‹ L'Abdication du Prince CuzaChapitre 7 sur 43 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

mais l’âme roumaine ne s’est pas livrée aux ennemis de la Puissance émancipatrice. Elle lui à été reconnaissante de lui avoir donné un très grand roi, et elle n’a pas craint de résister aux sentiments de ce roi, bien-aimé pourtant de son peuple, dans les grandes circonstances où la France s’est trouvée en péril. C'est sous le règne d’un Hohenzollern que le Parlement de Bucarest a fait parvenir en 1871 une adresse de sympathie à la Chambre française, et le même Hohenzollern s’est incliné, en 1914, devant la volonté absolue du peuple roumain de ne pas tirer l’épée contre la France. Et c’est encore un Hohenzollern qui a eu l’admirable courage d’accomplir les destins de sa nation d’élection contre sa propre famille. En définitive, l'Empereur avait été heureusement inspiré, et il n’est que juste de lui faire une part dans l’étonnante résurrection de la Roumanie moderne. La reconnaissance, sincère et vivante, que celle-ci garde au dernier: des Napoléon est non seulement touchante parce qu’elle s’adresse à un vaincu, elle à la valeur d’un jugement historique.

Nous ne voulons point terminer ces quelques mots sans exprimer notre gratitude à toutes les personnalités, françaises ou étrangères, qui nous ont facilité nos recherches et notre tâche de documentation : en France, M. Emile Bourgeois, dont la grande autorité et les précieux conseils nous ont mis sur la voie de mainte réflexion intéressante ; M. Mario Roques, dont la parfaite connaissance des questions roumaines nous à plusieurs fois été fort utile, et MM. Pingaud et Rigaud, directeur et chef des Archives du Quai d'Orsay, qui ont mis la meilleure bonne grâce à nous faciliter l’accès des inestimables dossiers dont ils ont la garde; à Bruxelles, M. Henri Grégoire et M. H. de Ridder, qui ont bien voulu aïder à nos recherches sur l’incident du comte de Flandre; à Vienne, Son Excellence M. Clauzel, ministre de France, dont la précieuse recommandation nous a ouvert toutes grandes les portes du Ballplatz, et M. le Dr Gross, directeur adjoint des Archives autrichiennes, dont l’accueil empressé et l’exquise urba-

aus PRÉFACE

nité nous ont permis de largement nous documenter à cette source de tout premier ordre; en Roumanie enfin, M. I. Bianu, directeur de la Bibliothèque de l’Académie roumaine (et actuellement président de ladite Académie), grâce auquel nous avons pu, un des premiers, prendre connaissance des documents Cuza; M. le général R. Rosetti, dont les souvenirs de famille et la vaste érudition nous ont abondamment ‘aidé et dont l’active sympathie nous a fort encouragé dans notre œuvre; M. Georges Brätianu enfin, qui nous honore de son amitié et à qui nous ne saurions assez dire notre gratitude pour l'intérêt qu'il à témoigné à nos investigations : descendant à la fois de Jon Brätianu, le principal auteur de l’événement de 1866, et du prince Cuza lui-même, apparenté aux Sturdza et à la haute boyarie moldave, il nous a donné l’occasion de vivre, pour ainsi dire, dans l’atmosphère historique du livre que nous méditions. À tous, qu’il nous soit permis de dire ici un sincère et profond merci. Puissions-nous, en retour, avoir apporté quelque lumière sur un point d’histoire intéressant et donné, dans la mesure de nos moyens, à deux pays qui nous sont également chers, la France et la Roumanie, de nouvelles raisons de se connaître et de s'aimer.

Varennes-sur-Seine, août 1929,

Ma ren dr decd: Tune à | RSR

Le 11/23 février 1866, à 4 heures du matin, une troupe de conjurés armés pénétrait, grâce à la connivence des officiers de la garde, dans le palais d'Alexandre Jean Cuza, hospodar des Principautés Unies de Moldavie et de Valachie, parvenaiït sans encombre à la porte de la chambre du Prince et l’enfonçait. Celui-ci, réveillé en sursaut, fit mine de résister; mais, après une hésitation assez courte, il se ravisa et c’est sans se faire prier qu’il signa l’acte d’abdication qu’on lui présentait tout préparé. Tandis que la princesse Marie Obrenovië, la célèbre favorite, surprise elle aussi par l’invasion, pouvait s’habiller derrière l’écran qu’un officier lui faisait de son manteau et se retirer sans être inquiétée, le prince Cuza était arrêté, ainsi que son fidèle secrétaire, le Français Baligot de Beyne, qui fut relâché d’ailleurs peu après. Les conjurés firent main basse sur les papiers politiques de l’hospodar, tinrent ce dernier au secret pendant quelques heures et constituèrent une lieutenance princière qui, le même jour, à 3 heures de l’après-midi, fit proclamer le comte de Flandre, frère du roi des Belges Léopold II, prince de Moldo-Valachie sous le nom de Philippe Ier (1). Deux jours après, l’ordre n'ayant pas été troublé, le prince Cuza était autorisé à

