‹ L'Abdication du Prince CuzaChapitre 34 sur 43 · P: LB · texte numérisé non relu

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DOCUMENTS DIPLOMATIQUES 385 21 mai. Télégramme. MerrernicH à Mexsporr. N° 82.

. Prince Stirbey arrivé de Düsseldorf raconte : Prince Charles parti pour les Principautés; arrivé hier soir à Turnu-Severin, sera demain à Bucharest. Prince Hohenzollern père n’a pas obtenu engagement d'appui de l’Empereur Napoléon, mais le Roi de Prusse ne s’est pas opposé au départ.

(V. P. Ber, I, f. 617.)

21 mai. — MeTtTerNICH à MEexsporr. N° 27 B.

M. Drouyn de Lhuys insinue et insinuera dans des documents confidentiels adressés à ses agents que l’escapade du Prince de Hohenzollern est le résultat d’une intrigue et d’une entente entre la Prusse et la Russie (2?) Lorsqu'il m’eut confié ses soupçons à cet égard, je n’ai pas pu m'empêcher de rire.

« Ce serait singulier », lui dis-je, « que la Russie qui a déclaré ne vouloir admettre un Prince étranger quel qu’il fût, soit la Puissance qui se serait entendue avec la Prusse pour mettre en scène le coup de théâtre auquel nous allons assister, tandis que vous qui n’avez cessé de prôner l’idée du Prince étranger et de la faire appuyer par vos agents dans les Principautés, vous n’eussiez rien su de ce qui allait arriver. »

M. Drouyn de Lhuys accueillit assez mal ma sortie, mais voyant qu'il ne m'intimidait pas, il m'a juré qu'il n’en savait rien, m'a fait des confidences sur une note [624] qu'il aurait adressée au Prince de Hohenzollern et dans laquelle il aurait dit qu’une pareille aventure serait indigne de son nom, etc., ete.

Je me suis borné à lui répondre qu’il lui serait facile de prouver son innocence par son attitude, en face des événements à Bucarest.

Au reste, quoi qu’il en soit, le Prince Stirbey qui est venu chez moi à la descente du chemin de fer, venant de Düsseldorf, m’a dit que le Prince de Hohenzollern, père, déclarait

que l'Empereur Napoléon avait refusé toute complicité dans le fait.

Agréez.…

(V. P., Ber., L f. 623-624.)

21 mai. Télégramme. DROUYN à AVRIL.

L’Autriche vous reproche d’avoir encouragé par votre attitude et votre langage l'élection d’un Prince étranger. Je nie le fait, car il serait trop contraire à vos instructions.

(P. B., IL f. 88.)

21 mai. — Télégramme. AVRIL à DROUYN.

Vous pouvez nier. Le plébiscite était voté avant ma gérance, le gouvernement provisoire et la nation définitivement engagés. Personne ne put ni encourager ni décourager (voir mon n° 17). Le Baron d’Eder a été le premier à constater notre impuissance.

@. B., IL f. 91.)

23 mai. AvriIL à Drouyn. N° 22.

[Description des fêtes qui ont accueilli le prince Charles à Bucarest.]

(P. B. IL, f. 97-102.)

23 mai. — AVRIL à DrRouyN. N° 28.

L'arrivée du prince Charles a changé complètement les dispositions donë j'ai eu l’honneur de vous entretenir dans mon rapport n° 21.

Personne ne pense plus à se soumettre aux injonctions de la conférence et l’on envisage avec calme, même avec résolution, toutes les conséquences d’un refus.

Les nouvelles de Constantinople ne sont pas rassu-

ntes. Fuad Pacha, qui ignorait sans doute alors l’arrivé

du Prince Charles, à télégraphié au Gouvernement provisoire que la Porte offrait comme dernière concession la nomination d’un caïmacam temporaire qui serait [105] choisi par le Sultan avec l'agrément des Puissances garantes. On attendra ici l'effet produit à Constantinople par la lettre du Prince au Sultan. $. A. a aussi télégraphié au Grand Vizir.

Pour rester autant que possible dans les termes de la convention, l’Assemblée a conféré la grande naturalisation au père du Prince Charles, avant que $. A. ait prêté serment.

La Lieutenance princière à cessé d’exister par l’arrivée du Prince élu. Le Ministère comme n’émanant pas du pouvoir existant, à remis hier sa démission collective. On croit que M. Lascar Catargi sera chargé de former la nouvelle administration.

Les jours quise sont écoulés entre le vote et l’arrivée du Prince ont été très pénibles pour le Gouvernement provisoire; aussi la plupart des Lieutenants et des Ministres paraissent-ils heureux d’être soulagés d’une responsabilité qui devenait de plus en plus gênante.….

[Les agents ont été invités aux cérémonies mais se sont

abstenus.] (P.B, IL f. 104-107.)

23 mai. — METTERNICH à Mexsporr. N° 28 D.

Je n’ai pas besoin de dire que M. Drouyn de Lhuys, comme son maître, décline toute responsabilité en ce qui concerne le voyage et l’arrivée inopinée à Bucharest du Prince Charles de Hohenzollern.

La Porte vient de convoquer une conférence pour aprèsdemain. Je compte m'entretenir demain avec Lord Cowley et le Baron Budberg sur cette affaire et Vous demander, à la suite de mes pourparlers, des instructions pour la conférence.

M. Drouyn de Lhuys dit qu’il n’admettra pas que la Prusse décline toute connivence avec le Prince, le congé illimité à lui donné au moment où la guerre peut écla-

ter d’un jour à l’autre étant un [646] indice suffisant pour démontrer les encouragements indirects offerts au Prince.

Il soupçonne toujours la Russie d’avoir sous main favorisé cette escapade, en se réservant de dominer le Prince et de lui faire épouser une Princesse de Leuchtenberg.

Il dit cependant que, d’après un télégramme privé, la Russie protesterait contre cette escapade.

Inutile de dire que je n’apporte que fort peu d'attention à ces révélations hypothétiques de M. Drouyn de Lhuys, destinées à masquer son double jeu.

