‹ L'Abeille; journal d'entomologieChapitre 276 sur 335 · M. CH. PIOCHARD DE U BRÛLERIE · texte numérisé non relu

M. CH. PIOCHARD DE U BRÛLERIE

Membre de la Société entomologique de France.

Mandibules fortes, épaisses, recourbées à Textrémité, à pointe assez mousse, à bord interne peu tranchant, avec une molaire près de la base, fortement sillonnées à leur côté externe, à bord supérieur épaissi surtout près de la base. Languette épaisse, plus ou moins cornée, assez avancée, ses paraglosses libres dans une assez grande partie de leur longueur. Labre très-mobile, pubescent. Antennes couvertes d'une courte pubescence soyeuse à partir de la moitié antérieure de leur 3® article, hérissées de poils roides assez longs et assez nombreux môme sur le !«' et sur le 2®. Tous les. articles des palpes hérissés de poils roides, le dernier plus ou moins ovoïde, un peu tronqué à l'extrémité. Pattes robustes, trochanters très-développés, portant toujours plusieurs poils, cuisses comprimées, garnies de poils semblables à ceux des trochanters, plus ou moins nombreux à leur bord inférieur, tibias prismatiques, -recouverts d'une courte pubescence roide, serrée, et armés de petites épines sur leurs arêtes, un peu élargis à leur extrémité antérieure, quelquefois dilatés d'une façon plus ou moins sensible à leur angle apical externe en forme d'éperon plus ou moins avancé, portant à leur côté interne deux éperons articulés, l'un antéapical et l'autre apical, toujours simples; tarses le plus souvent simples dans les deux sexes, à articles assez épais, L'Abeuxb, XI. — 1873, Février. i

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courts, triangulaires, armés de chaque côté, en dessous, d'une rangée de petites épines, un peu pubescents en dessus, les quatre premiers dilatés quelquefois chez les mâles, plus ou moins fortement ; dans ce cas ils deviennent un peu carrés avec leurs angles arrondis et sont garnis en dessous de brosses de poils. Repli de la base des élytres formant le plus souvent le contour môme de la partie de cette base visible en dessus, ne constituant pas sur Tépaule un angle distinct', visible en dessus, excepté dans le genre Penthus où ce rebord est entier et tout-à-fait semblable à celui des Harpalides. Tégument le plus souvent ponctué, ponctuation presque toujours pilifère, points ayant une tendance à s'ombiliquer ; pores sétigôres frontaux ne manquant jamais (un seul de chaque côté, près des yeux, comme chez les Harpalides et Ghlaenides), non plus que ceux (un seul de chaque côté également) du milieu des côtés du prothorax, mais souvent peu distincts et confondus au milieu de la ponctuation générale qui, elle aussi, est plus ou moins onôbiliquée ei sétigôre, surtout sur la tête et les côtés du prothorax. Insectes ordinairement robustes, à tête grosse, à corps épais, à prothorax souvent rétréci brusquement vers la base, ce qui le rend pédoncule.

Les deux traits principaux de l'organisation des Dîtomides sont la conformation de leurs mandibules et de leurs pattes. Les mandibules, épaisses à leur côté externe, sont fortes, arquées, mais peu aigués à leur extrémité, peu tranchantes et pourvues d'une grosse molaire à leur bord interne. Ce sont des instruments parfaitement conformés pour l'usage auquel la nature les a destinés, qui est de broyer des graines. Les Ditomides sont en effet essentiellement granivores. Une observation superficielle pourrait faire croire que leurs mandibules si développées sont de terribles instruments de gueire et servent à- la satisfaction d'appétits carnassiers ; il n'en est rien; d'ailleurs, si l'on examine attentivement leur conformation, on reconnaîtra bien vite qu'elles sont aux mandibules d'un Carabus^ insecte de proie, ce que le bec du perroquet est à celui de l'aigle.

Quant aux pattes, leur grosseur, leur force, les épines dont elles sont revêtues sur les arêtes des tibias et de chaque côté des articles des tarses, l'expansion en forme d'éperon qui termine quelquefois les tibias à leur angle apical externe, les rendent peu propres à une locomotion rapide, mais, en revanche, elles sont parfaitement organisées pour creuser la terre. Tous les Ditomides sont en effet fouisseurs et habitent des terriers profonds qu'ils se creusent dans les terrains résistants, argileux ou calcaires, et non pas dans le sable, comme on l'a imprimé en plus d'un endroit.

Si maintenant nous revenons aux caractères exposés cidessus pour mettre en relief ceux qui sont exclusivement propres aux Ditomides et séparent nettement cette tribu de toutes les autres, nous sommes obligés de convenir qu'aucun d'eux ne saurait établir une ligne de démarcation précise entre elle et celle des Harpalides qui, comme M* de Ghaudoir l'a dit le premier, doit venir immédiatement après dans la série naturelle. Il est étonnant que cette vérité, pourtant si frappante, n'ait pas été jusqu'à présent admise sans conteste, et que plusieurs auteurs, môme des plus compétents, comme Lacordaire, dans son Gênera des ColéoptèreSy la révoquent en doute et prétendent que les ressemblances entre les Ditomides et les Harpalides ne vont pas au delà d'une certaine analogie de forme. Latreille, puis Dejean, avaient rapproché les Ditomides des Scaritides ; ils les avaient même réunis dans une seule et môme division, celle des Bipartis ; faisant ainsi une confusion dont on pourrait dire, à bon droit, cette fois, qu'elle ne repose que sur une analogie de formes extéi^ieures n'impliquant pas de rapports d'organisation bien intimes. La seule particularité qui permette de rapprocher les Ditomides des Scaritides, consiste dans l'étranglement de leur corps entre le prothorax et le mésothorax ; mais, chez les Ditomides cet étranglement, qui d'ailleurs n'est pas constant, est dû à la forme du prothorax qui est rétréci en arrière assez brusquement et pour ainsi dire pédoncule, tandis que chez les Scaritides, il est tout-à-fait indépendant de la forme de cette partie du corps et résulte de la prolongation en avant de la partie articulaire du mésothorax,