(1) Tous ces détails sont relatés dans une correspondance du baron Eder, ere d'Autriche à Bucarest, à Mensdorf, ministre des Affaires Et o8

d'Autriche, en date du 24 février 1866 (Vienne, Bucarest 1866, Beri XXXVITI-148, I-VI, f. 143-1-47). Cf. nos 47-58.

quitter le pays avec sa femme, la princesse Hélène, et le 26 février la police autrichienne de Kronstadt (Brasov) télégraphiait à Vienne qu’ils étaient arrivés l’après-midi dans cette ville et étaient descendus à l'Hôtel Bucarest (1). ÿ

Cette révolution, souvent décrite, à frappé généralement les historiens par sa soudaineté et sa facilité. Ils en ont conclu, un peu rapidement peut-être et sur la foi des vainqueurs, à l’impopularité du prince déchu; et les déclamations haineuses de ses adversaires et des publications officielles ont accrédité la légende d’une tyrannie odieuse jetée bas, aux applaudissements de tout un peuple, par un groupe d'hommes éclairés et patriotes formés à l’école libérale de la France. La réalité est plus complexe.

Le règne du prince Cuza, malgré la belle étude que lui a consacrée Xenopol (2), n’est peut-être pas connu comme il le mériterait. Avec de gros défauts, Alexandre Jean fut ün grand prince, le premier qui ait réellement commencé la réorganisation des Principautés, et sa chute tient à des raisons très diverses où l’animosité nationale n’a aucune part. Bien que le sujet ait été plusieurs fois traité, nous allons essayer, documents en mains, de résumer ce que l’on peut avancer à peu près sûrement à ce propos.

' $ $ 1. — L'œuvre pu PRINCE CUZA ET LES RAISONS DE SA CHUTE.

Le brillant règne du roi Charles Ier, qui fut un des souverains les plus remarquables de l’Europe du xix° siècle, a fait tort, en les éclipsant, aux efforts sincères et énergiques de son prédécesseur. C’est un lieu commun que de reprocher à Cuza les désordres de sa vie privée et son incurable indolence. Cependant ces désordres n’ont point fait proprement scandale (sauf peut-être le jour où äl adopta ses enfants adultérins, et encore cet acte fit-il sensation plutôt parce qu’on affecta d’y voir l'intention de fonder une dynastie), et surtout l’on peut affirmer, à

(1) Zbid, f. 206.

(2) À. D. Xæworor, Domnia lui Cura Vodü, 2 vol., Iasi 1908.

son honneur, que ses aventures ne lui ont jamais fait oublier les devoirs de sa charge. Quant à son indolence, elle était réelle, mais intermittente; elle était faite d’une certaine apathie orientale, maïs aussi de découragement devant la grandeur et les difficultés de la tâche, d’amertume devant la violence des attaques d’adversaires jaloux et intéressés, enfin d’un scepticisme assez complet, fruit de l’expérience, à l’égard de la valeur des consciences. Ti ne faut pas oublier non plus l’affaiblissement progressif de sa santé, qui l’obligea, notamment, à une cure à Ems en 1865; et l’on sait qu'il est mort jeune, à cinquante-trois ans, sept ans seulement après être descendu du trône. Cette prétendue paresse n’empêchait d’ailleurs ni la clarté des idées, ni la volonté de bien faire. Tillos, agent de France à Bucarest, qui n’est pas tendre en général pour Cuza, reconnaît cependant implicitement la bonté du choix de 1859 lorsqu'il fait de lui, en novembre 1865, cet éloge négatif : « C’est un paresseux; mais c’est encore ce qu’il y à de moins mauvais dans le pays » (1). Et nous devons avouer que cette impression d’indolence s’atténue singulièrement à la lecture des correspondances politiques confisquées,

comme nous l’avons rappelé plus haut, par les conjurés, et qui se trouvent maintenant, par les soins de M. Bianu,