Agréez… (V. P., Bor., I, f. 645-646.)

23 mai. — La Tour D’AUVERGNE à DrouYN. N° 109.

[Clarendon a fait part de sa surprise à l'ambassadeur de Prusse] M. le Comte de Bernstorff aurait répondu que le Prince de Hohenzollern avait agi tout à fait à l'insu du Roi et sous sa propre responsabilité; qu’il avait simplement demandé un congé pour se rendre à Düsseldorf, congé que Sa Majesté n’avait pu lui refuser. Lord Clarendon est convaincu que les démarches du Prince de Hohenzollern, à laquelle il paraît croire que M. de Bismarck n’est pas demeuré étranger, n’obtiendra ni le concours ni même la tolérance de la Russie, dont la manière de voir, dans cette question, n'aurait, suivant lui, suivi aucune modification.

Le Principal Secrétaire d'État m’a annoncé que [248] M. l’Ambassadour de Turquie était venu, à cette occasion, lui rendre visite, et lui avait donné à entendre que les troupes turques entreraient, sans retard, dans les Principautés, afin d’y faire respecter les droits du Sultan. Il a ajouté qu'il avait représenté à M. Musurus les complications qu'une pareille intervention ne manqueraïit pas de provoquer, mais que, très probablement, la Porte, au point où en étaient les choses, ne se laisserait pas arrêter par ces considérations.

(P. L, IX, f. 247-248.)

23 mai. — Movusrrer à Drouyx. N° 57.

J’ai eu l’autre jour une conversation tout amicale avec Aali Pacha, qui à part une insinuation très légère sur le droit que pourrait avoir la Porte de ne prendre conseil que de l’urgence des circonstances, m’a affirmé de nouveau que le gouvernement ottoman ne voulait rien faire ni occuper les principautés que d’accord avec les Puissances. Il ne m'a pas caché cependant que cette occupation était dans les vœux de la Sublime Porte et nous avons examiné si les Russes, qui poussent la Turquie dans cette voie, n’auraient pas l’arrière-pensée, après l’avoir rendue impopulaire par cette occupation, de s'offrir aux populations roumaines comme libérateurs, ce qu’une guerre entre la Prusse et l’Autriche pourrait leur rendre possible.

Aali Pacha n’aime pas à prévoir les choses de si loin et semble n’avoir rien de plus pressé et de plus important que de châtier l’outrecuidance des Roumains.

Sur ces entrefaites est arrivée la nouvelle de l’entrée du Prince de Hohenzollern sur le territoire des Principautés, au moment où la Porte sur des assurances venues de Berlin croyait à un refus définitif.

L'agent des Principautés à Constantinople était muni d'avance d’une lettre pour le Sultan [360] qu’il ne devait remettre que sur ordre télégraphique. Cet ordre est arrivé hier au moment même où le Prince faisait son entrée solennelle à Bukarest. Le télégraphe apportait en même temps pour le Grand Vizir la eommunication dont je joins ici copie. Le Grand Vizir a dit ce matin au premier drogman de l'Ambassade que cette [communication] avait bouleversé le gouvernement et que le conseil des ministres se réunirait aujourd’hui pour délibérer. Fuad Pacha semblait plus troublé qu'irrité.

L'envoyé de Russie qui sortait de chez Aali Pacha racontait que ce ministre lui avait demandé s’il croyait que le Prince Charles pourrait se maintenir, à quoi le Général aurait répondu en riant que le Prince était officier de dragons et qu'il saurait certainement se tenir en selle mieux que le Prince Couza qui était dans l’infanterie. Le ton général

des conversations témoigne que de tout côté dominent l’étonnement et l’irrésolution.

J’ai demandé avant-hier à Aali Pacha ce que lui disait l’ambassadeur d'Angleterre; il a répondu « rien, absolument rien », déplorant le rôle réservé que le gouvernement anglais affectait de plus en plus en toutes choses.

Aali Pacha est revenu avec moi sur cette pensée que la séparation absolue des Principautés serait préférable à ces luttes incessantes. Je lui ai fait observer qu'il se plaçait toujours dans les extrêmes ; que [361] s’il eût déféré dès 1858 et aux conseils de la France et aux vœux des Principautés, toutes ces luttes n’auraient pas eu lieu; que s’il eût écouté nos récentes suggestions, il n’eût pas repoussé le Prince étranger sous prétexte que cela menait directement à l'indépendance et qu’il m'était difficile de comprendre pourquoi l’indépendance absolue lui semblait aujourd’hui préférable à un prince étranger acceptant la suzeraineté du Sultan. Sur tout cela, comme le voit Votre Excellence, les Turcs n’apportent pas une grande suite dans leurs idées et ce qui domine dans leur esprit, c’est un grand désir de rabattre l’orgueil des Roumains qui leur font l'effet de se moquer d’eux.

Veuillez, etc.

Lettre publiée, avec des changements, dans les Archives diplomatiques, 1867, I, pp. 257-59.)

24 mai 24 h. 1/4. Télégramme. TALLEYRAND à DROUYN.

Malgré le mécontentement causé par l’arrivée du Prince de Hohenzollern, la Russie s’abstiendra de toute mesure violente. Le Prince Gortchakoff m'a dit : «Le bruit de l’entrée de nos troupes en Moldavie ne mérite pas d’être démenti. C’est à la conférence d’agir. Si elle accepte le fait accompli, je proposerai sa dissolution. La Russie se reti- Tera. »

(P. Pét., I, f. 390.)

DOOUMENTS DIPLOMATIQUES 391 24 mai. — Télégramme. Aarr PACHA à SAFVET PAcHA.

Malgré les traités, malgré les décisions si positives de la Conférence, malgré les déclarations réitérées de la Sublime Porte, le Prince de Hohenzollern vient d’entrer dans les Principautés.

Cette manière d’agir du Gouvernement provisoire ne saurait être justifiée d’aucune façon; elle constitue non seulement une violation flagrante des traités, mais aussi un affront à la dignité de la Sublime Porte comme à celle des Puissances.

