‹ L'Abdication du Prince CuzaChapitre 32 sur 43 · PB IL · texte numérisé non relu

PB IL

Drouyn note en marge de signaler à Avril que toutes ses informations démentent cette supposition.

2 mai. — AvRIL à DROUYN. N° 10.

…M. Lascar Catargi, l’un des trois Lieutenants princiers, qui sort de chez moi, affirme que parmi les députés nommés, il n’y en a que deux qui soient hostiles au Prince étranger : M. Eliade en Valachie et un Moldave dont le nom m'’échappe. M. Catargi passe pour optimiste. Il faut aussi s'entendre sur le sens du mot wnioniste appliqué à des Moldaves. Ils sont généralement pour l’union avee un Prince étranger; mais la question est de savoir s’ils voudront rester unis sous un gouvernement provisoire. On croit les élus Moldaves disposés à venir à Bucharest; quelques-uns ont demandé au Gouvernement provisoire des garanties contre la pression de la rue. On s’est empressé de les leur donner.

[14] D’après mes informations, la majorité de la füture assemblée appartiendra au parti conservateur ou libéral modéré... [Le gouvernement déclare qu’un prince indigène est impossible, même pour peu d’années, et qu'il faudrait l’imposer par la force.]

(P. B., IL, f. 13-14.)

2 mai. — MousTIER à DROUYN. No 49.

Mes conversations avec Fuad et Aali Pacha sur les Principautés roulent toujours à peu près sur le même thème. Ils semblent tous les deux un peu honteux de la franchise avec laquelle ils avaient avoué les craintes que le développement de l’autonomie des Principautés leur inspirait. Ils se défendent aussi beaucoup contre le reproche de s’associer à la politique russe. Suivant eux la similitude d’opinion n’est dans ce cas qu’une simple coïncidence et ils ne veulent pas convenir que le fait seul de cette coïncidence soit pour eux matière à réflexion. Leur politique actuelle leur est inspirée par le désir de maintenir intacts les Traités qui sont leur seule garantie contre les empiètements de la

Russie. Admettre le Prince étranger ce serait accepter . une grave modification au traité de Paris et créer un précédent que ne manquerait pas d'exploiter le Cabinet de Saint-Pétersbourg qui n’attend que le moment de porter au Traité de Paris le plus d’atteintes qu’il se pourra. Les Ministres du Sultan n’examinent pas si ce respect servile de la lettre des Traités les conduit au but et si en refusant aux Principautés tout ce qui peut les satisfaire et assurer leur tranquillité ils ne laissent pas la porte ouverte à bien des incidents qui peuvent aussi compromettre les Traités. Tout ce qu'ils concèdent, c’est de ne pas insister pour la séparation des Principautés si l’union est possible sans le Prince étranger, ce que les correspondances de Butharest et de [306] Iassy présentent comme très hypothétique.

Aali Pacha est donc extrêmement satisfait des concessions que dans la dernière conférence Votre Excellence a faites au point de vue qui domine à Constantinople. J’ai bien fait comprendre à Aali Pacha que notre opinion restait la même et qu’en en faisant momentanément le sacrifice däns l'impossibilité où nous étions de faire admettre notre point de vue par le Gouvernement turc, nous laissions à ce dernier toute la responsabilité des résultats qui pourraient être la conséquence de son système.

Ce dernier paragraphe est reproduit dans les Archives diplomatiques, 1867, I, p. 253. — A la lettre est annexée une correspondance de Bucarest datée du 25 avril, que voici in extenso :

Grâce aux mesures prises par le gouvernement provisoire à la poste et au télégraphe, le public n’a eu que fort peu de renseignements directs sur les événements de Tassy. Le Moniteur s’est borné à dire et à répéter que les nouvelles de Iassy étaient très satisfaisantes. Jusqu'à ce moment, après onze jours, les autorités n’ont pas encore fait connaître les noms des morts et des blessés.

