‹ L'abime drame en cinq actes, en onze tableauxChapitre 39 sur 106 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

RISCHENBACH, GEORGES.

RISCnENBACII, à part.

Mon avenir compromis, mon honneur sacrifié... voici la récompense! (Jetant un regard haineux aux diamants dans l’écrin ouvert.) Que votre beauté et votre éclat soient maudits!... ils me perdent à jamais.

Il jette I'écrin sur le bureau h gauche.

GEORGES, venant b lui les mains tendues.

Cher ami, je viens à vous les mains tendues et le cœur ouvert; j’ai à VOUS demander... (Remarquant l’attitude de Rischenbach, qui ne prend pas ses mains.) Qu’y a-t-il?... Ai-je fait quelque chose qui vous ait déplu?

Vous! me déplaire! est-ce possible!... non! Je ne suis pas tout à fait moi-même aujourd'hui... N’y faites pas attention... Asseyez-vous... Vous avez quelque chose à me demander, dites-vous?... Question d’affaires, sans doute?

GEORGES

Question bien autrement intéressante, vraiment! RISCHENBACH.

Intéressante!

GEORGES

Vous me semblez mal à l’aise... Je crains que vous ne soyez pas en état.

RISCHENBACH.

Moi! mais je me sens très-bien. Allons doncl '

GEORGES

Mon ami, vous avez dù remarquer mon ardente admiration pour votre charmante pupille?

RISCHENBACH.

Non, je ne l’ai pas remarquée.

GEORGES

Celle admiration s’est convertie en un sentiment plus profond et plus tendre.

RISCHENBACH.

^Amitié, j’espère!

GEORGES

Amour! amour invincible, Karl, et je viens vous demander sa main.

RISCHENBACH.

Vous osgz me demander?. . .

GEORGES

Qu’est-ce encore? Pourquoi ces façons étranges? Voyez-vous quelque empêchement à notre union?

RISCHENBACH.

J’y vois un empêchement invincible aussi.

GEORGES

Et lequel, je vous prie ?

RISCHENBACH.

Mon Dieu! cette enfant est la fille d’un paysan, vobs êtes, vous, fils d’un gentilhomme...

GEORGES

Moi?...

RISCHENBACH.

Vous le dites, du moins; il y a donc différence de caste. Dans ce pays de préjugés, un tel mariage est impossiblo, monsieur Leslie!

GEORGES

Monsieur, — puisque monsieur il y a, — je crois connaître les mœurs et les sentiments de nos compatriotes mieux que vous ne sauriez le faire, et je sais par avance, que ma femme elle- même servirait d’excuse à la plus haute alliance. Quoi qu’il en soit, nous n’en sommes point là ! Je ne suis qu’un simple commerçant, un marchand do vins, ainsi qu’il vous a plu souvent de me nommer... et la seule objection qui vous soit possible serait celle de ma fortune. Quoique la mort do mon pauvre père n’ait jamais été légalement constatée, le bien de ma mère m’a créé, dès ma majorité, une position indépendante. Je no suis pas aussi riche quo vous le croyez peut-être, mais j'ai dans le présent, quelque trente mille francs de rentes, pour compter en votre monnaie, et j’ai l’espoir presque certain de doubler promptement mon revenu. Vous ne trouverez pas d’obstacles de ce côté, je présume?.,.

RISCHENBACn.

Un très-grand obstacle, au contraire.

GEORGES

Lequel?

RISCnENBACH.

Vous n’êtes pas assez riche.

GEORGES

Quoi! trente mille francs do rentes!...

RISCHENBACH.

Trop pour une épouso anglaise née dans votre monde ; pas

Page 1