LIVRE X
Le christianisme a détruit l'esclavage.
Oui, celui qui est par excellence le Rédempteur, celui qui a racheté la femme de l'abjection, l'enfant de l'abandon, le sujet de la tyrannie, le pauvre du mépris, la raison de l'erreur, la volonté du mal, le genre humain du châtiment, Jésus-Christ, a rendu la fraternitéaux hommes et à l'homme la liberté, Jésus-Christ a détruit l'esclavage.
Je trouve ce fait établi ou affirmé par les écrivains les plus impartiaux, les plus sévères, les plus renommés; il est écrit dans une longue série de lois, de décisions, de canons, dans une suite non interrompue de monuments historiques. Celte imposante unanimité de témoignages confirme les pressentiments d'un instinct universel. Avant tonte démonstration, on comprend, on devine que le
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christianisme a dû abolir l'esclavage, comme le jour abolit les ténèbres, parce qu'ils sont incompatibles.
C'est donc une phrase banale d'attribuer au christianisme ce magnifique bienfait, et ceux-là même qui lui contestent tout ne le lui disputent pas d'ordinaire.
Il en est ainsi, du moins, de ce côté de l'Océan; mais, en Amérique et en Espagne, le besoin de justifier ce qu'on pratique laisse encore quelque crédit à l'assertion contraire. En France et en Angleterre, l'émancipation a fait rentrer dans l'ombre des dissertations analogues. Le temps n'est pas loin cependant où un publiciste trèsconnu1 osait écrire ces mots : « Le christianisme a tonjours justifié et maintenu l'esclavage. » Et, plus récemment, non pour justifier l'esclavage, mais pour dénigrer le christianisme, on a soutenu, à grand renfort d'érudition, que la raison et la philosophie pouvaient seules prétendre à l'honneur d'avoir émancipé les esclaves*.
La question de l'influence du christianisme sur l'abolition de l'esclavage est moins simple qu'on ne le suppose, et les objections valent la peine d'être de nouveau réfutées, puisqu'elles sont de nature à égarer bien des esprits.
Consultez, dit-on, l'Ancien Testament; il consacre l'esclavage.
Ouvrez l'Évangile ; il ne dit rien .
Lisez les écrits des apôtres; ils recommandaient aux esclaves la patience, bien loin de leur promettre la liberté.
1 M. Granier de Cassagnac, Voyage aux Antilles, t. II, p. 409. * Revue de Paris, article de M. Larroque, janvier 4856.
Les conciles, les pères, les papes, les théologiens modernes, tiennent le même langage.
Consultez l'histoire : l'esclavage se maintient après le christianisme; détruit, il renaît; et, en définitive, il a élé si peu aboli qu'il dure encore.
Ainsi, contre l'esclavage, le christianisme n'a rien dit, le christianisme n'a rien fait.
Reprenons mot à mot cette thèse, et faisons-la précéder d'un résumé rapide de l'histoire de l'esclavage avant le christianisme.