à la Bibliothèque de l’Académie roumaine. Si le prince n’aimait pas le détail du travail administratif, ces papiers montrent avec quelle application il poursuivait la solution des grandes questions qui s’imposaient à son attention. On y voit jour par jour quelles luttes, pour faire accepter les réformes les plus insignifiantes, le prince à eu à livrer. contre l’opposition, contre les Turcs, contre l’Europe; on comprend mieux quelle diplomatie prudente et avisée ont dû déployer ses remarquables représentants à l'étranger, Jean Aïlecsandri, à Paris, et surtout Costache Negri, à Constantinople, pour faire admettre les moindres innovations, les plus timides essais de réorganisation ; de quelle vatience et de quelle vigueur tour à tour l’hospodar luimême a dû faire preuve aussi bien à l’endroït des Cours européennes qui ne perdaient pas une occasion de le tancer,

(1) Lettre de Baligot à Bärdeanu, Acad. Roum., n° 4862, f. 332.

que devant une opposition tenace, composée de boyards tous plus ou moins prétendants au trône et attachés à leur régime féodal, ou de libéraux imbus d’idées de 89 dont, plus ou moins sincèrement, ils rêvaient l’application dans un pays vassal de la Porte. Il faut souhaiter que ces papiers soient un jour publiés intégralement; ils expliqueront, mieux que tout autre document, la vie politique de ces années de fermentation et de résurrection, et les atermoiements d’un prince courageux, désintéressé, animé du plus sincère patriotisme, bien décidé à triompher des obstacles, mais sachant qu'avec les Ottomans, plus encore qu'avec la diplomatie européenne, la réussite ne pouvait sortir que de l’emploi simultané de la ruse, de la patience et de certaines vigoureuses audaces aussi subitement accomplies que longuement et secrètement préparées. C’est même merveille qu’au milieu de telles entraves le prince Cuza ait pu mener à bien tant d’entreprises importantes. Il avait réussi à faire accepter sa double élection par la Porte et les Puissances, toutes hostiles à l’Union des Principautés, sauf la France. Il était parvenu, par de savantes manœuvres, à préparer doucement, puis à pro-. clamer, en 1861, la suppression de cette fameuse frontière du Milcov, l’insignifiant ruisseau qui séparaït la Valachie de la Moldavie, plus profondément, par la volonté des Puissances, qu’un bras de mer ou qu’une montagne inaccessible. Il avait pu commencer, avec l’aide d’une mission française, une réorganisation militaire dont le prince Charles de Hohenzollern, élevé à la prussienne, ne paraîtra pas autrement enthousiaste à son arrivée en Roumanie (1), mais qui n’en marquait pas moins un premier pas en avant et qui devait même donner à la jeune armée roumaine quelques-uns des principes sur lesquels elle vit encore aujourd'hui. Il avait, s’enhardissant peu à peu, réalisé cette grande réforme de la sécularisation des couvents « dédiés », bravant les foudres de la Russie, de l’Angleterre, de la Turquie et le mécontentement de la France pour mettre fin à l’un des abus les plus criants dont se plaignaient les Principautés. Il avait enfin réalisé ce coup

(1) Aus dem Leben Kônig Karls, p. 46.

| INTRODUCTION 5 d’audace de suspendre la Constitution en 1864, d’en promulguer une autre, et, à la faveur d’une sorte de « despotisme éclairé », d'accomplir ce fameux partage des terres qui précède de peu la réforme d’Alexandre IT et constitue pour le paysan roumain la première charte d’affranchissement qu'il ait connue avant la grande loi de 1919. Peu de gouvernements ont pu se vanter d’avoir, en cinq ans, réalisé d’aussi profondes, d’aussi importantes, d'aussi décisives réformes. Tout cela n’allait point sans soulever des animosités. Jalousies des prétendants au trône dont il gênait les ambitions, rancunes des boyards dépossédés, colères des Puissances dont il déjouait les calculs égoïstes ou l’imprévision, inquiétudes du pouvoir suzerain devant le réveil d’une nationalité chrétienne, ressentiment des partis avancés dont il repoussait les utopies, Cuza, en définitive, avait tout bravé pour accomplir ce qu’il considérait comme les destinées de son pays. Comme le monde n’est mené que par les intérêts personnels, il devait fatalement venir un jour où le prince qui avait créé la Roumanie verrait s'élever subitement sur sa route un mur formé de toutes les hostilités qu’avec une belle insouciance il avait fait naître sous ses pas, et contre lequel il se briserait. |

Si le prince, au début de l’année 1866, se trouvait de toutes parts entouré d’ennemis, c’est avant tout du parti avancé que vint le coup.

