitz ergreifen, und die Dauer seiner Regierung würde hôchst wahrscheinlich mit der Dauer der Okupazion zusammenfallen.
Geruhen, etc.
(V.B., L £. 309 et 812-314.)
16 mars. — DROUYN à Mousrrer. N° 15.
[Approuve la manière dont Moustier à combattu les illusions des Turcs (1). Résumé de la première séance de la Conférence de Paris (10 mars), Danger de tenter de détruire l’œuvre d'union patiemment accomplie par les Roumains pour revenir à un régime condamné. ]
(B. ©. I, f. 191-192.) Lettre publiée dans les Archives diplomatiques, 1867, I, pp. 247-248.
16 mars. — Circulaire de Drouyn à Londres, Vienne, Pétersbourg, Berlin, Florence; copie à Constantinople.
[La politique française s’est toujours guidée sur les vœux des Principautés. Ceux-ei n’ont pas varié : l’union sous un Prince étranger. L'Europe, dans une faible mesure, y a fait droit et tout le règne de Cuza n'est qu'un essai de les réaliser plus complètement; ses réformes ont été acceptées, à titre viager il est vrai, mais on ne pourrait à présent détruire son œuvre qu’au prix d’un bouleversement des Principautés. Le moment est peut-être venu d'accorder aux populations moldo-valaques la totalité de ce qu’elles demandent. ]
France, 1863-69, Circulaires, n° 2126, f. 194-203. Circulaire reproduite dans les Archives diplomatiques, 1867, I, pp. 244-247.
(1) Cf. lettre du 7 mars, doc. n° 115.
16 mars. — TiiLos à DROUYN.
Je m’abstiendrai de toute réflexion et je me borrierai à être un narrateur fidèle de tout ce que j ’ai entendu à ce sujet sans me porter garant de la sincérité de personne.
La chute du Prince Couza a été due principalement, à l’antipathie des Roumains pour tout prince indigène. Le prineipal défaut des règnes des Princes Stourdza, Grégoire Ghika, Bibesco, Stirbey et Couza a été le manque d’honnêteté dans l'administration. Les chances ouvertes à toutes les ambitions auraient d’ailleurs paralysé les tentatives [205] que ces Princes auraient pu faire dans une voie d'amélioration. Aussi ont-ils suivi une pente fatale et se sont-ils appliqués à corrompre et à démoraliser le pays. Aujourd'hui les Roumains sont avides d’un gouvernement honnête qui, dans leur opinion, ne peut être fondé que sur la base solide d’une dynastie étrangère. Ils prévoient le danger qui menace leur existence politique à la première secousse qui arriverait soit en Europe, soit en Turquie où la Russie rassemble de longue main des matériaux inflammables; ils ne veulent donc pas rester dans la position actuelle et ne voient de salut que dans la nomination d'un Prince étranger et héréditaire. Un Prince indigène est dorénavant impossible. Si les Puissances parvenaient à décider les Roumains à procéder à une pareille élection, FUnion des Prinéipautés serait immédiatement rompue. La Moldavie, qui à souffert plus encore que la Valachie de la matvaisé administration dü Prince Couza,; se décelarerait pour la séparation, et il y ä dans ce pays assez d’ambitieux [206] qui, soutenüs par la Russie, se mettraient à la tête du séparatisme et profiteraient de la misère des paysans moldaves qui dans cinq districts sont réduits à là famine, pour les pousser à des extrémités sanglantes. H faudrait done élire deux Princes : en Moldavie, où la Russie à unie grande influence, on choïisiraït un partisan de cette Puissance; en Valachie les radicaux, appuyés par le suffrage universel, obtiendraient l'élection d’un des leurs, ou bien l’ârmée, mécontente des agitations démagogiques, imposerait un militaire.
Le gouvernement provisoire voit donc le danger de la séparation, conséquence fatale de l'élection d’un Prince indigène, et la perte infaillible du pays s’il n’est pas sauvé par le choix d’une dynastie étrangère.
Le gouvernement provisoire est composé d'hommes honnêtes, de bonne volonté et d’énergie. Ils se sont tracé une ligne de conduite pour arriver à leur but et sont décidés à ne fléchir devant aucune des sommations des Puissances [207] en ce qui concerne l'élection d’un Prince indigène. Cette élection n’aura donc pas lieu; mais si les Puissances en désignaient un, quoique le gouvernement provisoire ne se fasse pas d'illusions sur la possibilité d’une résistance, il n’en est pas moins décidé à s’opposer par les armes à une occupation militaire, et les Puissances n’établiront un Prince indigène qu’en versant le sang roumain. Le gouvernement provisoire croit de son devoir de mériter l’appui des Puissances bienveillantes et celui de l’opinion publique par des actes qui constateront les droits des Roumains à la vie politique, et même si on imposait un Prince indigène par les baïonnettes, le jour où l’occupation cesserait ce Prince devrait quitter le pays et tout serait à recommencer.