Le gouvernement de notre Auguste Souverain croit devoir, en conséquence, prévenir les Hautes Cours garantes qu'il ne voit plus d’autre moyen, pour faire respecter les actes internationaux et les décisions de la Conférence, que l'occupation militaire.

C’est donc au nom de ces actes, à ceux des droits et de la dignité, que nous recourons avec regret à cette mesure extrême dont toute la responsabilité retombera sur le gouvernement provisoire à qui la Conférence et la Puissance suzeraine ont offert toutes les facilités pour entrer

dans la voie de la légalité.

25 mai. — MENSDORF à METTERNICH.

L'arrivée à Bucharest du Prince de Hohenzollern est un nouvel incident qui montre à quel point les décisions de la Conférence de Paris sont audacieusement bravées. Les Puissances auront à considérer si elles veulent supporter une pareille atteinte à leur dignité et à leur autorité. Si elles sy soumettent, il est évident qu’on devra renoncer dorénavant à provoquer une décision européenne dans des questions internationales. L’inefficacité de toute décision pareille ne saurait être mieux démontrée qu’en laissant triompher en Moldo-Valachie une combinaison que l’Europe a rejetée aussi catégoriquement [491] comme

contraire aux traités, (V. P. Exp, I, f. 490-491.)

25 mai. — Télégramme. MousTiErR à DRrouYyN.

Le conseil des ministres vient d’avoir lieu. On est très irrité de se trouver bafoué et l’on voudrait entrer dans les Principautés tout en ne se dissimulant aucun des inconvénients de cette mesure. La question d’amour-propre domine en ce moment toutes les autres, cependant on ne fera rien avant d’en avoir référé à la conférence de Paris.

(PCR SU)

25 mai. — DRouyN à Mousrrer. N° 34.

[A propos des velléités d'intervention manifestées par la Porte.] (P. C., I, f. 368 sq.)

Lettre publiée dans les Archives Diplomatiques, 1867, I, pp. 258 sq.

26 mai. — Télégramme. MousTIER à DRoUYN=.

Le conseil des Ministres a décidé hier qu'il y avait lieu de demander aux Puissances d’autoriser l’occupation militaire des Principautés. Des télégrammes pour les différents Cabinets sont partis. Ce n’est pas cependant sans un grand sentiment d'inquiétude qu’on envisage cette mesure tout en se disposant à la prendre. Aali a dit qu'après tout il préférerait voir l’Autriche à Bucharest. Puis il a ajouté : ‘«« Pourquoi le Prince Charles a-t-il fait la faute de ne pas passer par Constantinople, il nous eût embarrassés beaucoup et le Sultan se serait décidé à le reconnaître. »

(P, C,, E, f, 371.) 26 mai. — AvrIL à DROUYS.

On peut maintenant se rendre compte de l’impression produite par le Prince Charles sur ceux qui veulent être ses sujets. Cette impression est très bonne. Au premier

abord, on l’a trouvé un peu jeune; mais la fermeté de sa parole à l’Assemblée a produit un grand et favorable effet. En prêtant attention à tout, il montre qu'il prend sa position au sérieux, ce qui manquait à son prédécesseur’; il est poli et abordable, mais il laisse tout le monde à une certaine distance. Sa courtoisie et sa simplicité sont celles d’un homme qui se sent supérieur par quelque côté à tout ce qui l'entoure. Les Roumains voient qu'ils ont affaire à un vrai Prince. Un peu étonnés d’abord, ils ont compris bien vite que c’est là justement ce qui leur faut, et ce qu’un de leurs congénères ne leur eût pas apporté.

(P. B, II, f. 118.)

27 mai. — Télégramme. Drouyx à Mousrrer.

Une occupation militaire des Principautés serait à nos yeux le plus grave danger pour la Porte, et pour l’Europe la plus fâcheuse complication. Faites tous vos efforts pour détourner le Divan de cette pensée.

27 mai. — Télégramme. DROUYN à AVRIL.

On m'écrit de Constantinople que si le Prince Charles avait passé par cette ville en se rendant à Bucarest, le Sultan se serait peut-être décidé à le reconnaître.

(P. B. IL, f. 117.)

28 mai. — Télégramme. AvriL à DROUYN=.

Le Prince a télégraphié à Golesco d'exprimer au Sultan ses regrets de n’avoir pu passer par Constantinople à cause de l’état critique des Principautés. I1 renouvelle en même temps sa ferme intention de maintenir la suzeraineté de la

Porte.

(P. B. II, f. 118.)

394 L’ABDICATION DU PRINOE CUZA

28 mai. — AVRIL à DROUYN.

[Le prince Charles à fait dire aux agents qu'il les recevrait volontiers comme personnes privées. Après hésitation, ils sont allés le voir sur le conseil d’Avril.]

28 mai. — TALLEYRAND à DRroUyN. N° 49.

[Confirmation de la dépêche du 24 maiï] ..Le mécontentement contre la Prusse, soupçonnée d’avoir favorisé l’accession au trône hospodaral d’un Prince appartenant à la maison royale, a été très vif, et si M. d’Oubril, vis-à-vis de l'Ambassadeur de l’Empereur à Berlin, n’a pas témoigné de l’irritation de son gouvernement, je sais qu'il a dû l’exprimer en termes fort sévères au [401] comte de Bismarck.