Les renseignements que nous possédons ici ont été apportés par des personnes arrivées de Iassy et par un nouveau journal publié dans cette ville, la Voix Nationale. Le récit du journal est modéré : il confirme les nouvelles officielles et les détails qu’il ajoute sont tout à l’avantage

du gouvernement. Le fait le plus notable à remarquer, c’est qu’il explique que le Métropolitain à été entraîné par la force, pour ainsi dire, à la tête des insurgés. Toutefois | ce récit est de beaucoup dépassé par les rapports des personnes arrivées de Iassy. La lutte aurait été fort sérieuse et la population y aurait été notablement mêlée. Les soldats n’ont pas eu seulement devant eux quelques agents russes armés : ils ont été accablés de pierres, de projectiles de tout genre lancés par les fenêtres et cela est attesté par les blessures des soldats qui n’ont reçu, pour la plupart, que des contusions. Il est attesté, de plus, par le récit de la Voix Nationale, que l'affaire n’a pas duré seulement une demi-heure, maïs bien plusieurs heures. S'il faut s’en rapporter à plusieurs familles [sic. Lisez sans doute « feuilles »] allemandes, [308] la lutte aurait été même un instant indécise, puisque ces journaux contiennent des télégrammes qui annoncent le début de la manifestation, puis un premier succès, puis la construction sans obstacle des barricades. Les journaux russes donneront certainement un récit de l’émeute approprié aux intérêts russes : la vérité se trouvera entre les exagérations de ces journaux et le calme tout à fait singulier du Moniteur Roumain. .

En attendant que la vérité nous arrive, les dépêches et rapports de M. le préfet de Iassy sont attaqués de toutes parts. M. Stefany Golesco avait vu parmi les émeutiers les frères Morouzi, puis les Arméniens, puis les Juifs. Or, voici que, sur la demande du prince Morouzi de Pekia, le Moniteur se voit obligé d’avouer qu'il n’y avait dans l'affaire qu’un Morouzi, le prince Constantin de Bessarabie, qui est Russe; voici que les Arméniens réclament à leur tour et affirment qu'aucun d’eux n’a pris part à la révolte; voici que les Juifs protestent aussi, leur grand-rabbin en tête. Restent les Lipovans, sujets russes, ajoute le Moniteur, qui auraient fait tout le mal. Là-dessus, M. le Baron d’Offenberg, agent et consul général de Russie, a adressé une verte protestation au gouvernement pour se plaindre du langage de la feuille officielle.

Les amis du gouvernement prétendent savoir que la Russie avait préparé un dépôt d’armes à Skouleni, point [309] frontière sur le Pruth, à deux heures de Tassy, et que

ces armes ont été enlevées aussitôt après que le prince Constantin Morouzi à franchi le Pruth, accourant ventre à terre de [assy d’où il s'était échappé après la prise des barricades. Les accusations les plus violentes contre la Russie remplissent chaque jour les colonnes du Roménul.

On a répandu le bruit que la lutte avait recommencé le lendemain à Iassy, que des incendies avaient éclaté sur plusieurs points de la ville. Le Moniteur n’a pas dit un mot de ces rumeurs.

Quoi qu'il en soit, trois cents hommes du bataillon de chasseurs sont partis le 19 pour la Moldavie.

Le Romänul ne dirige pas seulement ses attaques contre la Russie. Ce journal, propriété et œuvre d’un ministre, ne ménage ni les collègues de M. Rosetti, ni le préfet de police. A ce dernier il reproche de ne pas faire taire les mille bruits qui circulent, les intrigues des ennemis du pays, c’est-à-dire de ne point étouffer l’opinion publique. A M. Mavroïeni, Ministre des Finances, il reproche l’insuccès de l’emprunt national, opération faite, dit-il, avec « une négligence et une inintelligence préméditées ». Au prince Démètre Ghika, ministre de l’intérieur, il fait un crime d’avoir conservé quelques employés du gouvernement corrompu du Prince Couza, et comme le ministre répond au Romänul celui-ci ergote sur les termes dont use Son Excellence et lui déclare net qu'Elle ne parle pas le roumain. On s’imagine par ces [310] exemples quel accord règne parmi les membres du gouvernement et combien l’esprit public se ressent des mésintelligences chaque jour croissantes.

