‹ L'abolition de l'esclavage (volume 2)Chapitre 31 sur 59 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I/ESCLAYAGK AVANT LE CHRISTIAMSNF.

Après d'admirables travaux, consacrés par des savants de premier ordre à celte douloureuse histoire, après les patientes recherches de M. Edouard Biot1 et de M. Yanoski, après les écrits malheureusement inachevés de Mcchler* et de Mgr England5, les travaux de Guizot, d'Ozanam, d'Albert de Broglie, de Troplong, deChampagny, de Wilberforce, de Buxton, de Balmès, de tant d'autres éminenls écrivains, et surtout après le grand ouvrage si savant, si consciencieux, si complet, de M. Wallon4, il semble que rien ne reste à ajouter à

1 Abolition de l'esclavage ancien en Occident, par M. Édouard Biot. — Abolition de i esclavage ancien au moyen âge, par M. J. Yanoski.

* L'Abolition de l'esclavage par le cfiristianisme dans les quinze premiers siècles, par Mœhler, traduit par M. l'abbé S. de Latreiche, et précédé d'une Dissertation sur le christianisme et l'esclavage, par M. l'abbé Tbcrou.

5 Letters lo John Forsyth on domestic Slavery by Dr England, firts bi*tiop of Charleston, Baltimore, 1849.

* Histoire de l'Esclavage dans l'antiquité.

LE CHRISTIANISME ET L'ESCLAVAGE. 553 l'érudition réunie de la France, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Amérique et de l'Espagne.

Je serais fier et satisfait si je parvenais seulement à résumer ces beaux travaux, et à en communiquer toute la substance et, autant qu'il est en moi, toute la lumière.

Une vue sommaire de l'histoire de l'esclavage dans l'antiquité, un aperçu spécial de l'esclavage chez les Juifs, nous conduiront, par une route indispensable, mais courte, à l'étude des moyens dont s'est servi le christianisme pour inaugurer dans le monde la liberté et l'égalité.

l'esclavage dans l'antiquité.

Ayons la douleur de le redire encore une fois, à la honte de la famille humaine, si tous les plus grands esprits sont aujourd'hui d'accord pourcondamner l'esclavage, tous les plus grands esprits étaient autrefois d'accord pour le justifier et pour le pratiquer1. En Grèce, Platon l'a légitimé au nom de la politique ; Aristote, au nom de l'histoire naturelle ; Epicure, au nom de la volupté; Zénon, au nom de l'indifférence stoïque; Thucydide, au nom de l'histoire; Xénophon, au nom de l'économie sociale. Ancien esclave, Épictète reste à peu près insensible aux maux de ses pareils. Eu-

1 Voir les textes dans les savants ouvrages de Wallon et de Mœhler. Le peu que je sais leur appartient, et surtout au livre de M. Wallon, qui est, à mes yeux, un véritable chef-d'œuvre.

ripidc n'éprouve pas, à la vue de ces infortunés, la plus fugitive émotion; Aristophane croit plaisant de nous montrer Caron leur refusant sa barque, et le vieil Hésiode avait froidement écrit que l'esclave est au riche ce que le bœuf est au pauvre. A Rome, Caton assimile les esclaves au vieux bétail de son étable, Varron les énumère au nombre des instruments de travail1, Cicéron s'excuse de trop regretter un esclave, Pline les compare aux frelons, Lucrèce s'en soucie à peine, Horace s'en moque, Piaule les nomme une race bonne pour la chaîne, ferratile geîiw.s!; SénèqueetMarc-Aurèle leur offrent des consolations stériles.

Je sais qu'on diminue ce qu'on exagère. Je n'ai aucune intention d'abaisser outre mesure la bassesse de l'homme pour exalter la grandeur de Dieu, très-fausse manière de glorifier l'ouvrier dont on déprécie les ouvrages. Ce n'est pas aux chrétiens qu'il faut apprendre que l'homme est capable, par ses seules forces, d'un certain bien, puisque les chrétiens professent que l'humanité, au degré le plus bas de sa dégradation, était encore assez belle pour n'être pas indigne de l'intervention de Dieu.

J'aime donc à chercher et à trouver dans quelques

« Lu texte de Varron (Wallon, II, 180 noie) est vraiment cynique : Inslrumcnti genns vocale et semivocale et muttim; vocale, in quo sunt servi; semivocale, in quo sunt boves; inutnm, in quo sunt plauslra. (De He rustica, I, xvn, 1.)