Je ne crois pas que le Prince Gortchakoff veuille aller au-delà d’un blâme nettement formulé. Trop habile pour envenimer en ce moment des discussions déjà de nature fort irritantes par elles-mêmes, il se résout à une modération relative qui, pour moi, est plutôt un symptôme de prudence qu’une tendance à se rapprocher de la politique prussienne dans les Provinces du Danube. La consolidation du pouvoir du Prince de Hohenzollern n’est pas d’ailleurs un fait auquel il puisse refuser toute possibilité et toute probabilité, et si, pour le moment, il ne renonce pas à la combattre par des moyens pacifiques, je ne suis pas éloigné de croire qu’il se renfermera volontiers dans l’inaction, une fois la dignité de sa diplomatie sauvegardée : il recule devant l’idée d’une intervention quelconque, pensant que celle de la Russie entraînerait la nôtre dans un sens contraire et redoutant que l’intervention de la France ne force la Russie à de compromettantes démarches ou ne l’humilie en frappant ses protestations d’inefficacité.…

Le Prince de Hohenzollern a écrit une lettre à l’Empereur Alexandre pour lui annoncer son arrivée en Roumanie, où l’appelait le suffrage [402] des populations.

L'effet n’a pas été heureux, on a trouvé que le nouvel Hospodar le prenait de bien haut, et qu’il affectait de traiter de Puissance à Puissance en parlant d'envoyer à Saint-Pétersbourg un ambassadeur pour notifier son avènement. Le Vice-chancelier lui a fait parvenir indirectement le conseil de ne pas donner suite à ce projet, s’il ne voulait exposer le messager au désagrément de n'être pas reçu...

(P. Pét,., I, f. 400-402.) 29 mai. Télégramme. MousTIER à DROUYN.

L’occupation semble il est vrai au gouvernement ottoman le seul moyen qui s’offre pour résoudre la question et sauver sa dignité; mais si la conférence lui en suggérait un autre, il serait bien aise d’échapper ainsi à la nécessité des mesures dont il sent parfaitement toute la gravité. Je n’ai cessé de faire mes efforts pour amener la Porte à cet ordre: d'idées plus pacifiques et je suis heureux que Votre Excellence

approuve et fortifie mon langage.

(PSC /É9878;)

| 312 29 mai. — APPONYI à MENSDORF. N°0 39 A.

Dans mes récens entretiens avec Lord Clarendon, ce Ministre s’est exprimé avec une grande réserve sur l’attitude que prendra le Cabinet anglais dans la nouvelle phase dans laquelle est entrée l’affaire des Principautés danubiennes. Il s'exprime à la vérité avec beaucoup d’indi- . gnation sur le coup de tête du Prince Charles de Hohenzollern qu’il attribue exclusivement aux instigations secrètes de la France, soutenues par la mauvaise foi du Cabinet de Berlin, mais il persiste d’un autre côté à se prononcer contre le seul moyen de mettre fin à l’état de choses actuel, qui serait une occupation armée de la part des troupes ottomanes — fait qui, selon lui, pourrait provoquer les plus sérieuses complications. Je crains donc que l’indignation de Lord Clarendon restera stérile.

(V. L., Ber.,, I, f. 386.)

29 mai. — MEnspoRFr à METTERNICH et à APPONYI.

J’ai l'honneur de Vous transmettre dans l’annexe copie de deux nouveaux rapports de M. le Baron d’Eder concernant l'élection du prince de Hohenzollern.

Je crois devoir signaler à l’attention de Votre Altesse le jugement que porte notre Agent sur la situation des Principautés et sur l'effet que produirait une intervention militaire. D’après le Baron d’Eder que son long séjour à Bucharest rend particulièrement apte. à former de justes appréciations, le pays n’opposerait aucune résistance sérieuse à l’entrée des forces ottomanes. Cette mesure serait au contraire le seul moyen efficace de réorganiser ces contrées d’une manière salutaire pour leurs propres intérêts et cet avis se trouverait partagé par beaucoup de Moldo-Valaques qui n’osent aujourd’hui exprimer hautement leurs vrais sentiments.

La Conférence vient encore une fois de constater l’illégalité de l’éléction du Prince de Hohenzollern en ordonnant aux Agents des Puissances de n’entretenir aucune relation officielle avec le nouveau Gouvernement. D’un autre côté, la France et l’ Angleterre se seraient fortement prononcées contre toute intervention militaire et pèseraient sur la Porte pour la dissuader d’une pareille entreprise. Il nous paraît cependant difficile qu’on veuille à la fois faire prendre à la Conférence des arrêts [502] et empêcher les mesures qui peuvent seules donner à ces arrêts quelque valeur. Au point où en sont les choses aujourd’hui les Puissances n’ont qu’à s’incliner devant le résultat du vote de l’Assemblée de Bucharest ou à employer des moyens de coercition pour faire prévaloir leur volonté. Puisque le premier de ces partis n’a pas été adopté, il ne reste plus, ce me semble, qu’à avoir recours au second. Sinon les Puissances devront se résigner à voir leur autorité entièrement méconnue et elles n’auront plus qu’à s’abstenir dorénavant de tout essai d’exercer sur les Principautés l’influence collective que les traités leur attribuent. Chaque Puissance se verra alors en droit d’agir isolément et de prendre envers la Moldo-Valachie telle attitude que ses intérêts lui dicteront.

Cette conclusion nous paraît inévitable dans le cas où la Conférence viendrait à se séparer sans pouvoir faire respecter ses décisions. Veuillez Vous exprimer confidentiellement dans ce sens en remarquant que la prolongation de l’état actuel de désordre et d'incertitude dans lequel se trouvent les Principautés sera plus préjudiciable à la prospérité de ces contrées qu’une occupation temporaire devant laquelle tout plierait et qui mettrait fin aux agitations entretenues par les luttes des partis.

Recevez...

(V. P., Exp. I, f. 493 et 502.)

30 mai. — MovusrTrer à Drouyn. N° 64.

… Il est évident que les Turcs s'étaient fait dès l’origine des illusions et ne pensaient pas que le gouvernement provisoire conduirait son plan jusqu’au bout avec autant de persévérance et surtout avec autant de bonheur. On comptait sur les incidents de toute espèce qui pouvaient le faire échouer et en particulier sur le refus du Prince de Hohenzollern. On se croyaït d'autant plus fondé à l’espérer que les nouvelles reçues de Berlin semblaient rassurantes à cet égard.