Le parti du Romänul, le parti démocrate, a profité largement de l’absence des deux Lieutenants princiers qui sont allés à Tassy pour gagner du terrain. L’un de ces deux lieutenants (ils rentreront aujourd’hui à Bukarest), M. Lascar Catardgi, est celui qui à développé le plus d’énergie contre les empiètements de MM. Rosetti et Bratiano frères. Entre autres choses, il avait exigé avant son départ qu’on ne délivrât plus de fusils à la Garde nationale ; or chaque jour on arme des compagnies nouvelles et je vois défiler en ce moment même deux cents citoyens environ qui viennent de recevoir des armes. De plus on a

distribué ces jours-ci dix cartouches à chacun des gardes nationaux.

Le but de ces mesures n’est un secret pour personne : le gouvernement se défie d’une bonne partie de l’armée. On est sans cesse sur le qui-vive. Le 21, au soir, on a appelé la Garde nationale sous les armes : le gouvernement et la municipalité sont restés sur pied toute la nuit, et on a tenu cernées les maisons du général Floresco et du colonel Salomon. Les soldats citoyens n’ont été congédiés qu’à cinq heures du matin et ne sont rentrés chez eux qu’après s'être fait ouvrir, un peu en maîtres, des boutiques dans lesquelles ils ont trouvé de quoi réparer les fatigues de leur début dans la vie militaire. Il est certain que les inquiétudes du [311] gouvernement à l’égard de l’armée paraissent quelque peu fondées. Bien des officiers ne se gênent pas pour critiquer et ils semblent avoir été très sensiblement touchés par un article. fort vif du Moniteur de l’ Armée de Paris, relatif au rôle qu’ont joué plusieurs des chefs militaires dans la nuit du 11/23 février. Il ne faudrait pas trop s'étonner si ces sentiments amenaient quelque sérieuse complication. Il y a aussi un certain antagonisme contre la Garde nationale, presque unanimement composée de petits boutiquiers où ouvriers qui prennent leur mot d'ordre au Romänul.

Le recensement des votes du plébiscite sera términé demain : le prince Charles obtiendra la presque unanimité des suffrages, ce qu'il était facile de prévoir. On assure qu’il a fallu fortement peser en certains endroits sur les paysans qui étaient convaincus que le comte de Flandre était déjà installé à Bukarest et ne comprenaient pas du tout la nécessité d’un nouveau vote. Malgré la sanglante répression qui à eu lieu à Tassy le jour même de l’ouverture du plébiscite, cette ville a donné 161 voix contre le prince Charles. A Bukarest on assure que la population allemande, qui est nombreuse, à pris part au vote. Un Français, employé du gouvernement, a été invité en trois endroits à voter et à donné trois fois son vote au prince Charles. Ces détails se perdront du reste dans le million de votes qu’on obtiendra selon toute vraisemblance.

M. Jean Bratiano et M. Davila ont été expédiés hier

à Berlin pour saluer Charles Ier. On ne s’explique pas généralement ce que va faire en cette circonstance le D' Davila, qui est Français. D’autre part les commissaires qui avaient été envoyés auprès du Comte de Flandre vont se rendre également auprès du Prince Charles pour lui présenter le vote du peuple roumain.

P. 8. — Une dépêche de Paris d’hier soir annonçait que la conférence écarte le Prince étranger et que plusieurs Puissances recommandent M. Nicolas Bibesco!

Autre correspondance (28 avril).

D'après des informations prises aux meilleures sources, la dépêche qui forme le post-scriptum de la précédente lettre est vraie de tout point. Elle est d’ailleurs corroborée par une dépêche télégraphique du Prince Gortchakoïff au général Ignatieff, transmise à dessein en clair de Bukarest à Constantinople.