Le gouvernement provisoire est persuadé que dans leur intérêt la France et l’Angleterre ne permettront pas au xix® siècle un partage ou une annexion des Principautés à l’une ou l’autre des Puissances voisines, qui par cet accroissement vers le Danube menacerait [208] l’existence de la Turquie et précipiterait fatalement une dangereuse solution de la question d'Orient; tandis que l’érection des Principautés en un Etat fondé sur des bases solides, au moyen de l'élection d’un Prince étranger, serait une barrière jetée entre les Slaves du nord et ceux du sud.
Les Roumains désirent dans leur propre intérêt maintenir leur lien avec la Sublime Porte par le paiement du tribut, mais il faut que cette dernière ne s’oppose pas à la représentation nationale à l’étranger, sans quoi un Prince étranger n’accepterait pas la couronne.
S'appuyant sur toutes ces considérations, le Gouvernement provisoire est fermement décidé à ne reculer devant aucun danger ni devant aucun sacrifice et préfé-
rerait tomber honorablement que de périr lâchement avec le pays un peu plus tard.
[Le gouvernement s’occupe du projet de constitution.]
17 mars. — Télégramme. DROUYN à GRAMONT.
L'Empereur est touché des sentiments que vous a exprimés le Prince Couza. Mais Sa Majesté pense qu’un voyage à Paris, dans les circonstances actuelles, donnerait lieu à des suppositions et à des interprétations qu'il vaut mieux éviter.
17 mars. — Télégramme. TizLos à DRoOUYN.
Le Sénat à annulé le contrat Godillot avec l’armée; le même sort attend les concessions de la banque et du chemin de fer, malgré les efforts du gouvernement. La session est prolongée pour un mois. Les assemblées veulent se déclarer en permanence. Si la conférence ne maintient pas la validité des contrats, les intérêts étrangers seront sacrifiés. Le doigt de la Russie est visible. M. Green désire des instructions pour agir énergiquement avec moi.
(PIBSI 11219)
Deux lettres, du 17 et du 18, exposent avec des détails la même question. (f. 214 et 215).
18 mars. — LA Tour D’AUVERGNE à DrouUyxN. N° 55.
…Après avoir tout d’abord contesté que nous dussions, les uns et les autres, nous considérer comme liés à maintenir l’union entre la Moldavie et la Valachie par les changements que le Prince Couza avait introduits violemment dans la Constitution interne de ces Provinces, changements que les Puissances n’avaient ratifiés que pour écarter de fâcheuses complications, Lord Clarendon m'a répété qu'il
n'avait aucun parti pris sur cette question, eb que le gouvernement de la Reine souhaitait se rallier à la Cofbinaison qui répondrait le mieux au vœu des populations. L'Angleterre avait, il est vrai, a-t-il ajouté, combattu, dans le principe, l’union des Principautés, et ce qui s'était passé depuis lui démontrait qu’elle n’avait pas eu absolument tort; mais aujourd’hui, l’union [296] était établie, et elle ne demandait pas mieux que de la voir conservée, si tel était, en effet, le désir des populations. Seuleréht, pour être conséquent avec lui-même, et justifier, vis-à-vis de l’Europe comme vis-à-vis de lobpinion publique en Ângleterré, sa manière de voir actuelle, l8 Cabinét dé Londres avait besoin de s'appuyer sur quelqüés donnéés précises qui lui faisaient défaut jusqu'ici. Si, par exemple, nos Représentants à Bucharest et à Iassy déclaraient qu'après avoir causé avec les hommes les plus importants de ces pays, ils deméuraient convaincus que l’union des Principautés moldo-valaques était encore la combinaison qui répondait le mieux aux vœux et aux intérêts des populations romaines, le Cabinet de londres aurait, sans doute, moins d’objections à se prononcer dans ce sens. Lord Clarendon veut bien reconnaître, au surplus, qu ‘il serait difficile aujourd’hui, pour ne pas dire impossible, de retirer aux Principautés, contre leur gré, les concessions qui leur ont été faites dans le sens d’une fusion complète de leurs intérêts. Sans se prononcer aussi nettement que nous, il est dès à présent d’ailleurs, m’a-t-il dit, plutôt porté en faveur de là conservation de l’union; mais il considère qu’il est de la dignité des Puissances, et en particulier de l’Angleterre, de ne pas paraître avoir, à cet égard, une opinion préconçue..
(P. Li, L £ 295-297.) 19 mars. — Drouyx à LA Tour D’AUVERGNE. No 28. [D’après Cowley, Clarendon trouverait plus simple l’âäpplication du frman de 1861. Mais précisément l’art. 6 à entraîné la réserve dé hé rien faite âvant d’avoir examiné la Situation.]