Ce parti des Rouges, comme on l’appelait, était dirigé par des hommes remarquables, comme Ion Brätianu, C. A. Rosetti, Ion Ghica, etc., qui devaient donner toute leur mesure sous le règne du prince Charles, mais qui jusqu'alors, presque toujours relégués dans l’opposition, n’avaient point encore été à même de manifester leurs talents. Sans doute ils avaient soutenu Cuza, contre les conservateurs, dans ses efforts en vue de l’Union. Mais, celle-ci réalisée, ils s'étaient séparés de lui, parce qu’ils avaient peur de le voir poursuivre des fins personnelles. Ces craintes, avec le recul du temps, paraissent peu fondées ; la facilité avec laquelle Cuza a accepté sa chute, son désir maintes fois exprimé, et souvent sincère, de se démettre de sa dignité, sa conviction toujours affirmée

que la.Roumanie ne pouvait être gouvernée que par un prince étranger, rendent peu vraisemblable l’idée qu’il aspirait au pouvoir absolu. Cependant les craintes du parti avancé avaient paru se justifier au moment du coup d'Etat de 1864; on oubliait que ce coup d'Etat avait été rendu inévitable par l'attitude des partis.

Dès 1863, en effet, les libéraux, par crainte d’une dictature, s’étaient rapprochés de l’opposition conservatrice; le terrain d’entente fut trouvé dans la question du Prince étranger, sur laquelle tous les partis étaient d'accord. Ainsi naquit ce qu’on a appelé la « coalition monstrueuse », où l’on vit les Rouges renoncer même à leur programme agraire pour pouvoir collaborer avec les conservateurs. Quelques esprits lucides, Kogälniceanu, Papadopol, dénonçaient les ambitions cachées sous les revendications du Prince étranger (1). Le prince Cuza lui-même, dans son mémorandum sur le coup d'Etat, rédigé par Baligot, donne une appréciation assez juste de ce cartel : « Ses chefs, dit-il, les plus remuants sont les prétendants dont les candidatures ont échoué en 1859 et ses meneurs sont les hommes qui entretiennent dans les Principautés Unies, par leur langage et leurs écrits, la fièvre des idées révolutionnaires. La coalition s’est instituée la protectrice de nos libertés constitutionnelles. Son but le plus immédiat n’est ici un mystère pour personne : c’est le renversement de l’ordre de choses inauguré par ma double élection et sanctionné par la Sublime Porte et les Puissances Garantes. Quant au but réel, plus éloigné, les uns, les prétendants, le voient dans le retour au dualisme passé qui offre plus de chance de parvenir au Trône; pour les autres, les ultra-libéraux, il se perd dans de vagues utopies empruntées à un bizarre mélange des idées de la première révolution française et du socialisme moderne, ou bien (je parle des plus sages) dans les rêves d’un patriotisme exalté dont la réalisation ne vise à rien moins qu’à un remaniement considérable de la carte de l’Europe » (2).

Tout cela est très exact. Si l’application d'idées socia-

(1) XeNopor, Istoria partidelor politice, p. 443.

(2) Circulaire aux agents des Principautés, minute dans Acad. Roum. n° 4863, f, 203 v.-204 re ner ;

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listes n’a jamais été sérieusement envisagée par les libéraux, le côté impérialiste de leur programme est certain. Nourris des idées de liberté et de conscience nationale répandues par la France révolutionnaire, idées opprimées mais non détruites par le Second Empire, ils supportaient impatiemment le joug ottoman imposé à leur pays et le morcellement de leur race. Depuis de longues années, en France, de nobles esprits, Michelet, Quinet, exaltaient l'avenir des Principautés et mêlaient leur grande voix aux appels des populations captives (1). Rosetti, nourri d’amitiés françaises, Brätianu, lié avec les révolutionnaires français, Ton Ghica, grand seigneur, ancien bey de Samos, plus ou moins prétendant au trône roumain (2), rêvaient une Roumanie forte, unissant tous ses fils en une seule nation, et avaient retrempé en Occident la foi des anciens ciocoi, ancêtres du parti. Xenopol, dans son excellente Histoire des partis roumains, fait remarquer avec raison que les revendications valaques avaient commencé (entre 1825 et 1830) par être nationales avant d’être libérales (3). Forts de cette ancienne tradition, les libéraux reprochaïent au régime Cuza ce qui était plutôt une résultante des circonstances, la sujétion à l'égard des Turcs, la timidité à l'égard de l’Europe. En 1866, dès les conversations de Düsseldorf, le D' Davila, l'organisateur français du service sanitaire roumain, qui accompagnera Ion Brätianu dans ses démarches, déploiera devant le prince Charles une carte