* L étendue des domaines, et la difficulté de surveiller à di lance beaucoup d'esclaves, avait en effet eu pour résultat de faire mettre les esclaves aux fers, soit la nuit dans Yergastulum, soit le jour. Caton, Varron, Columelle, le disent sans étonnement, et Sénèque se satisfait par une pbrase : Nécessitas forliter ferre docet, consuetudo facile. (Wallon, H, 217.)

auteurs païens <Ics traces de sentiments meilleurs. Aristote cite des philosophes inconnus qui combattaient s;i doctrine; Platon a hésité; Plutarquc blâme les rigueurs de Caton; Sénèque a écrit sur l'égalité de si nobles pages qu'on les a supposé inspirées secrètement par le christianisme1. Quelques empereurs, les Antonins, Claude, Dioclétien, qui élait lui-même un affranchi, ont édiclé des mesures plus humaines.

La religion avait inspiré quelques coutumes salutaires, et établi quelques lieux d'asile, au pied de la statue d'Hercule, de Thésée, génies libérateurs, ou des empereurs, dans les temples; tant il est vrai, que dès que la pensée de Dieu intervient, l'instinct de l'égalité des hommes devant lui se manifeste. On aimerait aussi à retrouver quelques exemples de la douceur des femmes ; toutes n'étaient pas des Messalincs ; je crois sans preuve que le cœur des femmes a été plus d'une fois, comme l'autel des dieux, le lieu d'asile des malheureux esclaves.

Mais que sont ces faibles vestiges, ces conjectures, ces lambeaux de phrases, auprès de l'unanimité Jes doctrines, de l'universalité des usages? Ces philosophes aux paroles sympathiques étaient-ils des philosophes pratiquants, comme on le dit énergiquement des chrétiens qui conforment leur vie à leur foi? Ont-ils aimé, ont-ils affranchi leurs esclaves? Ontrils changé les lois? Ont-ils attaqué l'institution comme un crime?

Non, tous ont été persuadés de cette doctrine d'Aris-

1 Ep. xLvit, vol. Il, p. 196 et suivantes. — Servi surit? Immo homines... Hrcc pracepti mei summa est : sic cura inferiore vivas, quemadmodum tccum supcriorem velles vivero.

tote : a L'esclave est la propriété illimitée et sans reslric lion de son maître; ne pas appartenir à soi, mais bien à un autre, et cependant ne pas laisser d'être un homme, voilà l'esclavage.... Quiconque est aussi inférieur aux autres hommes que l'âme l'emporte sur le corps, est esclave par nature1. »

Ainsi l'esclave est d'une espèce inférieure.

Mais quoi! l'esclave Mycithe a été très-sage législateur des Rhégiens; Phédon, l'ami de Platon, était un esclave. Que d'autres esclaves furent supérieurs à leurs maîtres et à tous les hommes libres! Combien de fois, au jour du besoin, a-t-il fallu croire à l'égalité! Après la bataille de Cannes, on trouva bon d'affranchir 8,000 esclaves et de les armer

Peu imporle! L'animal engendre un animal et l'esclave un esclave.

Voilà les livres! Ouvrons les lois et surtout celles de Rome qui nous sont plus familières.

Dans les temps les plus anciens, sous la république, l'esclave est au nombre des choses, res mancipi, il reçoit même par préférence le nom de mancipium.

Un document récemment découvert, nous révèle à quel degré cette assimilation odieuse était passée et combien longtemps elle dura dans la pratique.

Si-Moktar, caïd des Ouled-Sellam, dans la subdivision de Batna , faisant construire un moulin à eau au printemps de 1858, on a découvert dans les fouilles un tarif de droits de douanes, daté du troisième consulat de Sep-

1 Mœhler, ch. h.

tirne Sévère, c'est-à-dire de l'an 202 de noire ère, provenant des ruines de Zraïa , l'ancienne colonia Julia Zaraï.

C'est le premier et le seul document de ce genre que l'on ail trouvé dans toute l'étendue du monde romain. Voici le tarif des droits par tête :

Un esclave I denier 1/2

Un cheval ou une jument .... id.

Un mulet, une mule id.

Un âne, un bœuf.

Un porc.

Un cochon de lait .

Un mouton, une chèvre, etc.

Deux textes de Papinien qui écrivait sous Septime Sévère, apprenent que le prix légal des esclaves était alors fixé à 20 pièces d'or, ou 500 deniers1.