[304] Lord Clarendon voudrait que le vœu des Principautés fût préalablement consulté. Nous sommes les premiers à reconnaître toute l'importance qu’il y a lieu d’attacher aux maniféstations de l'opinion publique. Nous n'avons pas et d'autre guide dans les différentes phases de la question moldo-valaque et nous continuerons, c’est notre ferme volonté, de nous diriger d’après le même principe. Mais le vœu des populations s’est affirmé dans toutes les circonstances depuis le programme tracé par les divans ad hoc de 1857 jusqu'aux résolutions actuelles de l’assembléé de Buücharest. La Moldävie &t la Valachie ont voulu luñion et les efforts dés deux provinces ünt constämiment tendu à là réaliser. Aucun fait positif, aücuh acte n'est vétiu jusqu'ici nous donner lieu de croire qu'un cliäh: géthent soit Survenu däns les dispositions dés Principautés. Si cependant äprès avoir itérativement déinandé l’uniôn ét travaillé avec tant de persévérance à l’établir, elles n’y attachent plus le même prix, ces tendances nouvelles sè féront jour dans l’assémblée de Buchatest; elles pottront s'y produire librèment, et ce n’est pas nous qui refüsérons qu’on leur en laisse les moyens. La Moldavie est réprésentée à Bucharest aussi bien que la Valachie et dans le cas où les députés moldaves en réclameraient la faculté, ils pourraient voter séparément. Nous serions disposés à admettre cette combinaison si elle était jugée utile, pour éclaircir les doutes qui viendraient à se [305] manifester au Sein de l'assemblée touchant le maintien de l'union...
(P. L., IL f. 303-305.)
19 mars. — Télégramme. ProkEson à MEnsborr. NO 14.
Aali Pacha éraint que Brancovano n’est pas assez porté pour se malntenir et qu’il serait expulsé à son tour dans peu. L'homme le plus solide lui paraît prince Stirbey. Les instructions à Safvet Pacha manifestent toujours l’espoir du maintien du principe de la conservation de la Turquie et de l’abandon d'essais qui tendent à sa mort...
(VLC. Bet. I, # 167.)
> 19 mars. — Télégramme. TizLos à DROUYN.
L'Assemblée vient de déclarer nulle la concession anglaise du chemin de fer de Bukarest à Giurgevo.
20 mars. — MaurIN-RIÉ à DrRoUYN. N°0 5.
[221] D’après la rumeur la plus répandue la Moldavie serait fort peu disposée en faveur du maintien de son union avec la Valachie, du moins sur les bases actuelles, Elle voudrait sa Chambre, son Ministère, son Prince à elle; c’est l'opinion générale dans nos parages. On fait remarquer que la commission de cinq membres désignés 2 par le Corps législatif, 2 par le Sénat et 1 par le Gouvernement, chargée de se rendre auprès des Puissances garantes pour défendre les droits des Roumains et soutenir le soi-disant vote national du 11/23 février 1866, est composée exclusi-
vement de Valaques.… (P. B., I, f. 221-222.)
20 mars. — APPONYI à MEnsporr. N° 20 B.
Mon rapport Litt. À du 14 courant qui s’est croisé avec la dépêche n° 3 du 12 mars répondait d’avance à quelquesunes des observations de Votre Excellence au sujet de la marche à suivre dans l’affaire des Principautés danubiennes. La difficulté presque insurmontable de convoquer deux Assemblées différentes d’après des lois électorales qui n'existent plus et que le Gouvernement provisoire pas plus que l’Assemblée de Bucharest ne sont disposés à faire revivre, la quasi-impossibilité d’imposer le principe de la séparation sans une intervention armée à laquelle tout le monde objecte, enfin l’insistance de la France en faveur du maintien de l’Union — insistance que Lord Clarendon attribue à « l’amour-propre paternel » — tels sont les arguments [159] que le Principal Secrétaire d'Etat met
en avant pour expliquer sa perplexité, ou plutôt pour excuser sa propensité pour les vues du Cabinet des Tuileries. J’eus beau lui rappeler que l’Union n'avait été consentie par la Porte qu’à titre d’essai, qu’elle ne devait être continuée que si elle avait produit des résultats favorables, et qu'il était impossible de qualifier comme tels le règne du Prince Couza.— Sa Seigneurie, tout en convenant du fait, m’observa qu’il serait injuste de mettre tous les torts et toutes les déceptions du dernier règne sur le dos de l’Union, au lieu de les attribuer en majeure partie à l'individualité du Prince Couza, à son esprit intrigant, étroit et arbitraire. « Il est vrai, ajouta-t-il, que tous ces Boyards se valent; il sera déjà bien difficile de trouver parmi eux x honnête homme; mais deux cela me paraît impossible ».
Je parlai au Ministre de M. Jean Ghika, à propos de la [160] circulaire que ce dernier avait adressée aux consuls, afin de découvrir si ce personnage était réellement, comme on le dit, le candidat de l’Angleterre. Je crois pouvoir affirmer qu'il n’en est rien et qu’au contraire Lord Clarendon, dans ses instructions à Lord Cowley, insiste beaucoup pour que la Conférence ne s’occupe pas de questions de personnes, ne mette en avant aucune candidature, et laisse, autant que possible, aux Principautés la responsabilité de faire leur propre choix.