On a donc été véritablement surpris par l’arrivée à Bukarest du nouvel élu des Roumains et le premier sentiment a été celui d’une grande irritation. On se disait humilié et bafoué et l’on pensait que les Puissances se sentiraient également atteintes dans leur amour-propre et inviteraient elles-mêmes la Porte à châtier l’orgueil et l’insubordination des Moldo-Valaques. [389] J’ai fait des efforts, qui je crois n’ont pas été inutiles, pour calmer cette effervescence et pour appeler l'attention des Ministres du Sultan sur les autres faces de la question.

Entrer dans les Principautés pouvait être honorable et même facile, mais serait-il aussi facile d’en sortir honorablement et avantageusement ? Telle est l’objection que je leur ai soumise et que j'ai développée de la manière qui m'a paru la plus propre à faire impression sur leur esprit.

L’attitude calme et prudente de la conférence de Paris,

lorsqu'elle s’est réunie sur la demande de Safvet Pacha, les a beaucoup frappés. Ils ont remarqué, avec une certaine surprise, que le Baron de Budberg avait été le premier à faire sentir la gravité des résolutions à prendre et la nécessité d'agir avec lenteur et maturité.

D'une autre part Lord Lyons, sans leur donner aucun conseil positif, s’abstenait évidemment de leur fournir aucun encouragement à agir. J’ai lieu de croire que dans les deux réunions ministérielles qui ont eu lieu ici, quelquesuns des nouveaux ministres, plus méfiants à l'égard de la Russie que Fuad Pacha et Aali Pacha, n’auront pas manqué d'engager leurs collègues à se préoccuper un peu de l’intérêt que le cabinet de Pétersbourg pourrait avoir à pousser la Turquie à des mesures inconsidérées et dans tous les [390] cas dispendieuses.

Personne, en effet, ne saurait se dissimuler que la Russie ne voie avec plaisir tout ce qui peut déranger l’équilibre que le gouvernement à tant de peine à établir dans ses finances et ne spécule sur les complications politiques qu’une déconfiture pourrait amener entre la Porte d’une part et d’autre part la France et l’ Angleterre qui ont déjà tant de capitaux engagés en Orient.

Quoi qu’il en soit, à la suite de ces deux conseils le langage du ministre des Affaires Etrangères s'était sensiblement modifié. La question du Prince étranger était descendue tout d’un coup d’une question de principe à une simple question de forme. Pourquoi le Prince de Hohenzollern n’est-il pas venu d’abord à Constantinople, disait-on, tout se serait arrangé. Il nous eût mis dans le plus grand embarras, le Sultan aurait eu la main forcée et l’eût certainement reconnu. Dans tous les cas si l’on a jamais eu l’idée d’agir en dehors de la conférence, on y à bien complètement renoncé aujourd’hui. Non seulement Aali Pacha voit avec soulagement l’ajournement de quinze jours que les plénipotentiaires ont réclamé pour demander de nouvelles instructions, maïs encore il n’hésite plus à reconnaître que l'occupation des Principautés serait une mesure des plus graves et des plus dangereuses à laquelle la Porte n’aurait [391] recours que pour mettre sa dignité à couvert et il se déclare prêt à entrer dans toute voie

DOCUMENTS DIPLMOATIQUES 399

conduisant au même but et qui lui serait SES par la conférence.

Cependant, jusqu'ici, le Sultan n’a pas voulu recevoir la lettre du Prince de Hohenzollern que M. Golesco à entre les mains, bien que cette lettre, datée d'Allemagne et signée de son nom de famille, fût de nature, dit-on, à présenter sous un jour plus satisfaisant toute la conduite du Prince qui, du reste, vient d’écrire de nouveau à M. Golesco par le télégraphe. Il le charge d’exprimer au Sultan tous ses regrets de ce que la situation intérieure des Principautés l’a forcé à passer par Bukarest avant de se rendre à Constantinople, comme cela était son intention. Je ne sais quant à présent quel sera le sort de cette seconde communication sur laquelle les Ministres n’ont pu encore délibérer.

Votre Excellence voit par cet exposé où en est la question à Constantinople au moment où j'écris ces lignes. Safvet Pacha recommande à son gouvernement d’agir avec la plus grande circonspection à la veille d’une guerre ou d’un congrès. Il laisse entendre que parmi les compensations qu’on pourrait offrir à l’Autriche le nom de la Bosnie aurait été prononcé et que celui des Principautés le serait peut-être aussi. Je ne dois pas omettre de mentionner qu’une des craintes d’Aali Pacha, [392] crainte évidemment entretenue par M. de Prokesch, c’est que le Prince de Hohenzollern n’ait l’intention, dans le cas où la guerre éclaterait entre la Prusse et l’Autriche, d'attaquer cette dernière pour faire une diversion. Une phrase semibelliqueuse qui s’est glissée dans la première allocution du prince aux Roumains, semble avoir fait naître cette idée.

Veuillez, etc.

Lettre publiée, avec des suppressions, dans les Archives diplomatiques, 1867, I, pp. 259 sq.)

30 mai. — LA Tour D’AUVERGNE à DROUYN. N° 116.

[Lord Clarendon a été avisé des velléités d'intervention de la Turquie] [278] M. Musurus, en faisant part au Prin-