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sur lequel le prothorax s'embotte lâchement, de façon à laisser à découvert, lorsqu'il est dans sa position normale, une portion notable de la surface articulaire, entre son bord postérieur et la base des élytres. Cette disposition de l'articulation permet au prpthorax d'exécuter des mouvements en haut et en bas, à droite et à gauche, beaucoup plus étendus que cela n'est ordinaire chez les Carabiques. Chez les Ditomides, il n'y a rien de semblable, d'ailleurs leurs épimères métathoraciques visibles, les caractères de leur bouche, la structure si différente de leurs pattes, le nombre de leurs pores sétigères frontaux, leur système de ponctuation et de pubescence, tant sur lès téguments du corps que sur les antennes, les palpes et les pattes, les éloignent extrêmement des Scaritides. Il faut donc renoncer absolument à les en rapprocher, et oublier toutrà-fait, en ce qui les concerne, la classification de Latreille et de Dejean dont les systèmes proposés depuis la publication du Spéciés des CaràbiqueSy ont presque tous beaucoup trop gardé le souvenir.

Si les Ditomides sont fort loin des Scaritides, ils se joignent aux Harpalîdes de la manière la plus intime. Dans les deux tribus, en effet, nous trouvons le môme nombre d'articles pubescents aux antennes, les palpes à peu près de même forme et garnis de poils chez les uns et les autres, toutes les parties de la bouche construites sur le môme plan, les mômes pores sétigères placés de la môme façon sur le front et sur le prothorax, les pattes construites de même et revêtues de poils et d'épines, qui se ressemblent exactement dans l'une et dans l'autre tribu, les téguments enfin sont ponctués et pubescents chez les Ditomides d'une façon qui rappelle tout-à-fait ce qu'on voit chez les Ophonus^ genre de la tribu des Harpalides qui se lie très-étroilement au genre Earpalus lui-môme. Seulement, chez les Ditomides, tous ces caractères sont portés, à on peut s'exprimer ainsi, à une puissance plus haute que chez les Harpalides, la forme générale est plus robuste, les mandibules sont plus puissantes, les pattes plus épaisses et les épines qu'elles portent plus fortes et plus serrées. Le genre de vie des deux tribus est en effet le même, Ditomès et Harpales sont granivores et

fouisseurs, mais les premiers disposent d'instruments plus puissants, aussi peuvent-ils se creuser pour habitation des puits perpendiculaires de plusieurs pouces de profondeur, tandis que les Harpales se contentent de galeries qui ne pénétrent pas profondément dans le soi, et rampent le plus souvent sous les pierres, excepté quand le terrain Ost très-meuble, sablonneux, et leur permet d'exécuter sans grands efforts leurs travaux de fouisseurs. Encore les petits Ditomm en sont-ils réduits à faire à peu près comme les Harpales, tandis que les Acinopus, appartenant à la tribu des Harpalides, sont aussi capables que les grands IHtomus de se creuser des trous profonds.

J'avais cru trouver un caractère constant pour séparer les Ditomides des Harpalides, dans la position et la forme du repli de la base de leurs élytres; mais sous ce rap-port les Penihus^ si intimement liés aux Pachycarus et par suite aux Ditomus^ affectent justement la disposition qu'on remarque chez les Harpalides. Restent les différences dans la dilatation des tarses des mâles qui, lorsqu'elle existe, n'affecte que les tarses antérieurs chez les Ditomides, tandis que les tarses intermédiaires y participent le plus souvent chez les Harpalides. La vestiture de ces tarses en dessous consiste toujours en brosses de poils chez les Ditomides tandis qu'elle est formée le plus souvent, chez les Ditomides, d'une double rangée de plaques écailleuses ; mais on sait que dans cette tribu môme les exceptions à ce caractère sont nombreuses {Anisodactylus, IHachromus, Scybalkm^ DichirotrichuSy etc.) Les Harpalides, eux aussi, ont des espèces chez qui les tarses sont simples dans les deux sexes, les Ophonus ditomoides Dej., femoralis Coq., dermatodes Fairm., par exemple, et par leur intermédiaire, un lien de plus s'établit entre cette tribu et celle des Ditomides. Je n'attache pas une grande importance pour séparer ceux-ci des Harpalides, à la forme particulière que le prothorax affecte chez le plus grand nombre des Ditomides, par suite du rétrécissement en forme de pédoncule de sa partie postérieure ; en effet, ce caractère bien visible chez les Amtus et les IHtomus disparaît dans les genres EnotomuSi Pachycarus et Penthus.

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