Le Prince de La Tour d'Auvergne m’a confirmé, de son côté, la préférence marquée que son Gouvernement avait pour la combinaison du maintien de l’Union, comme étant la plus simple, la plus conforme aux vœux de la majorité des populations et celle qui présentait le moins de difficultés et de dangers de complications dans son exécution. Il à ajouté que le Cabinet anglais semblait disposé à se ranger de cet avis, et que d’après ses informations le Cabinet impérial [161] n’aurait pas de sérieuses objections à se joindre à la marche des deux Puissances occidentales. Je ne cachai pas à mon collègue que nous eussions préféré le rétablissement de la séparation comme plus avantageux à la Puissance suzeraine, plus correct et plus conforme aux traités et aux conventions en vigueur, mais que d’après ce que je savais, nous né comptions pas mettre
trop d’ingistance à faire prévaloir cette combinaison, si elle
réficontrait üne opposition sérieuse et devait nous mettre
en désaccord avec les Cabinets que nous airnions à consi: dérér comme nôs Alliés dans les questions orientalés.
Agréez…
| (V: L, Ber.; I, f. 158-161.)
20 mars. — Merrerniot à Menspor. N° 14.
La séconde séance de la conférencé à eu lieu hier, Elle à duré trois heures, sans que l’on soit parvenu à s’enteridre. Votre Excellence verra par le protocole de cette Séance, que j'aurai l'honneur de Lui soumettre le plus tôt possible, que le principe seul de l'intégrité du territoire ottoman &
été ünanimenmient admis, sur tout le resté et notamment sur les deux graves questions du Prince étranger et de l'union, les avis étaient et sont restés partagés. La Turquie et la Russie se sont déclarées de prime abord contre le Prince étranger et ont demandé un vote séparé, d’après. les stipulations de l’article VI du firman de 1861. Lord Cowleÿy ét moi nous nous sommes énohcés dans le même sens, tandis que le plénipotentiaire italien et le Comte de Goltz ont paru s'entendre pouf appuyer les demandes formulées par le [198] Gouvernement provisoire ét votées par les Charibres actuelles.
Si Lord Cowley et moi nous n'avons pas mis autant de précision et de fermeté pour nous rallier aux prineipes émis pat la Porte et la Russie; c’est que nous savions que si fous rie donmions pas une chance à l’unioh, la France se déclarerait pour la totalité des vœux émis à Bucharest au lendemain de là chute du Prince Couza.
Dans les circonstances données nous ne pouvions nous entendre que sur la nécessité de se convainére des vœux réels des deux Principautés et sur les moyéns de nous en assurer.
Quatre modes de procéder ont été rédigés. J’autai l’honnéür de soumettre très prochainement à Votre Excellence ces quatre formules:
Je me bofnerai aujourd’hui à appeler Votre attéhtion,
Monsieur le Comte, sur la manière dont M. Drouyn de Lhuys envisage la seule solution possible, selon lui [199]. Il cherchera à convainere la Porte de la nécessité de transiger sur un point pour obtenir l’autre et à faire acquiescer le plénipotentiaire ottoman aux deux alternatives suivantes :
Ou bien on fera voter la Chambre des députés actuelle (le sénat ne compte pas, étant composé de personnages nommés par le Prince Couza) sur le choix d’un nouvel Hospodar indigène. Si les députés moldaves font des réserves, on les fera voter séparément et on respecterait leur vote, quand même il irait à l'encontre du désir de la France de conserver l'union. Si, par conséquent, la majorité des députés moldaves demandait la séparation et deux Hospodars, ce serait une question tranchée.
Dans le cas où l’on suspecterait l’indépendance de cette Chambre, on procéderait à de nouvelles élections, la nouvelle Chambre deviendrait un divan ad hoc et l’on procéderait de la même manière.
Comme il est probable que ce n’est qu’à cette condition que [200]1la France laisserait tomber la question du Prince Etranger, je crois que l’Angleterre acceptera et que la Turquie ne fera pas de difficultés insurmontables.
Les autres modes de consultation qui seront appuyés par la Russie ne seront acceptés par la France que sous la condition de ne pas écarter le Prince Étranger.
Dans cet impasse [sic]] je me propose, sauf approbation de
Votre Excellence, de suivre la tactique de l'Angleterre et
de me rallier à ce qu’aeceptera la Porte.
: Ilest clair que la Russie veut la séparation pour APE lPinfluence qu'elle avait perdue en Moldavie, à la suite de ses votes antérieurs, que l'Italie et la Prusse veulent prolonger la situation, que la France veut sauver tout au moins l'union pour ne pas se dépopulariser à Bucharest et qu’elle fera d’autant plus la cour aux Valaques que la Russie la fera aux Moldaves.
Lord Cowley ne me fera pas défaut sur les deux questions de l'intégrité et d’un arrangement [201] aussi prompt et correct que possible sans se séparer entièrement de la France.
Nous avons essayé de placer les délibérations sur la base légale du firman de 1861, mais notre collègue de Turquie est trop faible pour que nous ayons pu trouver en ui l’appui nécessaire pour procéder tout à fait correctement. Safvet Pacha eût dû, en quelque sorte, maintenir la discussion dans les limites des conventions et procéder par ordre. Comme il ne se sert qu'avec difficulté de la langue française, il n’a pas pu suivre les débats et les diriger, ce qui a produit immédiatement une débandade générale. Si d’un autre côté Lord Cowley et moi nous eussions insisté, il est positif que le vote sur la question du Prince Étranger nous eût séparé [sic] de la France qui ne voulait céder sur ce point qu'après un vote favorable sur l’union.….