q On nous permettra de citer ici, entre bien d’autres correspondances, une lettre de J. Michelet à son ami C. A. Rosetti, datée du 7 novembre 1861, que nous extrayons des manuscrits de l’Académie Roumaine eb où l’on sent comme la grande âme poétique du célèbre historien s’efforce d'entendre la plainte des peuples vaincus du Proche Orient. « Si je ne vais point vous voir, cher monsieur, c’est précisément parce que je pense à vous, parce que je suis noyé dans les flots de votre Danube, je connais plusieurs de vos anciens chants qui sont admirables, je connais les chants serbes, Je voudrais bien me ‘compléter dans cette étude de la littérature populaire et des mélodies danubiennes. N’y a-t-il pas aussi des poésies propres au fleuve, chants de bateliers, ete. Si vous pouvez me renseigner là-dessus vous m'obligerez fort — cherchant l’unité du Danube, son genius et son âme, je voudrais dans ces ‘diverses mélodies, saisir la plainte et le soupir du grand fleuve captif.. À qui demanderais-je cela plus qu’à vous, qui êtes peut-être sa plus toucliante voix ?.. » (Acad. Roum., Coll, OC. A. Rosetti, « Autograïfe », IT, enveloppe 43.) (2) C£. plus bas, p. 9. Il n’est pas inutile de rappeler que dès 1863 les Daily News lui prétaient ces vues ambitieuses (cf. XENoPOI, Dommia lui Curza Voda, p. 275, n. 43).

(3) Xeworoz, Istoria partidelor politice, pp. 137 sq.

de tous les pays habités par des Roumains, Transylvanie, Banat, Bukovine, Bessarabie, déclarant qu'ils doivent revenir un jour à la Couronne (1). Admirable confiance dans les destins du pays, en un moment surtout où tout s’opposait à leur réalisation! Mais le prince Cuza, que la connaissance de la vraie situation rendaiït plus prudent (2), n’avait-il pas raison de s’opposer à un parti dont le credo devait se heurter à la volonté irréductible de la Porte, des pays voisins et des Puissances « garantes », qui paraissaient ne pas toujours savoir d’une façon précise si cette garantie s’appliquait aux droits de la Turquie ou à ceux des Principautés ? L'événement, cependant, a justifié le coup d’audace de Ion Brätianu et de ses amis, puisque leur élu réalisa l'Indépendance et le Royaume, et que son successeur, à la faveur d’une seule guerre, réunit d’un coup à la Vieille Roumanie toutes les provinces restées hors de ses frontières. Mais il est juste de dire qu'il a fallu (toute la série de documents que nous publions va le montrer) un exceptionnel concours de circonstances pour que l’Europe ait laissé s’accomplir les événements de 1866.

A côté de préoccupations nationales, les libéraux, en faisant opposition au régime, restaient fidèles à leur programme de politique intérieure. Adversaires du pouvoir personnel, ils furent encore beaucoup plus irréconciliables après le coup d'Etat, d’autant plus que les Puissances, par l’article 3 de l’acte additionnel à la Convention de 1858, rédigé le 28 juin 1864, reconnurent au gouvernement le droit de prendre en cas d'urgence des mesures même en l'absence du Parlement, à la seule condition de les lui soumettre à la rentrée (3). La coalition, en rendant tout

(1) Mémoires du prince Charles, éd. française, p. 9.

(2) On peut en juger ES ce projet de discours à une députation transylveine, qui porte la date de Fälticeni, 7 mai 1863. La députation étant arrivée trop tard, l’allocution n’a pas été pronos mais la minute existe dans les

apiers de Cuza : « Je suis heureux de vous voir et de recevoir vos félicitations.

e comprends que des enfants de la vieille race roumaine aient désiré saluer le prince que la plus grande partie de cette race s’est librement donné. C’est à ce titre d’étroite parenté que k vous ai reçus et je désire qu'il ne soit pas donné à cet acte ni à mes paroles une signification autre qu'un échange de fraternelle courtoisie. Je vous félicite, messieurs, des progrès de tout genre que vous avez su réaliser sous le sceptre de la Maison d’Autriche et je fais des vœux bien sincères pour le développement de la FR des Roumains d'au delà des Croatie », (Acad. Roum., n° 4860, F. 108).

(8) Texte de l’acte dans Archives diplomatiques, 1865, II, pp. 884 sqq.

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