Que vaut à l'octroi un être humain, doué d'une Ame divine? le même prix qu'un cheval ou un mulet, un peu plus qu'un âne ou un porc ! Cet homme , notre frère et notre semblable, peut être donné, engagé, loué, légué, cédé, vendu, saisi, enfin tué, nullum caput habet. Pour lui, pas d'état civil, pas de mariage, pas de paternité, pas de propriété, pas de droit, pas d'obligation, pas d'action en justice, servitus morti aduimilatur. 11 n'est témoin quTavec la torture, il n'acquiert, il ne stipule que pour son maître. Les jours de fête on laisse chômer les bœufs, mais non pas l'esclave. On l'injurie, on le soufflette; aucun recours, à moins qu'il n'y ait dommage pour Je

* Rapport de M. Régnier, de l'Institut, au prince ministre de l'Algérie, Moniteur du 6 décembre 1 858.

maître. Quelle indemnité, s'il est tué? La même que poui un bœuf ou une mule, répond la loi Àquilia \ Mais s'il commet des fautes, le bâton, le fouet, les travaux forcés, la chaîne, les menottes, les entraves, la fourche, la mort par le glaive, la hache, le précipice, le gibet, la poix brûlante, la croix.

Si la loi permet ces horreurs, comment le maître usera-t-il de la loi? Si tel est le droit, quelles seront les mœurs? Sauf de rares exceptions, quand tout est permis, tout est pratique, la perversité humaine va même au delà de ce qui est permis. Les témoignages surabondent. Les abominations décrites par les poètes et par les satyriques, sont affirmées par les graves historiens, démontrées par les lois faites pour y mettre un terme. Le dégoût nous empêche de citer. Vous figurez-vous, en plein paganisme, un homme livré à la colère d'un oisif, une femme abandonnée à la luxure d'uq voluptueux, un vieillard confié à la générosité d'un avare ! Que d'atrocités et de vexation s, depuis ce misérable qui nourrit ses poissons de la chair de ses esclaves jusqu'à ces femmes qui se fardent pendant qu'on fouette leurs servantes ou qui les égratignenl par manière de passe-temps ! Pour ne citer qu'un souvenir, on ne sait pas assez que le vers tant cité de Juvénal, sic iului skjubeOydi Irait à un esclave condamné au supplice de la croix :

Pone crucem servo. — Meruit quo crimine servus Supplicium? Quis testis adest?Quis detulit? Audi! Nulla unquam de morte hominis cunctatio longa est '

1 Idem juris est, si quis ex pari mularum unam occident (Gains, Iml Kl, 2ii, 218).

— 0 démens! ità servus homo est ! IN'il fecerit, esto! Sic volo, sic jubco, sit pro ratione voluntas*.

Juv. II, 219-223.

Telle fut, pendant plusieurs siècles, la condition de créatures humaines qu'il faut compter par centaines de millions.

La Grèce et Rome, c'est le monde entier ; sortez de leur immense domaine, consultez les plus vieux documents de Ihistoire des Germains ou des Scythes, fouillez dans les textes antiques des Indiens, parcourez les parties alors connues de l'Afrique, ou traversez l'Asie, en tous lieux, sous toutes les latitudes, à l'abri de toutes les religions, le même spectacle d'une moitié de l'humanité tenue par l'autre en servitude, l'esclavage aussi ancien que la guerre, et la guerre aussi ancienne que la nature humaine. Qu'est-il besoin d'insister davanlage? Ces faits, comme le polythéisme et les sacrifices humains, sont du nombre de ceux que l'on peut affirmer sans contestation, tandis qu'on ne peut les développer sans honte. Ce sont

les maladies héréditaires de la pauvre humanité.

Sur un seul point le regard se pose avec un peu plus de complaisance. Le peuple juif, gardien surprenant de la véritable religion, a-t-il consacré, a-l-il pratiqué l'esclavage?

1 Une croix pour cet esclave! — Mais r a-t-il mérité par un crime? Où sont les témoins? où est la plainte? Ecoute! La vie d'un homme vaut bien un instant de retard. — Fou, est-ce qu'un esclave est un homme? Il n'a rien fait, qu'importe. Je le veux, je l'ordonne, pas d'autre raison que ma volonté.

l'esclavage chez les juifs.