(V. P., Ber., I, f. 195-201.)
| 150 20 mars. — APpPponyI à MENSDORF. N°0 20 D.
Avant de quitter Lord Clarendon, je crus devoir vérifier le langage que lui avait tenu le Marquis d’Azeglio à propos d’un échange de la Vénétie contre les Provinces danubiennes. Je dis à Sa Seigneurie que d’après ce qui m'était revenu, je croyais avoir à La remercier de la réponse faite aux insinuations du Ministre italien, réponse qui se rencontrait entièrement avec les vues et les déterminations du Cabinet impérial. J’ajoutai que j'étais depuis quelque temps en possession d'instructions qui m’ordonnaient de repousser catégoriquement toute ouverture qui pourrait m'être faite dans ce sens et que, si je n’avais pas fait usage de ces ordres, c’est'que j'étais trop convaincu de la connaissance que le Cabinet anglais devait avoir de nos intentions, pour lui faire [165] l’injure de croire qu’il ait pu avoir le moindre doute à cet égard.
Lord Clarendon me répondit que l’idée de l’échange en question était déjà ancienne et qu'il n’était pas étonnant qu’elle se soit reproduite pendant la phase actuelle de la question des Principautés; que des insinuations à cet effet lui étaient venues non seulement de M. d’Azeglio, mais de beaucoup d’autres côtés et qu’il pouvait se rendre la justice que personne, peut-être, n’avait combattu de
tout temps cette absurde et impraticable combinaison avec plus de force et de persévérance que lui. « L’Autriche, me dit-il, a bien assez de populations demi-barbares à gouverner sans qu'on veuille l’affubler de 4 millions de sauvages dont elle ne se soucie pas et qui, de leur côté, n’ambitionnent nullement d’être incorporés à son Empire. D'ailleurs, l’Autriche a bien assez de difficultés sur les bras, bien assez de questions épineuses à résoudre, dues à sa [166] position géographique et à la variété de ses nationalités, pour qu’elle en augmente gratuitement le nombre, en acceptant des provinces qui deviendraient une nouvelle source d’embarras et dont l’annexion compromettrait infailliblement ses bonnes relations avec la Russie. Ce sont là les arguments que je ne cesse, depuis plusieurs années, de mettre en avant, et certes, il n’en faut pas davantage pour démontrer l’absurdité de ce plan qui ne profiterait ni à Vous, ni à la paix de l’Europe. »
Votre Excellence le voit, en laissant de côté la question des traités, on ne saurait mieux plaider notre cause que ne le fait Lord Clarendon, et le seul argument que je lui suggérai encore, c’est que l'Italie, dont le Gouvernement se dit fondé sur le principe des nationalités et le vœu des populations et qui réclame la Vénétie à ce titre, a bien mauvaise grâce en disposant ainsi [167] et cela contre leur gré, de 4 millions de Valaques et de Moldaves, qui aspirent à l'indépendance et ne demandent nullement l’incorporation dont on veut les gratifier.
Agréez.… (V. L., Ber., I, f. 164-167.)
21 mars. — TALLEYRAND à DRoUyN. N°0 27.
[On a reçu le protocole de la première séance de la conférence] Comme d’habitude, il [Gortchakoff] à récriminé contre le régime de Couza, il a donné une importance exagérée aux manifestations séparatistes de la Moldavie et a affiché le plus singulier respect pour les désirs de la Porte. Selon lui, les réserves diplomatiques ont établi que l’Union ne devait être conservée que dans le cas où elle
256 L'ABDICATION DU PRINÔE CUZA
aurait été fertile en bienfaits pour les Principautés, ete., ete.
Les conversations de l'Ambassadeur de Russie avec Votre
Excellence me dispensent d'entrer dans de plus grands
développements, et je préfère vous indiquer, Monsieur le
Ministre, les considérations que j'ai fait valoir à l’appui
de la dépêche où vous avez bien voulu m’exposer vos vues générales sur la tâche de la conférence.
« Nous ne pouvons jusqu’à présent », ai-je dit au Vicechancelier, « prendre au sérieux le mouvement séparatiste que les journaux signalent en Moldavie. Il peut y awoir du [1991] mécontentement et des ambitions déçues, conséquences inévitahles du transfert de la capitale et de la réduction des emplois, mais, en dehors des propriétaires de Jassy et de ceux qui, voulant être Ministres, généraux ou membres de la haute cour, préfèrent qu'il y ait dix ministres au lieu de cinq, vingt généraux au lieu de dix, etc., ete., il ne peut y avoir logiquement de séparatisme moldave. Pas de frontière entre les deux Principautés; souvent pas même un ruisseau; une simple ligne géographique les séparait, et l’on peut dire qu'il n’y a pas plus de différence entre un Moldave et un Valaque qu'entre un habitant de Tver et un de Novgorod.. Les mêmes vicissitudes ont frappé les deux Principautés; les mêmes bienfaits les ont aidées à se relever; car, historiquement parlant, elles sont depuis longtemps unies, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. L'expérience malheureuse faite [200] par le Prince Couza ne préjuge rien contre l’union. Pourquoi rendre l'établissement ‘politique des Principautés Unies solidaire des fautes de son Régent ? et comment dire que sous un prince sage et éclairé, l’union des Principautés n’eût pas été une heureuse combinaison ?.… Y renoncer serait abandonner, au lieu d’améliorer, une voie, mauvaise, soit! pour revenir à un régime pire à nos yeux, celui des deux hospodars, système jugé par ses œuvres et qui en 25 ans a abouti à trois changements de souveraineté en Moldavie et cinq en Valachie. Enfin s’il est si difficile de trouver en Roumanie un bon Prince indigène, je ne crois pas qu'il puisse être plus aisé de rencontrer deux bons hospodars, l’un Moldave, l’autre Valaque. Pour être conséquents nous ne devrions pas songer à revenir au passé, pas
plus au passé du Prince Couza qu’à celui des Princes Stourdza et Bibesco, puisque, d’un commun accord, nous avons considéré [201] l’un et l’autre comme déplorable. Etc.
