SCÈNE VIII
RISCHENBACH, GEORGES.
RISCHENBACH, reprenant son sang-froid et regardant de côté la sortie
de Sam.
Qu’allais-je faire? j’étais foui cet imbécile m’a sauvé. Ce n’est pas la violence qu’il faut' employer.
GEORGES, serrant dans le bureau le reçu qu’il a tiré du coffre et met- , tant les clefs dans sa poche.
Avez-vous lu ?
RISCHENBACH, qui suit ses mouvements.
J’ai lu.
GEORGES
Eh bien ?
• ‘ RISCHENBACH.
Eh bien, je ne saurais vous dire à quel point je suis étonné, affligé même, car ceci vous jette dans un grand embarras et me place, moi, dans une très-fausse position.
’ GEORGES
Vous!
RISCHENBACH.
Assurément. Cette lettre vous enjoint de ne livrer co secret à personne.
GEORGES, frappé de ces paroles.
C’est vrai.
Sans exception, même pour moi ?
GEORGES, inquiet.
Oh ! mais il y a là oubli, oubli évident.
RISCHENBACH.
Il y a là évidemment oubli, mais je n’ai pas moins lieu d’être froissé, et ma situation dans l’affaire est fort difficile. Com ment! moi, l’agent de la maison, appointé pour veiller à ses intérêts, j’apprends par un tiers et à l’insu de'mes patrons, remarquez bien, un vol pareil enveloppé de telles circonstances. Là, franchement, que vous en semble ? N’ai-je pas lieu de me plaindre amèrement et d’exiger de sérieuses explications ?
L’ABIME
GEORGES
J’avoue qu’à votre place...
RISCHENBACH, l’observant en dessons, mais avec nn accent conrainen.
A ma place, mon cher Georges, vous prendriez ce reçu, vous partiriez sans retard pour la^uisse, et, le faux en main, vous forceriez l’accusateur à donner le nom de l’accusé. Eh! pardieu,, nous tenons la voie, 4# seule qui mène promptement au but. On vous demande un homme ae confiance, un second "vous-mème... (Arec une sorte d’inquiétude.) Vous ne doutez pas de moi? je présume.
GEORGES, lui prenant la main.
Oh ! mon cher Karl 1
• RISCHENBACH.
Je serai ce messager, et venant à la fois commo agent de la maison et votre propre représentant...
GEORGES
Je n’y avais pas songé! (Reprenant la lettre ifu’il parcourt.) Rien n’est plus simple.
RISCHENBACH, arec un sourire d’espoir.
N’est-ce pas ?
GEORGES. '
Mais non, c’est impossible !
RISCHENBACH.
Comment?
GEORGES
Jugez vous-même. (Lisant.) « Envoyez un homme dé confianoe. »
RISCHENBACH.
Eh bien?
GEORGES
« Un secoad vous-mème. »
RISCHENBACH.
Parfait.
-GEORGES, continuant.
« Mais de votre maison. Personne du dehors, fût-ce un ami ! »
RISCHENBACH, cachant avec effort son désappointement.
C’est juste! cette idiote restriction arrêto tout. En véritable homme d’affaires, vous devez être guidé, non par l’impulsion de votre cœur, mais par l’ultimatum de votre correspondant... 11 vous faut suivre... oh 1 je suis le premier à le reconnaître... il vous faut suivre à la lettre les instructions données.
GEORGES
Que faire ?
RISC H ENBACH.
Rien de plus simple. Prenez ce reçu et portez-le vous-même.
GEORGES
Y pensez-vous?