Il est en quelque sorte banal de répéter que Noé a maudit Cham et condamné toute sa race à la servitude, qu'Abraham et les palriarches possédaient des esclaves, que l'Ancien Testament contient des textes très-nombreux en faveur de cette institution coupable et qu'ainsi, elle repose après tout, sur la moitié de la Bible, en admettant même que l'Évangile la condamne. Les dissertations des Américains sont particulièrement remplies de ces assertions et de citations fatigantes, qui, fussent-elles exactes, laisseraient encore à démontrer que les noirs sont les descendants directs de Chanaan, que les planteurs sont en tout semblables aux patriarches1, et que tous les

* Entre toutes les réponses qui ont été faites à ce genre d'argument, très-employé par l'école des apologistes de l'esclavage, que M . de Gasparin appelle si bien la théologie cotonneuse (Barnes, Flechter, etc.), je citerai un écrit très-court et très-précis public à Philadelphie en 1847 par W. H. Brisbane, sous ce titre : Slaveholding examined in the light ofthe holy Bible Je ne résiste pas au plaisir d'en citer le début :

« Autrefois possesseur d'esclaves moi-même, né, élevé, instruit au milieu des maîtres et des esclaves, j'ai d'abord étudié le sujet avec le zèle et l'énergie du plus chaud partisan de ce qu'on appelle pectdiar institution. Bientôt je me trouvai embarrassé par le résultat de mes propres recherches. Je découvris mon erreur; je devins persuadé que la possession des esclaves était une iniquité ; je l'abandonnai, et ma conscience me fit un devoir d'affranchir plus de quarante esclaves. J'ai eu à sacrifier la plus large portion de mon patrimoine, à m'exiler de l'État où j'étais né, à briser toutes mes joies de famille, d'amitié, de confraternité. Je sens, par conséquent, que j'ai le droit d'être écoulé. {Préface, 1 . )

faits historiques rapportés par la Bible sont tous des exemples recommandés par Dieu même I

Reprenons chacune de ces allégations.

I. Nous lisons dans la Genèse, ch. îx, d8, (jue Cham fut pire de Chanaan. On sait de quelle irrévérence Cham se rendit coupable envers son père. Pour le punir,

«25. Noédit: Cham sera maudit. Il sera le serviteur des serviteurs de ses frères.

«26. Que le Seigneur, leDieu deSem soit béni, et que Chanaan soit le serviteur de Sem.

«27. Que Dieu étende la possession de Japhet, qu'il habite dans les tentes de Sem, et que Chanaan soit le serviteur de Japhet. »

On conclut de ce passage que toute la race de Cham, c'est-à-dire les Africains, est maudite et par suite condamnée à servir la race de Sem et la race de Japhet.

Chanaan seul a été maudit et non toute la race deCham? Où est l'état civil qui constate la descendance de Cham ?Où est la preuve que ces paroles avaient le sens et devaient entraîner l'effet qu'on seplaîtà leur attribuer? Je lis, au contraire, dans l'histoire, que Chanaan, sans doute l'enfant de prédilection ou le complice de Cham, est le premier homme puissant dont il soit fait mention dans les annales de la famille humaine ; que les enfants de Cham, civilisés avant les autres races, ont inventé les premiers arts, ont fondé le royaume d'Égypte, bâti Thèbes et Babylone, et, dans la terre de Chanaan, Sodome, Gomorrhe et cette Sidon d'où partit Inachus pour fonder la première ville de Grèce; que la postérité d'Abraham, descendant de Sem, a servi celle de Cham en Égypte, avant d'asservir à

son tour, après une longue lutte, la terre de Chanaan, pour retomber ensuite sous l'empire des fils de Cham, à Babylone; que les Assyriens, fils de Sem, ont subjugué les Mèdes, fils de Japhet, et les Babyloniens, fils de Cham ; que Japhet (les Mèdes), à son tour, s'est emparé de Sem (Ninive) ; que Sem (les Perses), réunis à Japhet (les Mèdes), ont pris Cham (Babylone).

Mais ces asservissements ont lieu de nation à nation, et c'est là ce qu'a prédit Noé, qui n'a pas eu en vue l'esclavage proprement dit d'homme à homme. En effet, il dit que Chanaan sera le serviteur des serviteurs de ses frères. Est-ce qu'on peut être l'esclave d'un autre esclave ? On comprend au contraire qu'une nation soit asservie par une autre, laquelle à son tour est subjuguée par une troisième, et, en effet, les fils de Cham avaient été asservis par les fils de Sem qui sont tombés sous la domination des fils de Japhet, puisque les Juifs ont été asservis par les Perses, puis avec ceux-ci par les Grecs sous Alexandre En ce sens, mais en ce sens seulement, la prophétie de Noé a été réalisée.