400 L’ABDICATTON DU PRINCE CUZA

cipal Secrétaire d'Etat pour les Affaires Etrangères de ce télégramme, à paru considérer qu’il appartenait à son Gouvernement, vu les eirconstances, de prendre, de sa propre autorité, une décision de cette nature, et qu’il lui suffisait, pour rester dans les limites de son droit, de faire connaître aux Puissances sa détermination. Lord Clarendon m'a assuré qu'il avait combattu cette idée en rappelant à M. l'Ambassadeur de Turquie qu'aux termes des traités aucune intervention armée de la Porte ne pouvait avoir lieu dans les Principautés sans une entente [279] préalable avec les Puissances intéressées et qu'il avait insisté pour que la Porte ne s’écartât pas, sous ce rapport, des stipulations du Traité de Paris qui se trouvaient reproduites dans la convention du 19 août 1858. Le Principal Secrétaire d'Etat ne m'a pas, d’ailleurs, dissimulé que si les Puissances se refusaient à se mettre d’accord à ce sujet, la Porte pouvait, suivant lui, se croire autorisée à intervenir pour sauvegarder sa dignité et ses droits, sans encourir pour cela le reproche d’avoir enfreint les traités que les Puissances elles-mêmes n'auraient pas voulu défendre. Je n’ai pas manqué de faire remarquer à Lord Clarendon qu’une occupation militaire des Principautés par la Turquie ne manquerait pas, suivant toute apparence, d’amener de déplorables complications que nous devions, les uns et les autres, particulièrement dans l’état actuel des choses en Europe, nous efforcer de prévenir. Il m'a répondu qu'il ne méconnaissait pas les dangers sur lesquels j’appelais son attention, il les avait lui-même signalés, [280] encore aujourd’hui, à M. l'Ambassadeur de Turquie; maïs que, d’un autre côté, il ne pensait pas qu’il y eût moins d’inconvénients pour la Turquie et pour l’Europe à laisser les événements se développer dans les Principautés au mépris de tous les traités, sans chercher à y mettre un frein.

(P. L,, Il, f. 277-280.) 1e7 juin. — Apponyr à Mensporr. N° 40 B.

Aïnsi que je l’avais prévu, Lord Clarendon a entièrement abondé dans le sens des considérations qui terminent la

dépêche de Votre Excellence du 25 mai sur les affaires des Principautés danubiennes. Il m’a avoué que depuis qu’il est aux affaires, il n’a jamais eu à traiter une question sur laquelle il soit plus ombarrassé de parler et qui lui fasse éprouver plus de honte et de dégoût. Il est outré de là mauvaise foi de tous ceux qui ont trempé dans cet indigne complot, et honteux de l’impuissance à laquelle semblent condamnés les grands Gouvernemens de l’Europe dans une question, minime en elle-même, et qui cependant implique de si grands et vastes intérêts. « Si encore on n’avait que la France contre soi, me dit-il, on pourrait espérer [413] de vaincre sa résistance par l’unanimité des autres Puissances; mais voilà la Prusse et l'Italie qui, dans un but facile à comprendre, encouragent cette usurpation! La conférence est donc divisée en deux partis et qu’espérer alors ? Si la Turquie intervient à main armée, comme elle en a la velléité, le remède serait pire que le mal. Il y aurait de la résistance, du sang versé; un cri général s’élèverait en Europe contre l’asservissement d’un peüple chrétien par les Musulmans, contre le fait d’une nationalité opprimée. D'ailleurs comment prévoir les termes d’une pareille oecupation ? Dès qu’elle cesserait, on renverserait ce qu’elle a établi et les mêmes difficultés recommenceraient de plus belle. Il faudrait donc qu’elle soit permanente et vous savez bien qu'on n’y consentirait jamais. Dans l'intérêt de la Porte elle-même, je ne désire pas cette occupation, car pour un succès éphémère elle risquerait de [414] perdre en définitive le peu de pouvoir que sa suzeraineté lui assure. »

Je me permis d'observer qu'avec un Prince étranger et le principe d’hérédité admis, la Porte était bien sûre d’être privée sous peu de son resto d'autorité; qu’il me semblait done qu’elle n'avait rien à perdre en risquant un suecès possible contre une spoliation certaine. Lord Clarendon n’est pas de cet avis : il veut le but, mais ne veut pas les moyens; il déplore l'impuissance de la Conférence et recule devant la seule voie de faire respecter ses décisions. Il se plaint des intrigues et de la mauvaise foi de la France, raais le fait est qu’il a peur de l'Empereur Napoléon et qu’il n’ose pas se séparer franchement de lui dans cette question.

Contre la Prusse, le langage du Principal Secrétaire d’État est d’une extrême violence; il qualifie « d’infâme » la conduite du Roi qui, malgré ses promesses explicites, a favorisé [415] l’escapade du Prince de Hohenzollern en lui accordant un congé, et qui continue à « mentir » en assurant qu’il est étranger à toute cette affaire.

Agréez….

(V. L, Ber., I, f. 412-415.)

1er juin. — DROUYN à Movusrrer. N° 35.

[Compte-rendu de la séance du 25 avril. La Turquie attendra quinze jours la solution proposée par la conférence.]

Il y a, dans cette dernière énonciation, Monsieur le Ministre, une espèce d’avertissement qui présente une certaine [5] gravité si, dans la pensée du gouvernement ottoman, il avait un caractère comminatoire. La Porte se méprendrait singulièrement sur l’étendue de son droit, si, à l'expiration d’un terme qu’elle aurait elle-même indiqué, elle pouvait se croire affranchie de l'obligation d’obtenir l’assentiment des cours garantes préalablement à des mesures militaires (f. 4-5).

[L’ambassadeur de Russie est venu la veille parler dans le même sens que Safvet.] Il a rappelé les résolutions successivement adoptées par la conférence et toujours méconnues à Bukarest; il à ajouté que permettre dans les Principautés l'établissement d’un Prince étranger, c'était prêter les mains à la transformation de l’état politique du pays, consacrer sa complète émancipation, son entière indépendance, laisser porter enfin une grave atteinte au droit international qui a proclamé et garanti l'intégrité de l’Empire ottoman (f. 5).

[La Russie propose donc l’envoi de commissaires, et en cas d’insuccès une occupation turque.]

