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- dait le lendemain dans la matinée. J’ai profité de la journée
pour aller voir M. le Marquis de Moustier ; voici à peu près le résumé de mon entretien avec l’ambassadeut de France. D'abord très bienveillant et très bien disposé pour notre cause, il m'a dit qu'il était persuadé que lés Turcs seraient péut-être entrés dans les Principautés s'ils avaient été prêts militairement et que la chüte de Fuad Pacha tenait aussi 6n partie au dépit de n’avoir pas trouvé les troupes en mesure de passer le Danube en force. Que l’arrivée dé bonnes troupes égyptiennes pourrait enhardir les Turcs et qu'Omer Pacha était tout feu et désir d'aller à Bucarest. Ti m'a dit qu’il engageait les Turcs à ne pas passer le Danube et leur conseillait de s'entendre avec fous; mais qu'il parlait comme de ses convictions pérsonnelles, sans 8e permettre d'exercer une pression pour né pas se trouver en désaccord avec Lord Lyons qui se tenait toujours un peu en arrière, car l'Ambassadeur d'Angleterre dit aux Turcs de ne pas éntrer contrairement aux traités, nuance à laquelle il m'a sémblé que Son Excellence attachait une certaine importance, car il m'a engagé beaucoup à pousser Lord Lyons à prendre une attitude plus décidée afin qu’il puisse agir àvec plus de vigueur. Il m’a dit qu'il croyait que le Prince ferait bien de venir à Constantinople avant même qu'il soit reconnu par la Porte, après toutefois s'être assuré d’une bonne réception.
Ce matin jé me Suis rendu chez Son Altesse Aali Pacha qui a déroulé devant moi toutes lés considérations que nous avons déjà lu [sic] dans les dépêches de M. Golesco. Le Ministre des Affaires Etrangères a beaucoup insisté sur là susceptibilité blessée du Sultan et sur le mäintien strict de la lettré dés traités en principe, me disant qu'il y avait danger pour les deux parties de s’en éloigner, d'autant plus que dans la dernière conférence les représentants de Russie et d'Autriche auraient déclaré qu’ils s’abstien: draient de toute participation aux délibérations ultérieures dès qu’on ne voulait plus respecter les engagements pris et qu’il ne restait à leur gouvernement d’autre parti qu’à prendre conseil de leurs propres intérêts. J’ai répondu sur le premier point que la susceptibilité du Sultan ne pouvait pas être en jeu dès que les relations entre les Prin-
cipautés et la Cour suzeraïine restaient ce qu’elles avaient été auparavant; que d’aïlleurs notre intérêt nous guidait à chercher à maintenir ces relations qui seraient pendant longtemps encore une garantie pour notre nationalité et que l’idée d’indépendance n’existait pas chez nous chez aucun homme sérieux et qu’elle ne pouvait naître que d’une opposition systématique de la part de la Porte; et quant aux menaces de l’Autriche et de la Russie de nous retirer sa garantie, elle ne serait à considérer que dans le cas où l'entente n’existerait pas entre les deux parties intéressées, c’est-à-dire entre les Principautés et la Sublime Porte; mais que dans le cas d’une entente la garantie n’avait pas lieu de s'exercer; que je croïs que cette entente nous était conseillée à nous aussi bien qu’à la Porte par !les vrais [391] amis de la Turquie et que ceux qui nous poussent les uns ou les autres dans une autre voie n’étaient peut-être pas désintéressés dans des plans de compensations territoriales qui seraient même poussées plus loin qu’on ne saurait le supposer. J’ai beaucoup appuyé sur le danger qu’il y aurait pour l’Empire ottoman de laisser la question des Principautés ouverte pendant la guerre qui se préparait, tandis que le Prince reconnu et l’entente rétablie, elle pouvait garder sa neutralité et se mettre à l’abri de toute complication. Après une discussion qui a duré plus de deux heures, Son Altesse m’a dit qu’il y aurait conseil dans la journée et qu'il rendrait compte de ma conversation, et il m’a engagé d'aller voir demain le Grand Vizir et lui parler. J’ai quitté le Ministre des Affaires Etrangères persuadé que mes paroles ont produit un bon effet.
Son Excellence [Wefyk Efendi] m’a dit que les formalités de la demande par le Prince et la Chambre à la Porte n’avaient pas été remplies et que la dépêche télégraphique adressée par Son Altesse Sérénissime à Fuad ne pouvait en tenir lieu. (Acad. Roum., n° 4862, f. 390-391.)
8 juin. — Drouyx à Movsrier. N° 37.
[Devant la désunion des Puissances, la France, l’Angleterre et l'Italie étant hostiles à l’idée d’intervention préco-