Le Prince Gortchakotf a écouté mon argumentation avec bienveillance et l’a discutée avec beaucoup de mesure, je me plais à le reconnaître, acceptant comme fondées plusieurs des objections que je lui faisais. Il m’a dit pourtant qu'il ne pourrait envisager comme aussi redoutables que le fait Votre Excellence les difficultés d'opérer la séparation; selon lui plusieurs rouages compliqués doivent en tous cas disparaître. En ce moment la Russie propose de consulter loyalement les vœux des populations. C’est là une manière de procéder à laquelle nous ne pouvons refuser notre assentiment, et si les vœux sont manifestés en dehors de toute pression intérieure et extérieure, le Vicechancelier sera le premier à reconnaître qu'ils devront servir de base aux résolutions futures de la Conférence. « On nous objecte, a-t-il ajouté, notre adhésion passée à l’union; permettez-moi de [202] vous dire que nous n’en avons jamais été que de tièdes partisans et que c’est le seul désir de vous témoigner nos amicales dispositions qui nous y à fait accéder. Depuis lors, ne s'est-il rien passé entre nous qui puisse nous inspirer la pensée de nous montrer moins accommodants ? Je ne veux faire aucune récrimination, mais seulement indiquer que les circonstances ne sont plus tout à fait aujourd’hui ce qu’elles étaient en 1858. »
De quelque poids que puisse peser, sur les déterminations du Cabinet russe, le souvenir auquel le Prince Gortchakoff faisait allusion, il est évident qu'il doit avoir de plus sérieux motifs pour combattre en ce moment le maintien de l’union. L’on ne s’égarerait probablement pas en les cherchant dans les rumeurs répandues sur un accroissement possible de territoire pour l'Autriche du côté du Danube. La séparation des deux Principautés une fois accomplie, les combinaisons [203] dont les journaux se font les échos et qui inspirent ici des appréhensions auraient perdu toute base et seraient devenues virtuellement impossibles. Dans une conversation qu’il a eue avec le Ministre d'Italie, le Vice-chancelier lui a nettement exprimé sa manière de voir sur un échange éventuel de la Vénétie
258 L’ABDICOATION DU PRINOE OUZA
contre la Roumanie. « Si je devais en croire les bruits qui circulent, lui a-t-il dit en propres termes, il y aurait déjà eu des pourparlers entre Berlin et Florence; je crois utile au maintien de nos bonnes relations de déclarer dès à présent, au nom de l'Empereur, que nous ne pouvons permettre l’agrandissement de l'Autriche sur le Danube. Le cas échéant, nous opposerions l'attitude la plus décidée à une combinaison contraire aux intérêts russes eb conçue dans une pensée de malveillance pour nous. Aurais-je la nature du mouton, que je me révolterais à la seule idée de tout [204] arrangement qui pourrait aboutir à un semblable résultat. »
Veuillez, ete.
(P. Pét., I, f. 197-204.) 22 mars, 3 h. 45. — Télégramme. LA Tour D’AUVERGNE à DROUYN.
Lord Clarendon pense avec Votre Excellence qu’il serait préférable d’appeler l’Assemblée actuelle de Bucharest à se prononcer sur l’union et à procéder à l’élection du Prince, en laissant les députés moldaves, s'ils en témoignaient le désir, exprimer leur opinion par un vote séparé. Il serait entendu que, pour être conservée, l’union devrait rallier dans l’Assemblée la majorité des députés moldaves. Lord Clarendon maintient d’ailleurs toutes ses objections contre le choix d’un Prince étranger.
22 mars. — Télégramme. MENSDORF à METTERNICH.
….Gramont m'a communiqué des dépêches de son gouvernement qui plaident pour l’union et le Prince étranger. Nous devrons nous prononcer contre ce dernier. Quant à l’union, afin de ne pas rompre avec la France, nous ne pouvons la combattre qu’indirectement, en insistant pour que les Principautés fassent entendre librement leurs vœux et en facilitant ainsi la manifestation des tendances séparatistes de la Moldavie...
(V. P., Exp, L f. 215.)
