ACTE QUATRIÈME
R ISCHE NB AC H.
Hein I encore debout I
C’est vous?
GEORGES
RISCHENBACH, saisi et se retournant arec terrenr.
Sans doute, c’est moi...
GEORGES
Qu’y a-t-il ?
RISCHENBACH, combattant son embarras.
Est-ce que vous ôtes malade?
GEORGES
Moi? Nullement. Pourquoi?
RISÇHENBACH.
Rien, une folie. Je m’étais assoupi et j’eus un mauvais rêve... un rêve sur vous... et...
GEORGES
Et c’est cela qui vous amène ?
RISCHENBACH.
Pardieu! moquez-vous de moi, je le mérite bien... Et maintenant que je vous trouve debout, valide et capable de vous défendre... VOUS-même, je VOUS laisse, (il se dirige rers la porte en tournant autour de George^, qui le suit des yeux arec une sorte de surprise. Tout h coup il s’arrête, et désignant la cheminée ) Diable ! VOUS avez là un crâne brasier! Je suis gelé moi, j’ai laifesé éteindre mon feu Comme votre lumière. (La rallumant et regardant Georges à la dérobée.) Est-ce que vous tenez beaucoup à dormir?
GEORGES
Ma foi! j’avais grand sommeil avant voire entrée, mais la surprise parait l’avoir enlièrement chassé. Restez avec moi, si bon vous semble, et causons on attendant le départ.
KISCIIEN BACH.
Causons. (Riant et tirant un couteau, arec lequel il débourro sa pipe.) Dieu, que c’est bête, les rêves; vous croyant en danger, j’étais accouru. Je vous voyais attaqué... je pensais avoir à lutter...
GEORGES, riant aussi.
Et vous étiez armé pour le combat ?
RISCHENBACH.
Armé ! (Georges désigne le couteau.) Ça, c’est un couteau de voyage que je porte toujours sur moi. (Jouant arec et les yeux fixés sur Georges, que le sommeil reprend.) Est-ce que vous ne portez rien de la sorte ?
Rien de la sorte.
GEORGE S
RISCHENBACH.
Quoi? ni couteau, ni pistolet?
GEORGES
Aucune arme offensive ou défensive.
L’ABIME
RISCHEN B ACH.
Votre confiance anglaise est vraiment insolente.
GEORGES
Confiance en nos hôtes.
RISCHENBACH.
Non pas,«’il vous plaît, c’est confiance en vous-même...
' GEORGES
Ma foi, c’est bien possible. (Se prenant le front et passant au fauteuil.) Mais qu’est-co que j’ai donc cette nuit ! Encore cet invincible sommeil qui me reprend.
RISC H ENBACH, à part.
C’est l’opium qui fait sa besogne. «
GEORG ES
Vous m’excusez, n’est-ce pas?
RISCIIENBACII.
Pardieu! (a part, regardant le lit.) A t-il suivi mon conseil? Le reçu est-il là ?
GEORGES, qui est retombé sur le fauteuil.
Où êtes-vous?
RISCHEN BACH.
Ici, à vos côtés!
Il s’assied sur la table, bourre sa pipe et l’allume.. GEORGES, que la lumière semble fatiguer, mettant sa main devant
ses yeux.
J’avais à vous parler tout à l’heure, je désirais causer avec vous; — nous entendre sur un sujet... un sujet... vous savez bien...
RISCHENBACH.
Moi?
GEORGES
Oui... Oh! cet invincible sommeil! Voyons, aidez-moi. II s’agit...
RISCHENBACH, qui a les yeux fixés sur lui et suit avec anxiété les progrès du narcotique.
De notre voyage, de la route de demain ?...
GEORGES
Demain! oui, c’est demain que je veux vous confier, vous dire...
Sa tète s’affaisse, sa main retombe. Un silence.
RISCHENBACH, il se lève et pose sa pipe sur la table.
II dort!... OÙ est le reçu? (il se dirige à pas de loup vers le lit. Au moment où il va mettre la main sur l’oreiller, il croit entendre ua léger bruit et se dresse tout debout, le dos au lit, face au public ; puis il se courbe et sans quitter des yeux la place où dort Georges, il fouille d’une main fiévreuse sons les oreillers sans rien trouver.) Pas là I (il se tourne vers la table qui est à droite, près de la fenêtre et aperçoit le pupitre de