Le télécramme est ainsi conçu :

« Pétersbourg, 20 avril. — La France met en avant hospodar pour quatre ans. L’Angleterre et l'Autriche proposent Bibesco fils. Répondons : Prince étranger écarté, il doit être réservé à la liberté des votes populaires de faire choix légal d’un hospodar ou d’hospodars indigènes sous sanction ou contrôle subséquent des Puissances.

« Roi de Prusse a déconseillé à Hohenzollern père candidature fils et déclare avant tout s’en référer suzerain ».

D'autre part on annonce l’arrivée de Bibesco.

D'autre part encore, M. le Prince Brancovano, qui se trouve ici depuis dix jours, est arrivé la veille de la clôture du plébiscite pour le prince Charles Ier et n’y a point pris part : il s’est fait malade et n’a pas mis le pied hors de chez lui pendant le dernier jour. Le lendemain, le plébiscite clos, il est allé offrir ses services à la Lieutenance princière. Le Ministère était présent, on lui a fait remarquer son abstention. Sur les explications qu’il a données, on lui à montré l'exemple des simples citoyens qui n'ayant pu arriver à temps pour voter le plébiscite, ont adressé au gouvernement des actes d'adhésion qui ont été insérés au

Moniteur. Le Prince Brancovano s’est montré indigné de cette défiance. Il a rappelé les services de sa famille, les siens depuis [314] sept ans; que pendant ce laps de temps personne plus que les siens n’avait travaillé, usé de son influence à Paris, aux Affaires Etrangères et jusqu’auprès de l'Empereur, et de sa fortune auprès des journaux, pour renverser le Prince Couza; que le pacte de la conspiration avait été signé dans sa maison; que sa famille n'avait toujours eu en vue que le bien du pays, l’accomplissement de ses vœux. Sur ce, il n’a pas été difficile de lui démontrer que les vœux du pays appellent un Prince étranger et qu’il ne devait pas être antipathique à l’aîné des Bibesco de proclamer au nom de sa famille son adhésion à ce grand principe. Le prince Brancovano a persisté, non sans embarras, à soutenir que cette demande était une preuve de défiance à laquelle sa dignité ne lui permettait pas de répondre. Il à ajouté que ce n’était pas là, du reste, un fait nouveau et que l’absence de son nom sur la liste des candidats à la constituante attestait suffisamment le mauvais vouloir du gouvernement pour sa famille; qu’il lui serait cependant facile de se faire élire, qu’il pourrait employer les moyens que la Boyarie employait sous le règne du Prince Couza, mais qu'il préférait s’abstenir pour ne donner à personne le droit de suspecter son patriotisme,

Les autorités présentes ont également opposé au Prince Brancovano la conduite de son cousin le Prince Georges Stirbei qui avait signé le plébiscite et auquel le gouvernement, loyalement reconnaïssant, venait de confier une mission auprès de Charles Ier. Le Prince Georges Stirbei a pour mission de pousser Charles Ier à un coup de tête, à venir immédiatement [315] à Bukarest. Il se dit en bon lieu que le gouvernement a accolé M. Davila à M. Ion Bratiano parce qu’on craint que M. Ion Bratiano ne travaille à dégoûter le prince plutôt que l’amener à Bukarest.

Somme toute, les rouges ont la corde et se préparent carrément à profiter des événements. On va envoyer hors de Bukarest le 2e lanciers et le 19 de ligne, les deux régiments qui ont tenu bon le jour du 11/23 février et qu'on croit prêts à obéir au [général] Floresco et au colonel Salomon. Deux compagnies du 1° de ligne sont parties

hier et ont traversé la Chaussée à 4 heures. Le colonel Salomon était à la promenade. En voyant leur ancien chef, les soldats ont poussé des hurras et lui ont crié : « Fifi sanatos, Maria Ta! Traiasca Maria Ta! Vive Votre Seigneurie! Portez-vous bien! ». Le soir on annonçait que le général Floresco et le colonel Salomon avaient reçu l’ordre de se retirer à la campagne. Je ne sais encore si le fait est vrai. Quant aux inquiétudes du gouvernement elles sont indubitables : avant-hier, sur les indications d’une lettre anonyme, on a inspecté soigneusement les caves du palais pour y chercher un dépôt de poudre destiné à faire sauter le gouvernement; chaque soir les maisons du colonel Salomon et du général Floresco sont cernées et surveillées par la Garde nationale; chaque jour on distribue des armes à de nouveaux gardes nationaux.