J’ai répondu à M. le Baron de Budberg en lui rappelant que le droit se trouvait réservé et sauvegardé de la façon la plus formelle [6] par les résolutions de la conférence; pour ce qui nous concernait nous n'avions jamais hésité,

quelles que fussent d’ailleurs nos opinions, à nous associer loyalement à tout ce qui a été fait à cet égard. [Quant aux mesures proposées, elles étaient très graves.] Dans l’état de surexcitation et d'enthousiasme qu’a provoqué parmi les populations moldo-valaques l’arrivée du Prince de Hohenzollern, on doit s’attendre à ce que l'entrée des troupes turques ne s’opère pas sans résistance; la lutte est inévitable. Il ne serait même pas impossible que les Turcs éprouvassent un échec, et dans ce cas qui peut assurer qu'il ne se produirait pas au sein des populations chrétiennes de l’Empire ottoman un ébranlement et peutêtre des mouvemens insurrectionnels qui amèneraiïent les plus dangereuses complications ? Si au contraire les Turcs triomphaient de la résistance qu'ils rencontreraient, croit-on qu'ils pourraient se soustraire au reproche que l'opinion publique en Europe ne manqueraït pas d'élever contre eux d’avoir fait couler le sang chrétien ? Evidemment, si la force matérielle se trouve de leur côté, celle de l'opinion se retournera contre eux et leur intervention militaire n’aura en définitive qu’un résultat plus apparent que réel. Dans toutes les hypothèses, le recours à une occupation militaire me paraît dangereux et inopportun, et nous en déclinons la responsabilité.

(P. C., II, f. 4-6.)

1er juin. — Télégramme. MAVROGENT à BALACEANU.

Notre agent mande de Constantinople que la situation s'aggrave. Les Turcs sont poussés à franchir le Danube par les instigations étrangères et le sentiment religieux surexcité. Les Puissances sur le concours desquelles nous devrions pouvoir compter n’interviennent pas en notre faveur, tandis que celles qui nous sont hostiles agissent. Si M. de Moustier avait voulu parler énergiquement, tout serait déjà arrangé. Son inaction est aussi complète qu'inexplicable. Notre question est abandonnée à sa maîtresse et à son drogman qui appartiennent à nos ennemis. Obtenez de M. Drouyn de Lhuys des ordres urgents pour son ambassadeur.

404 L'ABDIGATION DU PRINCE QUZA

Les Tures révoltent nos garde-frontières; le soulèvement de Calafat à peine apaisé, un autre a éclaté à Tbraïla. Des émissaires turcs eb russes les travaillent. Les insurgés étaient concentrés devant Ibraïla. La troupe les 4 cernés et dispersés sans effusion de sang. Néanmoins la situation pourrait s’aggraver si les Puissances tardent à reconnaître le Prince Charles.

(P. B., EE, £ 137.) 319 à 2 juin. — Télégramme. Avez à Propyx. 1 h. soir.

On craint toujours ici un coup de tête des Turcs. On croit qu’un veto de l'Empereur Napoléon peut seul les arrêter. Ion Ghika va à Constantmople pour négocier un voyage du Prince Charles dans cette ville dès que le Sultan laura reconnu.

RER (À B, El, f. 138.) 2 juin. — Télégramme. Drouyn à AVRIL. 5 h. 3/4 soir.

Dites que pour être en droit de compter sur l'appui du Gouvernement français, il faut suivre ses conseils.

(P. B., IL, f. 139.) 2 juin. — Avriz à Drouyn. N° 27.

[141] ...M. Ion Ghika va à Constantinople pour négocier un voyage du Prince dans cette ville. Il paraît que $. A. n’est pas de facile composition sur les questions de dignité personnelle; mais la négociation dont il s’agit n’offrira de difficulté sérieuse que si les Turcs persistent à refuser de Ea reconnaître. En effet, l’acte d’investiture n’est pas une cérémonie qui se passerait entre le suzerain et le vassal : il consiste uniquement dans lPenvoi d’un firman à Bucarest. La visite de Fhospodar au Sultan est un acte de courtoisie qui n’est même pas prescrit par la convention de 1858; cette visite n’oblige ni à un costume particulier, ni à aucune cérémonie qui puisse répugner..

(P. B., II, f. 140-142.)

DOCUMENTS DIPLOMATIQUES 405 2 juin. — Télégramme. Prokeson à MEeNsporr. N° 26.

La Porte cède À la pression de la France et de l'Angleterre. L'occupation ést ajournée, mais les préparatifs militäires contintent,

Die Pforté weicht dem Drängen Fraükréichs und Englands. Die Okkupazion wird vertagt; was gleichbedeutend sein mag mit Aufgeben, obwohl die militärischen Vorbereitungen fortdauern.

(V. C., Ber.; I, f. 381.)

2 juii: — Drouyx à La Tour p’AuvERGxE. N° 66.

[Drouyn a soulevé des objections d'opportunité à l’application du protocole du 6 septembre.]

[9] Toutes les informations que je possède sur l’attitude [10] des Moldo-Valaques me les représentent comme disposés à résister à une vccupation militaire. L'entrée de l’armée ottomane sur le territoire des Principautés serait donc le signal d’une lutte armée qui aurait, quel qu’en dût être le résultat final, les plus fâcheuses conséquences. il arriverait en effet de deux choses l’une ; ou les Moldo- Valaques opposeraient une résistance sérieuse, et leur succès provoquerait, dans les provinces voisines une effervescence toujours prête à renaître ; ou les Turcs réussiraient dans leur tentative d'occupation, et un fait de cette nature con$idéré comme une menace par les populations chrétiennes de l’Empire ottoman deviendrait un nouvel élément d'inquiétude et de trouble. Les deux hypothèses nous paraîtraient également fécondes en difficultés de tout genre, et, à un moment Où lés Cabinets doivent redoubler de prudence pour prévenir des éventualités semblables, il ne nous sefait pas possible d’assumer une part de responsabilité dans les mésures qui proyoqueraient ces embarras et ces dangers.

(P. L; It, À: 8-10:)

4 juin. — La Tour D’AUVERGNE à Drouy—. N° 120.

[Clarendon continue à déplorer les événements de Bucarest mais reconnaît les dangers de-l’intervention. Il a chargé Cowley de dire que l’Angleterre ne s’opposeraiït pas à ce que la Turquie envoyât des commissaires, mais à ses risques et périls].

= (P. L, IIL, £. 24-26.) | 6 juin. — TALLEYRAND à Drouyx. N° 52.