Eût-il parlé d'un véritable esclavage, est-ce que prophétiser l'esclavage c'est le justifier ? En ce cas, l'adultère, la guerre, sont justifiés, car ils ont été prophétisés (Deutéronome xxvm, 30, 68, 45; Jérémie, Joël, etc.). Punir les méchants en leur prédisant qu'ils seront asservis, est-ce amnistier d'autres méchants qui les asserviront? En ce cas, les Juifs sont absous d'avoir crucifié Jésus- Christ, car cela avait été annoncé.

Noé, Cham et Chanaan n'onldonc rien à faire avec les planteurs de la Caroline.

II. Je ne puis pas davantage reconnaître dans leur existence une image de la vie patriarcale d'Abraham ou de Laban.

Il est vrai, il y avait des esclaves chez les Israélites, et cela était presque inévitable, car, selon la remarque de Bergier, comment, à celte époque et sous le régime des tribus, comment quitter son maître sans changer de patrie ? Comment le maître aurait-il été libre de congédier l'esclave sans séparer une famille? De là des engagements volontaires, mais permanents et héréditaires. Soumis à ces engagements, les serviteurs étaient-ils de véritables esclaves? Il est permis d'en douter. Abraham renvoya Agar, mais sans la vendre. La Genèse (xiu, 2) nous apprend qu'il était riche en bétail, en argent et en or, elle ne place pas les esclaves au nombre de ses richesses ; elle nous les montre (xvii, 12, 15) traités comme sa famille ; ils étaient armés et envoyés en expédition lointaine (Genèse,xiv, 14, 15.) L'un d'eux, à défaut d'enfants, devait lui succéder. (Gen., xv, 3.) Sa nièce appelle le premier d'entre eux mon Seigneur, (xxiv, 18.) Sous le même nom, la Bible comprend assurément des ofliciers, des sujets, des serviteurs, enfin de véritables esclaves, ceux qu'il avait achetés pour de l'argent des étrangers. Ceux-là môme paraissent avoir été traités comme les serviteurs qu'ilavait avec Lot, au pays de Nachor, ou en Egypte, ceux que lui

1 Que l'on compare ce fait avec les articles des lois américaines. Vir. ginie : 11 est défendu à un esclave de porter ou de garder une arme — Pour ce délit, les lois du Missouri condamnent à 50 coups de fouet, celles de la Caroline du iVorrf, celles du Tennessee à 20 coups. — Autre disposition des lois de la Virginie : un esclave ne peut s'éloigner de l'habitation de son maître sans un \ asseport délivré par lui ou ses agents. (Barnes, p. 77.)

56* LE CflP.ISTIANlSME

donna Abimélech, ou ceux qui étaient nés chez lui. Les eût-il traités plus durement, qu'importe? tous les exemples d'Abraham font-ils loi pour les chrétiens?

11 est dit d Isaac 'Gen., xxvi, 14) qu'il avait la possession de brebis, la possession de bœufs, et un grand nombre de sertiteurs. Le texte n'indique pas qu'il les possédât.

Sans doute il est écrit qu'Ésaû servira Jacob, que Jacob a été fait le seigneur et que tous ses frères lui ont été donnés pour serviteurs. (Gen., xxv, 23; xxvn, 37.) Mais l'histoire démontre que cet assujettissement était tout national; car les Édomites, descendants d'Ësaû, n'ont pas moins été considéréscomme frères des juifs (Deut.,xxm, 7), et Ésaû avait reçu d'Isaac même la promesse qu'il briserait le joug de Jacob. (Gen. xxvn, 40.) L'asservissement par Josué des Gabaoniles, condamnés à avoir la vie sauve, malgré leur supercherie, mais à porter du bois et à t rer de Veau dans la maison de Dieu (Josué, xix, 21, 23), asservissement sur lequel d'ailleurs on ne consulta pas le Seigneur (Ibid., 14), et d'autres assujettissements dont il est question aux livres de Samuel, des Rois, de Job, sont évidemment de même des réductions en servitude momentanée d'un peuple vaincu par un peu pie victorieux, et non des exemples d'esclavage proprement dit.

Quelle induction tirer d'autres textes qui nous apprennent que Laban donna à ses filles ses servantes pour leur propre service (Gen., xm, 24, 29), ou bien que Jacob eut beaucoup de troupeaux, de chameaux, d'ânes, de serviteurs, et de servantes. (Gen., xxx, 43?) S'agit-il de vrais esclaves? qui le prouve? qui pourrait l'affirmer?

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