Le 2e lanciers et le 17 de ligne partis, le parti démocratique qui tient M. Lecca [316] n’aura plus ici que des troupes dont il se croit sûr et la Garde nationale. Alors il aura le champ libre.

Cette situation donnée, il n’est pas possible de croire qu’une élection du Prince Nicolas Bibesco ait les moindres chances. J’ajoute que la candidature du Prince Jean Stourdza fait de grands progrès en Moldavie où on ne veut à aucun prix (l’acceptation de cette candidature le prouve bien) des idées démocratiques; et qu’il n’y a qu’un moyen de salut pour l’union dans la pensée des Moldaves les plus sages, c’est l’élection d’un prince moldave.

3 mai. Télégramme. DROUYN à AVRIL.

M. Balatchano télégraphie à Bucharest que le Prince de Hohenzollern vient de notifier officiellement son acceptation; mais cette acceptation est éventuelle et subordonnée à la reconnaissance des Cours. Or vous savez que l'élection d’un Prince étranger est repoussée par la Puissance suzeraine et les cours garantes comme contraire à la

convention de 1858.

(PE BIL:t 15)

4 mai. — Drouyx à Movusrrer. No 29.

[Regrette les dispositions de la Porte.]

(P. C., L f. 317-318.) Lettre publiée dans les Archives diplomatiques, 1867, I, p. 253 sq.

6 mai. Télégramme. Mexsporr à METTERNIOH.

Le Baron Eder nous mande que Bratiano écrit de Paris qu'on doit préparer à Bucharest les appartements du Prince de Hohenzollern qui va s’y rendre. Si cette intrigue se poursuit à l’insu du Gouvernement français il devrait s’y opposer plus énergiquement.

(P. V., Exp., I f. 441.)

258 Li 7 mai. — Aveiz à Drouyn. N° 12.

[Avril insiste auprès de Ion Ghica pour qu’on n'irrite pas la Russie par des manques d’égards ou par des attaques violentes comme celles du Romänul.]

(P. B., IL, f. 24-26.) 7 mai, — Aveiz à Drouyx. N° 18.

[Offenberg s’est étonné que la Turquie n’ait point à Bucarest d’agent pour notifier la décision de la conférence, et que Safvet n’ait pas signé cette décision. Avril a répondu que la Turquie n’ayant pas normalement d’agent à Bucarest, un envoyé ferait figure de commissaire. — Cela ne déplairait peut-être pas à la Russie. Modération d’Eder.]

(P. B, II, f. 28-32)

7 mai. FUAD PACHA au GOUVERNEMENT PROVISOIRE.

[Doit se conformer aux décisions de la conférence.] (P. C., I, f. 344 sq.) Pièce publiée dans Sturdza, Autoritatea, pp. 251-59.

9 mai. — Aarr PACHA à SAFVET PACHA.

[Rappelle toutes les concessions passées et présentes. Mais la Porte refuse irrévocablement le Prince Etranger et dénonce les fraudes du plébiciste.]

Pièce lue à la séance du 25 mai, f. 336-348. Cf. Archives diplomatiques, 1867, I, pp. 665-669.)

9 mai. AvRIL à DrouyN. N° 15.

Je suis singulièrement frappé de la différence: que je trouve après douze ans, non pas dans-les vœux du pays qui n’ont pas varié, mais dans le mobile qui les inspire.