La récente conversation que Votre Excellence a eue avec le Baron de Budberg au sujet des Principautés danubiennes me dispense de revenir sur les principaux arguments qu’invoque le Prince Gortschakoff, lorsqu'il demande la stricte exécution des mesures concertées autrefois en cas d'infraction aux clauses de la Convention organique.

En se plaçant sur ce terrain, le Vice-chancelier me paraît surtout avoir en vue de se montrer le [17] rigoureux observateur des engagements diplomatiques et de profiter d’une situation qui lui permet d’opposer une série d’arguments tout faits aux instances de ceux qui se font les défenseurs de besoins nouveaux et de concessions intelligentes. Aïnsi, je suis convaincu qu'il s’est rendu compte autant que personne des dangers que pouvait amener l'intervention de la Turquie dans les Principautés danubiennes et que les embarras prévus et signalés par Votre Excellence n’ont pas échappé à sa perspicacité. Le fait même de n'avoir pas poussé la Porte aux mesures violentes lors de l'installation du Prince de Hohenzollern prouve qu’il reconnaît, tacitement du moins, les avantages d’une situation passive. Je n’ai donc pas lieu de croire que le Prince Gortschakoff ou l’Ambassadeur de Russie se soient fait de grandes illusions sur le succès probable de leur plaidoyer en faveur de mesures dont ils doivent au fond redouter les conséquences; mais ils continueront à en prôner l'efficacité et à se féliciter de la tenue classique de leur diplomatie, tant qu’ils verront avantage à combattre nos procédés vis-à-vis des Roumains...

[Costaforu et Boerescu, venant de Paris, ont été reçus à titre officieux par Goréakov. D’après leur récit, le chancelier leur aurait reproché le manque de gratitude de la Roumanie pour le sang russe versé pour elle. La situation agitée des Principautés est contraire aux intérêts russes et l’arrivée du prince Charles ne l’a pas améliorée; si le parti radical, qui tient le Prince qu’il a amené, ne renonce pas à ses excitations, la Russie devra prendre des mesures. Au sujet de l’élection, contraire aux traités, la Russie ne peut promettre qu’une attitude passive (18). L’orthodoxie russe s'inquiète des espoirs catholiques nés de l’avènement d’un prince catholique. Goréakov ne comprend pas la conférence qui devrait ou se dissoudre ou se faire respecter; il ne croit cependant pas à la possibilité d’une pression par les armes. Il conçoit quelque ombrage de l’influence de la France : Alexandre eût été un bon protecteur; pourquoi la délégation est-elle venue si tard ? Il donne à entendre que le gouvernement russe, auparavant, « e nvisaget comme un fait possible, et dans l’ordre matériel des choses futures, l’indépendance complète des Principautés. »

Le directeur des Affaires asiatiques, Stemaukov, déclarait il y à peu de temps : « Les Turcs ont eu, à deux reprises, l’occasion belle pour entrer dans les Principautés et ils n’en ont pas profité. Le moment passé, il serait imprudent d'y songer aujourd’hui et de courir le risque de rallumer l'incendie en Orient. La question roumaine doit dormir pendant quelque temps et ne pas compliquer les graves intérêts qui se débattent en Allemagne et en Italie. » Talleyrand croit que ces paroles exprimaient la pensée de Goréakow.]

(P. Pét., II, f. 16-19. — Copie dans P. B., II, f. 147-151.)

8 juin. — TALLEYRAND à Drouyx. N° 53.

[Les deux députés roumains ont vu Stemaukov, qui à longuement causé avec eux et a même laissé entendre qu’un mariage Leuchtenberg ne serait pas mal vu en Russie, puis ils ont revu Goréakov « qui ne toucha pas ce sujet délicat mais les reçut avec beaucoup de cordialité et d’enjoue-

ment (22). » Il leur dit que la Russie était liée par la conférence] mais que cette conférence allait être dissoute, ce qui ne pouvait qu'être favorable à leur cause, le Gouvertement de l'Empereur Alexandre reprendrait sa liberté d'action ét tiendrait à prouver qu'il était prêt à en usef pour le bien des Principautés (23). [La Russie demandé deux garanties : des mesures contre les réfugiés politiques et l’éloignement des rouges ; et l'annulation de certaines mesures religieuses du prince Cuza. Costaforu ét Boerescu lui ont donné des assurances à ce sujet. Le revirement de Gortakoy s'explique sans peinte par la situation en Allemagne].

[24] Adopter résolument une manière de voir favorable au Prince de Hohenzollern, c’est pour le prince Gortschakoff marcher à un double but: complairé à la France ét à la Prusse, — éloigner de plus en plus l’Auütriche des provinces moldo-valaques, en ÿ fondant une dynastie. Dès l’arrivée du Prince Charles à Bucharest, j'ai dit à V. Ex. que la Russie né pousserait pas la Porte à des mesures violentes par crainte des conséquences d’une intervention; qu’'Elle se bornerait à protester diplomatiquement et à adopter uñe attitude passive: que le Vice-chancelier déviait nécessairément faire entrer dans ses combinaisons là possibilité de l'établissement du nouveau Prince de Roumanie; et qu’enfin il abandonnerait le rôle de scrupuleux observateur dés traités le jour où il trouverait avantage à ne plus [25] combattre nos bienveillantes dispositions pour la Moldo- Valachie. Le moment, paraît-il, ést arrivé, grâcé aux rédoutables éventualités au devant desquelles l’Europe semble marcher et qui ont exercé, j’en suis convaincu, sur l'esprit de l'Empereur Alexandre et de son ministre une influence plus rapide et plus décisive qu’on ne pouvait l’espérer il y a quelques jours encore...

(P. Pét., IT, f, 22-25.) 27 mai/8 juin. — Ion Gxica à MAvVROGENI.

Débarqué hier mercredi, je me suis aussitôt fait annoôncet chez Son Altesse Aali Pacha qui m'a fait dire qu'il m'atten-

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