DOCUMENTS DIPROMATIQUES 259
22 mars. — Télégramme. MENSDORF à APPONYI.
D’après rapport de Metternich sur la seconde séance de la conférence, lui et Lord Cowley s’entendent pour se rallier à une transaction qui sauvegarderait l’intégrité de la Turquie et permettrait de conclure un arrangement aussi prompt et correct que possible sans se séparer de la France. Nous approuvons cette ligne de conduite et nous désirons que l’Angleterre n’aiïlle pas plus loin que nous dans les concessions. Il nous paraît essentiel d’écarter le Prince étranger, même si l’union doit être maintenue. On pourrait aussi favoriser indirectement les tendances séparatistes de la Moldavie en insistant pour que les Prinçipautés fassent entendre leurs vœux le plus librement possible. Metternich reçoit des instructions en ce sens. Tâchez que lord Clarendon écrive de même à lord Cowley.
(V. L, Exp, L f. 66.)
22 mars. — Télégramme. TrrLos à DROUYN.
Le Sénat, malgré le Gouvernement, a déclaré inconstitutionnelle et nulle la concession de la Banque par 25 voix contre 8.
(. B, I, f. 224) 23 mars. — LA Tour D’AUVERGNE à DrouY—. N° 60.
[Développement du télégramme du 22] [326] J’ai cru devoir répondre à Lord Clarendon que j'étais persuadé qu’il n'était pas moins soucieux que nous d’écarter les dangers qui pouvaient menacer l’intégrité de l’Empire ottoman, et que, cependant, il n'avait pas hésité à déclarer à plusieurs de mes collègues, lors de la récente [327] élection par l’Assemblée de Bucharest de $S. A. R. le Comte de Flandre, que si ce Prince consentait à devenir le chef de la Roumanie sous la suzeraineté de la Porte, l’Angleterre ne ferait, pour sa part, aucune objection à ce choix, pourvu que les autres Puissances voulussent bien y donner éga-
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lement leur adhésion. J’ai ajouté que la nomination d’un Prince étranger qui se trouverait placé vis-à-vis de la Porte dans les mêmes conditions qu’un Prince indigène, ne pouvait, selon moi, inquiéter sérieusement la Puissance suzeraine, que celle-ci devait redouter, au eontraire, bien davantage le mécontentement et l'agitation qui ne manqueraient pas de se produire, dans les Principautés, si nous prétendions faire violence au vœu des populations. Lord Clarendon ne paraît pas méconnaître entièrement la valeur de nos raisons, et s’il maintient, avec fermeté jusqu'ici, sa manière de voir, c’est moins, je le croirais, par conviction que dans la pensée d’user de ménagements vis-à-vis de la Russie et de donner, en même temps, satisfaction à la Porte dont il n’a pu accueillir les premières demandes. Tout en étant d'avis que les Puissances doivent repousser, en principe, les candidatures étrangères pour l’Hospodarat, il est assez embarrassé de dire ce qu’elles auraient à faire, dans le cas où leurs conseils seraient méconnus, pour contraindre l’Assemblée moldovalaque à choisir un indigène, si elle est réellement décidée à nommer un Prince étranger, et ses résistances, sur ce point, sont de celles dont, je l’imagine du moins, la persévérance des Roumains finirait, sans doute, par avoir raison.
24 mars. — Télégramme. Mousrrer à DROUYN.
Safvet Pacha reçoit pour instructions de chercher à faire prévaloir près de vous la nomination de deux assemblées. S'il n’y réussit pas, il acceptera le second mode que vous proposez, le premier étant considéré comme impossible. Le tout sous réserve de l’exclusion du Prince étranger.
(P. CO, EL £ 303.) 24 mars. — Télégramme. APPoxyr à Mexsporr. N°8.
Le Cabinet de France adoptant l’idée du Prince étranger, Lord Clarendon commence à fléchir sur ce point; surtout
parce que ses tiouvelles de Bücharest annoncent que les Principautés n’acceptent aucune autre combinaison et refuseront obstinément délire un Prince indigène.
(V. L., Ber., L £. 182.)
24 mars. — ApPpoNvr à Mensporr. N° 22.
Jé m’empresse d'ajouter quelques détails au télégratnme que j'ai eu l’honneur de vous expédier ce matin.
J’ai trouvé Lord Clarendon très préoccupé de la toutnure que prend la question des Principautés, ét quoique jusqu’à présent il ne m’eût jamais exprimé la moindre inquiétude à ce sujet, il prétend maintenant, que dès le commencement il avait prévu ét craint que cette question deviendrait une « très grosse affairé » et que par cette raison, depuis sa rentrée au Ministère, il n'avait cessé d’insister pour qu’on soutint et appuyât le Prince Couza, afin d'éviter une catastrophe dont les suites étaient aisées à prévoir.
J'avoue n’avoir, pour ma part, aucun souvenir de cette « insistance » et de ce chaleureux appui donné au dernier Hospodatr. [185] Je me rappelle au contraire que toutés les dépêches de. Votre Excellence qui tendaient précisément au but que Lord Clarendon prétend maintenant avoir toujours eu à cœur, étaient accuéillies par lui avec une indifférence assez tiède; qu’il appelait toujours Couza « ün brigand » avec lequel il n’y avait rien à faire, et qu'il n’a jamais pris la moindre initiative pour le maintenir ou pour prévenir sa chute.