Le système qui consiste dans l’élévation d’un indigène à l’hospodarat par voie d'élection a dit son dernier mot avec le règne qui vient de finir. [39] L'épreuve est complète et décisive aux yeux des Moldo-Valaques. Avec ou sans l’union, ce système est jugé et condamné définitivement. Le changement est aujourd’hui regardé par eux non plus comme un progrès désirable, mais comme une condition d'existence. Le superflu de 1854 est devenu le nécessaire de 1866. Il ne s’agit plus de se développer, mais de vivre. L’appel que les Moldo-Valaques ont adressé à l’Europe et qu’ils vont probablement renouveler est un cri de détresse.

Ce qui domine ici, c’est un immense besoin de stabilité. Or, sans parler des difficultés que rencontrera l'élection, je ne vois personne, y compris les prétendans, qui croie à la durée du pouvoir d’un hospodar indigène. La seule différence est que les uns lui prédisent quelques années de règne, les autres quelques mois ou même quelques jours. Personne n’envisage cette éventualité comme une solution, mais comme un expédient, comme un nouveau provisoire, comme un replätrage.

Partant de là, on se demande ici comment l’Europe, si prospère sous le régime de la monarchie héréditaire, pourrait condamner une nation chrétienne, une nation faible et éprouvée depuis quatre siècles par tant de calamités,

à une nouvelle expérience du système électif, de ce système auquel les nations les plus robustes et les mieux constituées [40] de l’Europe ne résisteraient peut-être pas. J’ai entendu dire, car malgré ma réserve on me parle avec quelque abandon, j’ai entendu dire, et je tiens à reproduire la comparaison, que les médecins ne font pas leurs expériences physiologiques sur des êtres humains. II s’en faut de peu que la résolution de la majorité de la conférence ne soit regardée comme un acte de cruauté.

Les Roumains ajoutent que, loin d’imposer un sacrifice à l’Europe, ils contribueraient, s’ils avaient conquis la stabilité, au bien de tous en éloïgnant les chances révolutionnaires des bords du Danube et à la prospérité de leurs voisins immédiats par le développement des relations commerciales. Ils se prévalent également de ce que la Turquie n’auraiït rien à perdre et pourrait gagner beaucoup à l’admission d’un Prince étranger, du moment qu'il ne s’agit pas de rompre les liens existans, utiles aux deux parties. x

Quelques-uns font aussi remarquer que les Roumains n’ont pas demandé à l'Europe de les sauver de leur état précaire et misérable, mais seulement de ne pas les empêcher de se sauver eux-mêmes à leurs risques et périls.

On se demande donc, comme je l’ai dit, pourquoi seule entre les autres, une nation est condamnée sans rémission à s’user contre un système reconnu [40 bis] vicieux par tout le monde. En voyant qu'aucun intérêt européen, aucun intérêt avouable d’une des Puissances voisines n’exige qu'il en soit ainsi, on conclut, à tort ou à raison, que le mal provient de ce que le Gouvernement turc s’obstine à interpréter dans un certain sens, jugé faux ici, les anciens traités des Principautés avec la Porte et l’on ne s'explique pas la facilité de l’Europe à se ranger à ce qu’on appelle l’aveuglement des ministres turcs. Ajoutons que l’on ne croit pas ici qu'il y ait à Constantinople, des aveuglemens désintéressés. Alors, suivant la nature de chacun, le mécontentement produit chez les uns une véritable exaspération, chez les autres un découragement complet…

(P. B. IL f£. 38-41)

10 mai. — Confidentielle. TALLEYRAND à DROUYN.

