II
au delà du cap de Bonne-Espérance, et Vasco de Gama^ (1498), puis Almeida et Albuquerque jusqu'aux Indes. Magnifiques entreprises qui valurent au Portugal, avec un honneur immortel, d'immenses possessions bientôt accrues par la découverte du Brésil (1500) et par la concession de Macao (1557).
Le Portugal fut quelque temps l'avant-garde de la ci^ vilisation chrétienne à la conquête dii monde. Les souverains Pontifes encourageaient et autorisaient ses entreprises. Sixte IV le déclarait maître de toutes les terressituées au delà du cap Boïador (1481), et Alexandre VI (1493) partageait, par une ligne imaginaire, le nouveau monde entre l'Espagne et le Portugal. Secondée par d'admirables missionnaires, la religion gagna plus d'âmes dans ces contrées, ignorées depuis la création, que le Portugal n'y acquérait de sujets. On vit une reine du Congo recevoir le baptême à Lisbonne, et, trois siêclels tiprès^ Livingstone trouve à la côte d' Anguela ou au Mozambique les ruines des vastes églises construites par les Jésuites^ le souvenir d'un monaslère de Bénédictins rioirs et des peuplades qui se sont transmis l'art de lire et d'écrire qu'ils oht reçu des missionnaires.
C'est à ses combats contre les Maures que le Portugal dut le développement de ce génie entreprenant, militaire et religieux qui l'éleva si haut. Mais, corrompu par le contact des vaincus, il eut le malheur d'en recevoir un poison qui devait durer plus que ses victoires, il leur etnprunta l'affreuse coutume de l'esclavage. Le premier, il donna à la chrétienté des peuples, et le premier, il lui rendit des esclaves. Le port de Lisbonne a été enriclii^
PORTUGAL. m
Tempire du Bré^il a été colonisé par la traite, et de tous les établissements du Portugal sur les deux côtes d*Afrique, comme d'autant de portes d'un bagne gigantesque, on a vu j)endant des siècles sortir des captifs enchaînés, conduits de force en exil .
La grandeur coloniale du Portugal n*est plus; la suppression des Jésuites par le marquis de Pombal a détruit leurs missions, le christianisme a disparu comme le commerce, la traite a survécu . Su pprimée en juillet 1 842 ^ elle dure toujours en secret. L'esclavage subsiste avec elle.
Le pays d'Henry le Navigateur possède encore des établissements en Afriqi:e et en Asie comme autant de témoins deson ancienne puissance : en Afrique, les îles du cap Yert et la Sénégambie portugaise ou haute Guinée, les îles de Saint-Thomé et du Prince; dans le golfe de Guinée, le gouvernement d'Angola et de Benguela, sur la côte occidentale; le gouvernement de Mozambique, sui* la côte orientale; — en Asie, la province de Goa, le gouvernement de Macao.
Les îles du cap Vert avaient encore, en 1852, 5,659 esclaves sur. 86,000 habitants. Les comptoirs sans importance, Bissao, Cacheu, Zenguichor, qui rappellent encore sur les côtes de la haute Guinée l'ancienne puissance du Portugal, maintenant dépouillé d'Arguin d d'Elmina, servent de résidence, autour de forts mal défendus et d'églises en ruine, à quelques milliers d'Européens ou de chrétiens indigènes , servis par environ 1,500 esclaves. Des quatre îles du golfe de Guinée^ deux, Fernando-Po et Annobon, appartiennent de droit
à TEspagne, défait à rAngleterre, deux, Saint-Thonié et Tîle du Prince, portent encore le pavillon portugais; 160 hommes de garnison s'exposent là aux rigueurs de saisons partagées entre les vents et la pluie, pour protéger la production d'un peu de cacao et de café, d'un peu de poivre, de gingembre et de cannelle, dont la culture et la vente occupent 12,253 habilants; 139 seulement sont blancs, 4,580 sont esclaves.
La basse Guinée, plus vulgairement appelée le Congo, est grande comme la France; 660,000 individus y vivent plus ou moin§ soumis à l'administra tion portugaise, dans les districts d'Angola et de Benguela, au milieu de près de deux millions d'indigènes indépendants. Cette terre fut et est encore en partie chrétienne. L'instruction y fut répandue par les Jésuites, douze de leurs églises existent encore, et c'est aux Capucins italiens qu'on doit la grammaire et le dictionnaire de la langue biiida. Mais la même terre fut aussi le plus grand foyer de la traite, et, dans sa principale ville, Saint-Paul de Loanda, où siège aujourd'hui une des commissions mixtes chargées de condamner les opérations de traite, on a vu encore en 1849 trente-sept négriers à la fois attendant leur cargaison sous la protection des mêmes forts qui servent maintenant à les surveiller, et payant une redevance pour chaque esclave au gouvernement qui maintenant les condamne. En 1856, il y avait encore là 65,000 esclaves sous la domination portugaise.
Il n'y en avait pas moins de 42,000 sur 62,000 habitants à la côte opposée de l'Afrique, dans le gouvernement général de Mozambique, dernier débris des