Depuis les événements de Buchatest, Lord Clirendon m'a toujours parlé de la combinaison du Prince étranger comme d’une chose tout à fait hors de question, contraire aux traités, dangereuse et qui devait être écartée à tout prix. La dernière limite des concessions semblait être, selon lui, la continuation de l’Union sous un nouveau Prince indigène.
Les choses ont bien changé dépuüis ces derniers jours, et grand à été mon étonnément en trouvant, hier, Sa Seigneurie presque résignée à voir [186] prévaloir le principe
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du Prince étranger. « Le Cabinet français, me dit-il, n’exclut plus cette combinaison, en se fondant sur le vœu unanime des populations, et ce qui augmente encore plus mes perplexités, c’est que notre Consul général à à Bucharest, M. Green, homme sûr et correct dans ses principes, écrit que, quoi que l’on fasse, les Principautés n’accepteront jamais d’autre solution que celle d’un prince étranger et. n’en éliront pas d’autre, quels que puissent être les arrêts de la Conférence. Vous comprenez que lorsque les délégués qui sont déjà en route pour Paris verront que la Conférence n’est rien moins qu’unanime, que la France les encourage et que la Prusse et l'Italie, par déférence pour la France et par d’autres motifs que je ne veux pas examiner, se rangent du même avis, ils deviendront de plus en plus intraitables et que Moldaves let Valaques seront unanimes pour insister sur l’accomplissement de leur vœu. Que faire alors ? En supposant même [187] que la Conférence restât fidèle aux stipulations des traités, quel autre moyen aurait-elle de faire exécuter ses décrets, contre la volonté hautement manifestée des deux Principautés, si ce n’est l’occupation militaire ? Et qui s’en chargerait, la Russie ? Les autres Puissances n’y consentiraient pas. Vous ne vous soucieriez probablement pas que ce fût l'Autriche, car vous avez en ce moment d'autres préoccupations. La Turquie ? Mais alors ce seraït la guerre civile; le remède serait pire que le mal, et nous nous jetterions tous à corps perdu dans une série de complications et de dangers incalculables. Vous me demandez à quel parti nous nous arrêtons. [l m'est vraiment bien difficile de vous répondre. Que faire vis-à-vis de quatre millions d'habitants qui ne voient leur salut que dans l'élection d’un Prince étranger, qui rejettent obstinément toute autre solution et qui savent parfaitement qu’ils finiront par [188] garder raison contre l’Europe désunie et préoccupée d’autres intérêts. J’ai demandé au Prince de La Tour d'Auvergne quel était le candidat français. Il m’a donné sa parole d'honneur qu’il ne le savait pas. L'Empereur et Drouyn de Lhuys le savent probablement; ce dernier n’agit jamais de bonne foi et je m’en suis toujours défié. Je ne regrette pas moinsisincèrement que vous, que les choses
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en soient arrivées à ce point, car nous avons toujours soutenu ensemble les principes conservateurs dans cette question; mais je ne vois vraiment pas le moyen de faire triompher nos vues. »
Les arguments que j’ai pu faire valoir contre cette attitude résignée et passive, qui laisse fouler aux pieds les traités et les engagements les plus solennels, pour donner gain de cause aux intrigues des uns et aux arrière-pensées ambitieuses des autres et qui, en ébranlant [189] l’intégrité de l’Empire ottoman, prépare des catastrophes qu’il est dans l’intérêt de tous de retarder — ces arguments n’ont fait que peu d'impression sur Lord Clarendon, qui tout en en reconnaissant la justesse, ne voit pas de moyen de sortir de l’impasse dans laquelle on se trouve. L’Angleterre va décidément à la dérive et Votre Excellence jugera probablement comme moi qu’il n’est plus possible de compter sur elle pour résister aux mauvaises tendances qui semblent prendre le dessus à Paris, et qui sont encouragées par la perfidie de nos ennemis.
Agréez.
(V. L., Ber., I, f. 184-189.)
26 mars. — Télégramme. MENSDORF à APPONYI.
Baron Prokesch nous mande que la Porte se prononce pour la cinquième des propositions formulées dans la seconde séance de la conférence de Paris (1), et se ralliera à a quatrième si l’autre n’a pas de chance d’être adoptée et si le Prince étranger est exclu. La convocation de deux assemblées séparées serait aussi selon nous le mode de procéder le plus correct. Cependant, afin de ne pas nous séparer de la France, nous autorisons le Prince de Met-
(1) Ces propositions sont les suivantes :
1. L'Assemblée actuelle choisira l’hospodar ; les Moldaves voteront séparément s’ils le désirent. f
2, L'Assemblée actuelle sera invitée à se prononcer d’abord sur l’union.
3. L'Assemblée actuelle se prononcera sur l’union en deux sections, les députés moldaves à lassy, les députés valaques à Bucarest. a
. Nouvelles élections en vue d’une Assemblée unique qui choisira le ou
les hospodars.