[A propos de la Vénétie] ..« Voilà un point » m’a dit le Prince Gortchakoff, qui positivement ne sera pas accepté par l’Angleterre et par l'Autriche et probablement pas par nous. Les informations du Baron de Brunow sont très précises. Lord Clarendon est fermement résolu à n’entrer en congrès que sous ces conditions : pas de cession de la Vénétie, pas d’adjonction des Duchés de l’Elbe [355] à la : Prusse, pas d’accroissement de puissance pour elle à la suite de la réforme fédérale, pas de démembrement de l'empire ottoman. Il m'a fait sonder sur ma manière de voir, et j’ai été obligé de convenir que ses principes étaient les miens. — Vous prononcez le mot de dédommagements pour l’Autriche et celui de garanties pour le pouvoir temporel du Saint-Père. Quoique en froid avec la cour de Rome, la Russie, je n’éprouve aucune difficulté à le dire, s’emploierait volontiers à les obtenir. Mais quant aux dédommagements où les prendrez-vous ? En Allemagne ? La Prusse ne voudra pas en entendre parler. Dans les Principautés danubiennes ? inadmissible; ce serait la guerre avec nous. Croyez-moi, mettre en avant la cession de la Vénétie c’est fermer les portes du congrès avant de

les avoir ouvertes.

(P. Pét., I, f. 354-358.)

10 mai. Télégramme. EDER à MENSDORr.

Séance d'ouverture de l’Assemblée. Le nom de la conférence n’y à pas été prononcé. Neuf députés moldaves seulement étaient présents.

…Heute wurde von der Regierung die Versammlung mit einer langen Rede erôffnet, in welcher der Prinz von Hohenzollern der Wahl empfohlen wird. Des Conferenzbeschlusses wurde gar nicht erwähnt; so oft der Name des Prinzen ausgesprochen wurde, erschallte auf Bestellung lebhaîfter Beiïfallsruf. Bratiano machte den Vorschlag über einige Fôrmlichkeïten wegzugehen und gleich zur Wahl zu schreiten. General Tell erhob dagegen

Einsprache und man beginnt mit Verificirung der Vollmachten. Blos neun moldauische Deputirte sind

erschienen.

(V.B., Ber., I, f, 639.)

| 265 11 mai. — Epxr à Mexsporr. No 73.

Napoléon IIT a déclaré au jeune Prince Bibescu qu’il n’a rien su de la candidature Hohenzollern et qu’il tient pour l’hospodar pour quatre ans.

Die beiden Sôhne des Fürsten Bibesco sind gestern Abends aus Paris hier angekommen. Mit dem älteren der beiden Brüder, der Adjutant des Marschalls Randon war, hatte ich heute Morgens eine längere Unterredung. Er erzählte mir, dass vor seiner Abreise Kaiser Napoleon ihn kommen liess. Bei dieser Audienz wäre der Kaiser der Franzosen gesprächiger als dies sonst der Fall gewesen. Kaiser Napoleon hätte geäussert, dass er weder die Kandidatur des Prinzen von Hohenzollern empfohlen, noch als er von ihr Kenntnis erhalten, sie gebilligt. Schon in den ersten Pariserkonferenzen, habe zwar seine Regierung die Einsetzung eines fremden Fürsten als Lôsung der in den [646] Fürstentümern sich ergeben habenden Schwierigkeiten vorgeschlagen, und auch in den diesjährigen Conferenzen diese Combinazion vorgebracht; aus Rücksicht für andere Mächte sei sie jedoch gegenwärtig vollständig aufgegeben.

In letzter Zeit habe sich der Prinz von Hohenzollern an den Kaïser gewendet, und dessen Unterstützung angesprochen, ein Aufsuchen das Kaiser Napoleon ablehnend . beantwortet. as

Den in Bucarest verbreiteten Gerüchten, als wenn Frankreich die Kandidatur des Prinzen von Hohenzollern unterstützte, kônne er — Beizade Nicolas Bibesco — offen entgegentreten.

Hierauf habe der Kaiser der Franzosen hinzugefügt, er môge nach seiner Ankunft in den Fürstentümern dahin wirken, dass die Moldo-Walachen aus dem Taumel in den sie die revoluzionäre Partei versetzt erwachen, und zu einer der wirklichen Verhältnisse Rechnung tragenden, beson-

nencren [647] Stimmung zurückkehren. Die Wahl eines einheïmischen Fürsten auf die Dauer von drei bis vier Jahren sei — meinte Kaiser Napoleon weiter — das einzige gegenwärtise môgliche Auskunftsmittel, indem für den Augenblick der Ehrgeiz der verschiedenen Fürstenkandidaten, durch die Aussicht beschwichtigt wurde, dass sie der Reïhe nach und in kurzen Zwischenräumen an die Spitze der Geschäfte gelangen künnten.

Dies würde nicht hindern, dass der auf kurze Zeit zu wählende Fürst, wenn er sich seiner Stellung gewachsen erweisen würde, die Verlängerung der Regierungsdauer, ja sogar die Erblichkeït nachträglich erlange.

Gegen die revoluzionäre Partei, welche hier den Namen des Kaiïsers Napoleon missbraucht, hätte, wie mir der Sohn des Fürsten Bibesco mitteilte, der Kaiser sich: auf das Nachdrücklichste [648] ausgesprochen.

Geruhen, etc.

(V.B., Ber., I, £. 645-648.) 11 mai. MerTERNICH à Mexsporr. N° 24 A.

Le prince Stirbey est venu me voir, à son retour de Dusseldorf, où il n’a trouvé que le secrétaire du Prince de Hohenzollern. Son impression est que toute cette affaire n’est qu'une intrigue de M. de Bismarck. Il vient de démasquer le jeu de MM. Bratiano et Balescano [sic] qui n’ont cessé de faire parvenir au Gouvernement provisoire des nouvelles fausses. Je crois savoir que le Gouvernement français s’est prononcé avec vigueur contre ces menées et j’espère qu’il nous aidera à y mettre fin.

Le Prince repart pour Vienne dimanche prochain et emportera probablement, de la part du Gouvernement français, un avis définitif pour le Gouvernement provisoire.

La certitude que la Turquie s’est jetée dans les bras de la Russie et qu’une intervention de ces deux Puissances n’est pas improbable doit nécessairement engager la France et l’Angleterre à joindre leurs efforts [490] aux nôtres, dans le but d'établir tout au moins un provisoire qui éloigne une catastrophe.

Si le Gouvernement français avait voulu s’en tenir fran-

chement, dès le début, au principe de l’élection d’un hospodar indigène, toutes les folies faites à Bucharest auraient pu être évitées. Certaines réticences au sujet du Prince étranger ont certainement encouragé M. Bratiano et la tactique de M. de Bismarck aidant, on a pu jouer la comédie à laquelle nous avons assisté,

Si les consuls d'Autriche, de France et d’Angleterre voulaient tenir un langage précis et ferme, on pourrait encore, me semble-t-il, espérer voir s'établir dans les Principautés un état de choses plus tranquillisant. C’est dans ce sens que je m’exprime envers M. Drouyn de Lhuys.

Agréez.… ù (V. P., Ber., I, f. 489-490.)

11 mai. — DRoUYN à AVRIL.

[43] Il me paraît, d’ailleurs, extrêmement regrettable que le gouvernement provisoire à Bucharest et ses agens continuent d'entretenir les populations moldo-valaques dans l’illusion touchant la nomination du Prince de Hohenzollern. Il est bien évident que ce prince, quelles que puissent être ses dispositions personnelles, devait dans tous les cas subordonner son acceptation à la décision de la Cour suzeraine et des Puissances garantes; mais il ne paraît pas même qu'il ait fait aucune démarche pour obtenir l’assentiment des Puissances et si nous sommes bien informés le Prince son père aurait fait savoir tout récemment qu’il ne pouvait accepter l’honneur qui lui était déféré.. [Malgré ses préférences personnelles pour le Prince étranger, Drouyn n’a pas cru devoir passer outre à l’opposition absolue de certaines Puissances. Il s’en est expliqué

avec les envoyés roumains.] (P. B. II, f. 43-44.)

12 mai. — Aveiz à DroUYN. N°0 17. Extrait :

« Nous reconnaissons tous que nous n’avons aucun moyen d'empêcher les Roumains de voter pour le Prince de

Hohenzollern. »

(P. B., IL f. 54 v.)

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